Entretien avec Salomé Villiers – Marivaux, l’amour et la manipulation
Photo : Karine Letellier

Entretien avec Salomé Villiers – Marivaux, l’amour et la manipulation

Salomé_Villiers_portrait

Salomé Villiers joue le rôle de Sylvia dans Le Jeu de l’Amour et du Hasard (Marivaux), actuellement au théâtre Michel. Elle est également la metteuse de scène et l’instigatrice du projet, qui a démarré il y a plusieurs années.

Salomé Villiers a fait la connaissance de Marivaux comme beaucoup d’entre nous : à l’école, et pas vraiment avec enthousiasme. Manque de pot, ou jeu du hasard (héhé), elle s’y retrouvera pourtant confrontée de nouveau encore et encore. Même pièce, cadre qui évolue mais reste scolaire (lycée, conservatoire). Alors, qu’est-ce donc qui l’a poussée à s’emparer de ce texte et à le mettre en scène aujourd’hui ?

Elle pense ne pas avoir apprécié la pièce plus tôt car celle-ci était enseignée de manière intellectualisée. Or, Marivaux, « c’est un jeu sanguin, c’est incarné ! ». Ce qui lui plaît, c’est autant le fond que la forme. Bercée par le théâtre classique, elle apprécie « la langue incroyablement fine, délicate, drôle » ; actuelle aussi. De fait, les sujets traités sont intemporels : l’amour en lui-même bien sûr, mais également (surtout ?) la manipulation, l’orgueil, l’envie d’être aimé-e pour qui on est réellement… L’idée initiale de ne pas juger sur l’apparence, les bons sentiments du début n’empêchent pas de faire mal au final.

La comédienne souligne que le troisième acte est à ce propos révélateur d’une grande cruauté, notamment à l’égard des domestiques à qui on fait croire en se gaussant qu’ils vont grimper dans l’échelle sociale, et ce jusqu’au bout… Le personnage à Sylvia, « intéressant à disséquer », est sujet à discussions. Sylvia est-elle cruelle ? Est-elle une peste ? Pour Salomé Villiers, Sylvia est cruelle, oui, orgueilleuse, oui, jusqu’au-boutiste ; pour autant, elle ne veut pas faire mal. Son premier souci est d’être aimée pour elle-même, et non pas pour ce qu’elle représente. Elle a peur également : dans les histoires, les vécus dont elle a eu vent, l’homme n’a pas forcément un bon rôle. Elle est une femme moderne, qui veut choisir son destin et veut quelqu’un qui s’engage, car l’amour qu’elle lui donnera ne pourra pas être repris.

La metteuse en scène voit également en elle un personnage féministe, qui fait écho à son choix de teinter la pièce des couleurs et musiques des années 60. Il s’agissait pour elle de trouver une musique faisant écho à Marivaux, une musique libérée et sensuelle. Elle fait alors un lien entre ce féminisme qu’elle trouve chez Marivaux à ce qu’elle nomme des « prémisses révolutionnaires », féministes et humanistes.

L’aventure du Jeu de l’Amour et du Hasard commence en 2013, et se poursuit jusque fin avril au théâtre Michel. Elle a connu plusieurs changement dans les acteurs (initialement une autre comédienne jouait le rôle de Sylvia), dans le textes (quelques coupes ont été faites), dans les lieux (Côté Cour, Le Lucernaire, Avignon)… La troupe a su garder une fraîcheur acidulée qui fait du bien, et qui nous fait repartir avec le sourire.

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