Fermé pour cause de guerre : une pièce mêlant tragédie et espoirs universels

Fermé pour cause de guerre : une pièce mêlant tragédie et espoirs universels

JustFocus vous propose sa critique de « Fermé pour cause de guerre » de Marianne Oestreicher-Jourdain et Sophie Belissent.

 

L’Histoire avec sa grande hache

Sur le texte de Marianne Oestreicher-Jourdain,  dramaturge contemporaine avec une plume rare, la metteur en scène Sophie Belissent (assistée de Sonadie Sen) a fait un travail incroyable, sachant donner à ce texte toute la contemporanéité et l’universalité du propos de l’auteure.

La grande force de cette pièce est de nous présenter des personnages terriblement réels car riches de complexités. L’action n’est pas située en un temps et lieu précis, nous suivons seulement des trajectoires croisées au sein d’un hôpital de fortune, dans un pays en lambeaux, et c’est ce qui fait de ce texte un texte coup de poing. Affirmant une destinée commune de l’humanité.

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L’autre : cet ennemi immémorial

Tout le monde se mêle par la force des choses dans cet hôpital, la réfugiée d’un pays lointain, les patriotes blessés de l’armée de ce pays-ci, une femme ayant perdu son amour, une femme qui cherche à faire vivre l’espoir en gardant la mémoire des souhaits des vivants, un homme qui enterre les morts et tâche d’en faire vivre la mémoire et le nom.

Cet homme, il a sauvé une femme enceinte. Elle ne parle pas. Longtemps le spectateur comme les autres malades de l’hôpital, où l’on ne soigne plus qu’à la morphine, se demanderont pourquoi. L’identité de cette inconnue baptisée Léna est cruciale. Les hommes voient en elle l’étrangère, l’ennemi. Et la haine et la peur de s’insinuer et de faire leur travail sournois.

 

Des femmes qu’on sauve aux femmes qui sauvent

Cette Léna qui ne semble pas vouloir vivre pas plus qu’elle ne semble vouloir donner la vie c’est le gardien des âmes fossoyeur mythologique qui l’a sauvée, c’est lui qui se bat pour la raccrocher à la vie lorsqu’il apprend son secret. Il devient l’allié de la femme plus âgée qui fait tourner cet hôpital, figure de la mère qui fait tourner le monde, elle recueille sous son aile sans jugement et avec bienveillance et amour. Parmi ces femmes qui font tourner le monde, il y a aussi cette réfugiée mélancolique qui a caché la seule arme.

Mais la petite histoire rattrape la grande et la jeune mère se décharge d’un fardeau trop lourd par un geste lourd qui voit à nouveau s’enclencher le cycle de la violence et de la vengeance.

Où réside encore l’espoir alors ? Le héros parti, c’est encore une femme qui par un acte sans retour tirera définitivement un trait sur le passé, ouvrant symboliquement sur un avenir neuf, où pourront renaître tous les possibles

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L’avis de la rédaction :

Une pièce bouleversante et magistrale tout à la fois coup de poing et bouffée d’humanité, nécessaire et si actuelle, faisant en cela écho au nom de la compagnie le Temps présent qui l’a montée. Les acteurs sont époustouflants, leur maîtrise et leur investissement et générosité sont absolus. Chapeau bas. (Attention, pas pour les plus jeunes. 12 ans et + )

 

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