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      Peer Gynt, en avant la musique

      Comment adapter une pièce de théâtre en bande dessinée sans lasser le lecteur ? C’est le pari d’Antoine Carrion qui s’attaque en deux tomes chez Soleil éditions à la pièce Peer Gynt d’Henryk Ibsen.

      Le livre s’ouvre sur un monologue où Peer tente d’expliquer à sa mère pourquoi il rentre de la chasse sans gibier et avec les vêtements déchirés. Le jeune homme prend tout à la légère en inventant un combat digne des douze travaux d’Hercule mais sa mère n’y croit plus et se lasse de déclin de la famille. De plus, elle sait que son fils est allé s’amuser au village et a frappé le forgeron. Sa mère s’inquiète mais Peer est un éternel optimiste qui est convaincu que le destin lui sourira. Il décide de partir pour chercher l’aventure ailleurs.

      Peer Gynt en fuite

      L’histoire d’un raté

      Peer est-il un rêveur ou un bon à rien ? Il s’imagine des destins grandioses d’un pouvoir impérial ou d’un mariage avec une fille de propriétaires alors que, pour l’instant, il est la risée du village. Son ivrogne de père a dilapidé l’argent de la famille et Peer ruine sa réputation. Il se rêve puissant mais son esprit vagabonde et il est incapable d’aller au bout de ses projets. De plus, la fête et les filles l’attirent sans cesse bien qu’il ne cesse de recevoir des leçons d’humilité, y compris par un roi.

      Dans l’introduction, l’auteur raconte l’origine de la pièce. Henryk Ibsen a été rémunéré par le Parlement norvégien pour collecter des contes norvégiens. C’est lors de ces voyages, qu’il entend parler du paysan Peer. Le contexte de création est aussi celui de l’affirmation nationale d’un pays récent qui se cherche des mythes fondateurs mais, même si les créatures fantastiques du folklore scandinave sont présentes, Peer est bien loin d’un Guillaume Tell ou d’un Charlemagne. Peer Gynt est à la fois l’attraction locale, en faisant rire tout le monde par des histoires abracadabrantesques, et la honte du village, par ses frasques quand il a trop bu.

      Le récit d’un charmeur

      Par son talent oratoire, Peer Gynt est aussi un charmeur auxquelles peu de villageoises résiste. Alors que cela pousse tout le village à lui en vouloir… le lecteur le trouve passionnant car il rejette toutes conventions sociales dans le monde humain ou dans le fantastique. Fanfaron, il fait rire l’auditoire et le lecteur mais il va toujours trop loin et devient gênant. Cette ambivalence questionne sur l’âme de Peer : Dieu peut-il lui pardonner ou est-il condamné à l’enfer ? La question devient encore plus brûlante quand le récit bascule dans le fantastique en suivant les déambulations de Peer Gynt en forêt. Le texte est tout aussi charmant en laissant la place à des tirades certes magnifiques mais aussi parfois complexes à comprendre quand le héros erre dans la forêt. Ce n’est pas un problème car c’est un dessin que l’on peut prendre le temps d’admirer, on prend donc le temps de comprendre le texte.

      Un Peer tout de gris vêtu

      Le dessin splendide d'Antoine Carrion

      Cet acte un ouvre avec brio une série en deux tomes. En effet, une des plus grandes réussites de ce volume est le superbe dessin, certes en noir et blanc, mais avec une multitude de nuances de gris. Les paysages sont magnifiques et font penser à des peintures classiques. En effet, même si le texte est tiré de la pièce d’Henrik ibsen, Antoine Carrion a fait œuvre d’adaptation en s’inspirant du romantisme. On retrouve l’ambiance des musiques de Grieg qui a composé une suite en hommage à Peer Grint. Quand Peer rentre dans une grotte, les pages sont entièrement en nuance de noir et le magnifique dessin s’ouvrant sur quatre pages hypnotise et prouve la qualité de la collection Métamorphose chez Soleil éditions. Le dessinateur réussit à être lisible et obscure. Antoine Carrion fait le choix de ne pas viser le réalisme des visages mais les formes et les expressions peuvent faire penser à un dessin animé.

      Si le texte est parfois compliqué à comprendre notamment dans la deuxième partie du livre, le dessin d’Antoine Carrion emporte toute critique par la beauté des nuances de gris et de noir. Ce parti pris risqué est largement rempli. On ne peut que prendre son mal en patience pour découvrir la fin des aventures du fantasque Peer Gynt dans le second volume à venir.

      Si vous souhaitez découvrir d’autres BD historiques, vous pouvez retrouver les chroniques sur L’odyssée du Fenyx et Les amants d’Herouville.

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