Photomontage féministe

Critique « The War on Women » de Sue Lloyd-Roberts : un hommage aux combats des femmes

Dans son œuvre posthume, The War on Women (La guerre contre les femmes), l’ancienne journaliste de la BBC, Sue Lloyd-Roberts, raconte les histoires de femmes venant des quatre coins du monde, de leurs combats, de leurs clavaires et parfois, de leurs justices.

 

Attention !

Ce livre est destiné à un public averti, car il raconte en détail certains crimes commis contre les femmes et peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

 

Thématiques 

En parcourant le globe, de l’Amérique latine à l’extrême Asie, Sue Lloyd-Roberts montre la face sombre et cruelle de la nature humaine à travers des portraits de femmes.

The War on Women traite des thèmes de la mutilation génitale féminine en Afrique et en Europe, du Sex Trafficking de femmes en Russie, des crimes d’honneur, des exécutions de femmes « subversives »  et des kidnappings de leurs nouveaux-nés (les desparecidos, les disparus) en Argentine pendant « la guerre sale » de 1976 à 1983, des viols commis par les soldats casques bleus en mission, des viols et de la traite des femmes pendant la guerre de Bosnie, et enfin des mariages forcés et de l’hypocrisie des organes religieux ou juridiques qui ont soutenu plus ou moins ouvertement ces horreurs.

À travers des anecdotes et des extraits d’interviews, la journaliste souligne et questionne l’impuissance ou la collaboration implicite des autorités religieuses et juridiques dans certains pays vis-à-vis des sévices infligés aux femmes. Elle questionne également l’importance du besoin de respecter les traditions, besoin qui pousse les gens à faire exciser leurs filles ou à les forcer à se marier contre leur volonté.

Très souvent, Lloyd-Roberts explique que durant ses centaines d’interviews avec des représentants des autorités locales, nationales, religieuses ou de l’ONU, les hommes confrontés à ses questions doutaient de sa crédibilité en tant que journaliste ou bien la méprisaient.

Les lecteurs se retrouvent avec la rage au ventre en lisant les témoignages émouvants de ces femmes courageuses et des anecdotes de cette journaliste qui a voyagé dans le monde entier pour récolter ces précieuses informations.

Photos

Au centre du livre, les lecteurs découvriront des photos de la journaliste afin de donner un visage à la voix en colère et de lui rendre hommage. Il y a aussi des photos des personnes qu’elle a interviewées ou encore des clichés pris durant des manifestations politiques. Ces photos servent à donner un contexte aux lecteurs afin d’accompagner les chapitres et leur permettent de visualiser plus facilement certains événements ou certaines époques.

Couverture du livre

Style

Ce livre a un style très facile et « agréable » à lire, mais traite de thématiques très douloureuses et choquantes. Chaque chapitre est consacré à un type de violence commis contre les femmes.

En employant un langage émotif mais simple et en utilisant des témoignages de victimes et de survivantes qui ont enduré l’enfer ainsi que des statistiques, Sue Lloyd Roberts permet à tout type de lecteurs de pouvoir comprendre les informations qu’elle cherche à faire partager. Elle démontre avec rage le mépris et l’hypocrisie des sociétés d’antan et d’aujourd’hui envers les femmes.

Le langage et le style d’écriture sont très directs et l’auteur ne laisse pas la possibilité dans l’esprit du lecteur d’excuser le comportement des personnes ayant été « complices » de ces crimes. Les lecteurs devinent les émotions qui ont bouleversé Sue Lloyd Roberts pendant qu’elle écrivait ce livre et seront submergés par les émotions qui émanent des pages.

En revanche, Lloyd-Roberts ne transforme pas les témoignages en mélodrames ou en exagérations. Elle raconte son ressenti personnel et laisse les femmes s’exprimer librement. Pour les sceptiques qui s’interrogent sur la véracité de son œuvre, Lloyd-Roberts renforce ses opinions et les témoignages avec des faits et des statistiques produits par des ONG comme Amnesty International, Les grand-mères de Plaza de Mayo, La Commission des Droits de l’Homme ou Human Rights Watch.

Malgré l’opinion tranchée de Sue Lloyd-Roberts présente dans tout le livre, elle laisse exprimer l’opposition à travers des extraits d’interviews qui alternent avec les témoignages des femmes. Journaliste assidue, elle rajoute un appendice avec les sources de ses informations entre autres.

Si les lecteurs en ont envie, ils pourront ainsi faire des recherches plus approfondies sur les divers sujets décrits dans le livre.

Impressions globales

On pourrait comparer cet ouvrage à un dossier. À travers des témoignages poignants, Lloyd-Roberts raconte passionnément les abus, les humiliations et les violences que subissent les femmes partout dans le monde, de l’Amérique à l’Asie.

Lloyd-Roberts manie sa plume avec franchise, n’épargnant pas la sensibilité du public quand elle transcrit sur la page blanche les récits glaçants des femmes qui ont eu le courage de prendre la parole.

La rédaction recommande vivement cette œuvre qui démontre les combats menés et ceux qui restent encore à mener à l’heure actuelle.

Ce livre est une condamnation. Hommes ou femmes, ceux et celles qui ont participé aux abus commis contre des femmes se retrouvent sur le banc des accusés. Mais plus encore, ce livre est un hommage aux femmes qui ont traversé ces épreuves et il salue le courage des victimes et des survivantes.

Sue Lloyd Roberts est décédée en 2015 des suites d’un cancer. Sa mémoire survit à travers ses enfants qui ont achevé son œuvre à sa place.

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