Le Jeu de l’Amour et du Hasard: Marivaudage au parfum de Sixties

Le Jeu de l’Amour et du Hasard: Marivaudage au parfum de Sixties

C’est une pièce célèbre, jouée par une troupe qui connaît bien son affaire, que nous découvrons transposée dans les années 60: Le Jeu de l’Amour et du Hasard.

Le Jeu de l’Amour et du Hasard: Des décors efficaces

Nous y sommes plongés dès les premières minutes : un petit film un tantinet désuet sur fond de Bowie installe l’ambiance. Le décor est simple et efficace, il semble souffler un air de vacances, de légèreté. Celle-ci contraste avec le caractère dramatique de Sylvia, qui apparaît dès les premières scènes : le mariage n’est pour elle décidément pas un sujet futile !

Bien au contraire, il s’avère fréquemment source de peine et de souffrance, et ce n’est pas ce qu’elle projette pour son propre avenir ! On connaît l’histoire : pour sa première rencontre avec son prétendant, la jeune femme décide d’échanger de rôle avec sa soubrette afin de pouvoir l’étudier à loisir, ignorant que son potentiel fiancé a décidé de même.

Jeu de l'amour 3

Ici le dramatique est réservé aux jeunes premiers, le comique aux domestiques qui s’en acquittent fort bien. Les scènes avec ces derniers sont fortes de rires, de poursuites, de taquineries… Les voici tels des adolescents qui se taquinent et flirtent de façon non dissimulée. Le contraste est saisissant dès l’entrée en scène d’un des maîtres, qui recentre la scène sur le sujet sérieux, voire dramatique, du mariage et de l’amour.

L’heure est alors grave ; dès lors, il ne s’agit plus de s’amuser, mais de mettre les choses au point avec gravité, voire froideur. Le père et le frère ponctuent la pièce avec espièglerie. Seuls personnages qui vivent la situation en connaissance de cause, ils partagent cette connivence avec le public. Ils créent ainsi une complicité agréable avec les spectateurs, et donnent du souffle à la pièce. Pour autant, de par cette position privilégiée, ils sont loin d’être aussi blancs que neige.

Photo : Karine Letellier
Photo : Karine Letellier

En effet, tout n’est pas rose chez Marivaux. Les personnages peuvent être passionnés, légers, mais également orgueilleux, cruels. Les bons sentiments créent au final de la souffrance, qui s’éternise quelque peu. Qui tire les ficelles ? Pas toujours les mêmes. Qui en fera les frais ? Le dénouement est-il heureux pour tout le monde ?

Salomé Villiers est la metteuse en scène et actrice pour le rôle de Sylvia. Elle qui voulait « faire [de cette pièce] un bonbon Arlequin trempé dans du dissolvant » semble avoir réussi son pari. Courez donc voir cette pièce au théâtre Michel ! Et pour creuser un peu plus, allez jeter un coup d’œil à son interview.

Laissez votre commentaire