More
    More

      Découvrez le scandale du siècle dans # J’accuse… !

      L’espionnage français est sous le choc. Il y a une taupe dans leurs services mais ils n’arrivent pas à la trouver. Pourquoi ne pas accuser le capitaine Dreyfus qui en plus est juif ? Cette affaire de la fin du XIXe siècle, vous semble d’un autre temps ? Pas si sûr hélas et J’accuse le démontre avec brio…

      J’accuse, de la machine à écrire à l’écran

      J’accuse n’est pas un livre banal mais les éditions Delcourt, le scénariste et dessinateur Jean Dytar vous proposent une plongée dans une des affaires judiciaires et politiques les plus connues, une tâche honteuse sur le passé de la France. Ce voyage commence tout d’abord par la forme unique du livre. J’accuse se présente non pas sous la forme d’un livre mais d’une boîte que prend l’apparence d’une machine à écrire – celle qui a servi à faire le faux accusant Dreyfus – et le livre est l’écran d’un ordinateur. Cette bd dessinée est au format à l’italienne – elle se lit sur la largeur. Le papier est jauni et brut comme s’il venait de sortir des Archives. Une fois le livre ouvert, le scénario est tout aussi original que la forme. Dans J’accuse, Jean Dytar propose de confronter cette affaire avec les outils de communication modernes. Les premières pages montrent les pages d’un ordinateur où des médias continus font la une de la découverte de la trahison. Les textes de journalistes au XIXe siècle deviennent des débats contemporains d’éditorialistes avec un bandeau choc en bas des images. Les interviews des principaux protagonistes de l’affaire se font sur un décor noir comme la promo d’un film américain. Les phrases odieuses de l’antisémite Édouard Drumont deviennent des tweets et Zola fait un selfie sur le forum de Rome.

      J'accuse entre passé et présent

      Passé et présent dialoguent dans J’accuse et ce choc temporel a deux effets. D’une part, le lecteur comprend la brûlante actualité de cette affaire. Aujourd’hui, il est hélas tout aussi facile de fabriquer une fausse information et d’utiliser les médias pour la transformer en vérité. Il faut être pour ou contre et les arguments laissent vite la place à la violence verbale ou physique. Mais, derrière cette affaire, c’est la face sombre de la France qui apparaît. La belle République doit faire des choix cruciaux dans ce conflit de valeurs et choisir son identité. Ces thèmes sont brûlants d’actualité. Le doigt accusateur de la couverture peut tout aussi bien être un like sur Facebook. D’autre part, J’accuse dénonce l’emballement médiatique et la propagation des rumeurs par les individus qui peuvent envoyer un homme en prison. Une banale accusation provoque une avalanche de faits qui devient un scandale médiatique entretenu pour vendre du papier, un secret militaire que l’on doit préserver, une affaire politique qui oppose et finalement une crise sociale qui divise.

      Les coulisses de l’affaire

      J’accuse est également une passionnante leçon d’histoire. Pas à pas, Jean Dytar décortique cette affaire qui fait la une des journaux, provoque des débats dans l’assemblée et à l’intérieur des familles de 1894 à 1906. Pour cela, l’auteur a fait de nombreuses recherches. On retrouve les témoignages des principaux acteurs de l’affaire – le frère de Dreyfus, le journaliste dreyfusard Bernard Lazare et l’auteur Émile Zola – et des extraits d’articles. Au fil des pages, le stress monte alors que tout le monde lâche Dreyfus y compris Jaurès et Clemenceau. Seul son frère et le directeur de la prison résistent à la haine. Mathieu Dreyfus lance une contre-enquête avec peu de soutien. J’accuse devient une passionnante enquête bien que l’on connaisse la fin. De plus, Dytar expose dans J’accuse sa documentation prélevée dans près 300 journaux. Chaque propos a bien été tenu et la source apparaît en haut. De plus, une application de l’éditeur permet de retrouver une partie des documents originaux. Cette rigueur est aussi visuelle. Dytar ne modernise par le style mais restitue l’esthétique fin de siècle des gravures de presse, des photographies et des illustrations.

      J'accuse de l'affaire à l'enquête

      Avec J’accuse, Jean Dytar n’en est pas à sa première prouesse et sa carrière démontre tout son originalité. Dans Le Sourire des marionnettes, il s’inspirait des miniatures persanes pour nous faire réfléchir sur le déterminisme religieux et la liberté humaine contemporaine. En 2018, avec Florida, il mêle déjà la forme – une réflexion sur la variété des images – et le fond – la tentative de colonisation de l’Amérique du Nord pendant les guerres de Religion. Enfin, pour chaque album, Jean Dytar retrace la genèse de chaque livre sur son site.

      Par J’accuse, Jean Dytar propose un brûlot contre la haine et l’emballement médiatique mais il sort du livre à charge en trouvant une forme et un thème unique : confronter le passé et le présent. Si vous cherchez une aventure de lecture, ce livre est pour vous.

      Vous pouvez trouver d’autres chroniques sur des livres au format original avec Et à la fin, ils meurent et Hors-saison.

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

      Publicité