A quoi pensent les Russes ? Une bd répond

0
221

Depuis la guerre en Ukraine, la Russie nous apparaît comme un continent inconnu mais Nicolas Wild nous éclaire avec À quoi pensent les Russes. Pour le savoir, inutile de prendre votre passeport, il suffit de lire notre chronique.

Voyage dans un monde fermé

Les premières rencontres dans A quoi pensent les Russes
Les premières rencontres dans A quoi pensent les Russes

À quoi pensent les Russes est un reportage dessiné écrit et illustré par Nicolas Wild. Alors qu’il fait une conférence en Inde, il est envoyé en Russie par un journal asiatique. Au départ il découvre un pays coupé de la guerre avec des habitants qui profitent du beau temps. Un député libéral de la douma locale démontre que tous les Russes ne sont pas séduits par la propagande. Un journal d’opposition s’est exilé en Lettonie pour continuer librement à travailler. Des militants s’opposent à le guerre. Anna propose un tour clandestin du Saint-Pétersbourg queer et militant. Pour un avocat défenseur des droits de l’Homme, il existe deux conflits parallèles : l’un à l’extérieur contre l’Ukraine et l’autre à l’intérieur contre les défenseurs des libertés. Des espaces servent de lieu de fixation de l’opposition comme cette cour où une poétesse a été tuée dans les années 1920.

La Russie est un pays fermé. Il est interdit aux journalistes occidentaux mais l’auteur se fait passer pour un artiste. Le lecteur voit les techniques du pouvoir pour déjouer la démocratie. La loi antiterroriste sert à lutter contre les dissidents. Des opposants disparaissent. Certaines méthodes sont si ridicules qu’elles en deviennent drôles. Lors d’une élection, le pouvoir propose deux candidats ayant presque le même nom qu’un député de l’opposition et le même visage.

D’autres habitants donnent un autre point de vue. Les Russes sont gênés de parler des victimes de « l’opération spéciale » en Ukraine. Les manuels parlent à peine de la défaite en Afghanistan. Un parc d’attraction à la gloire de l’armée russe est en construction et il est fréquentée par des associations patriotiques de jeunesse. La nostalgie de l’URSS unie est forte. Les Russes voient la période de la pérestroïka comme un moment d’effondrement. A cette période, ils ont perdu leur emploi garanti et leur pouvoir d’achat s’est effondré. La mafia se développait. La consommation de drogue et l’alcoolisme explosait. Le souvenir de la Seconde Guerre mondiale est également encore très fort.

Le véritable Tintin

La pérestroïka dans A quoi pensent les Russes
La pérestroïka dans A quoi pensent les Russes

Nicolas Wild est un spécialiste du reportage dessiné. Parti en Afghanistan adapter en dessins la constitution afghane, il revient avec la série d’album Kaboul Disco. Dans A quoi pensent les Russes, il nous montre le fonctionnement d’un reportage à l’étranger. Nicolas Wild pose des questions naïves pour aider le lecteur à découvrir le complexité de la situation. Plutôt que rentrer dans l’âme russe, il cherche à savoir d’abord ce que pense Poutine. Il a des rendez-vous et des rencontres au hasard. En attendant un militant il va dans le cimetière proche.

Pour gérer le quotidien, il emploie une fixeuse. Évidemment, elle lui sert de traductrice et l’aide à trouver les transports, les hôtels et les restaurants. Elle lui permet de trouver plus vite les personnes à interviewer. Par elle, il peut aussi parler à des anonymes dans la rue et rencontrer ses amis artistes. Cependant, en raison des menaces, son visage est remplacé celui d’un chat.

La forme d’A quoi pensent les Russes s’éloigne pourtant du journal. Le format à l’italienne ressemble à un petit album photo. Le style de Nicolas Wild évite également le photo-réalisme. Les formes rondes évoquent la ligne claire à l’ancienne ou le dessinateur Cabu. Wild joue avec la couleur. L’essentiel du livre est en noir et blanc mais il y a parfois des couleurs pour des peintures et même des collages.

Édité par La Boîte à Bulles, A quoi pensent les Russes répond à un double besoin. D’une part, le lecteur comprend comment les Russes ont accepté la guerre en Ukraine ou plutôt comment certains tentent de s’opposer. D’autre part, on rentre dans la mécanique du journalisme. Hélas, la fin abrupte donne l’impression que la visite en Russie a été express.

Retrouvez sur notre site d’autres reportage en bd avec un livre sur Wim Wenders et un autre sur les OGM.