Critique « MEILLEURS ALLIÉS » : Les coulisses de la Libération

Critique « MEILLEURS ALLIÉS » : Les coulisses de la Libération

Critique « MEILLEURS ALLIÉS » : Les coulisses de la Libération

Comédiens

Texte

Mise en scène

Scénographie

Costumes

Summary:
Le spectacle permet une première approche de l'histoire de la Libération.

60%

Intéressant

Meilleurs Alliés narre la rencontre entre Charles de Gaulle et Winston Churchill à Londres, du 5 au 7 juin 1944. Churchill doit annoncer à de Gaulle l’imminence du débarquement des troupes alliées en Normandie (opération Neptune) et le convaincre de s’adresser au peuple français depuis la BBC, après la prise de parole d’Eisenhower.

L’échange est tendu. De Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française (créé deux jours plus tôt à Alger à l’occasion de cette même rencontre), est furieux d’avoir été écarté des opérations militaires. Il refuse toute négociation avec Churchill, premier ministre britannique. Mais les Alliés ont besoin de lui, tant pour avancer dans un pays qu’ils ne connaissent pas que pour administrer les territoires libérés. De Gaulle est, selon Eisenhower, la « seule autorité que les groupes de résistance désirent reconnaître ». Par l’intermédiaire d’Anthony Eden (conservateur, secrétaire aux Affaires étrangères du cabinet de Churchill) et Pierre Viénot (socialiste, ambassadeur de la France libre auprès du Gouvernement britannique), les deux hommes tentent de parvenir à un accord : l’appel d’Eisenhower passera à la BBC en début de matinée. De Gaulle sera diffusé à 18 heures. Son texte, qui n’aura pas été soumis à Churchill au préalable, le présente comme le seul chef du Gouvernement français.

Ce face-à-face est rédigé par Hervé Bentégeat, journaliste et auteur d’essais (notamment historiques), et mis en scène par Jean-Claude Idée, metteur en scène et dramaturge franco-belge, fondateur en 1989 du Magasin d’écriture théâtrale (destiné à faire connaître des pièces contemporaines) et avec Michel Onfray en 2013, des Universités Populaires du Théâtre, un réseau utilisant le théâtre à des fins d’éducation populaire. Sur scène, les rôles de Charles de Gaulle, Winston Churchill, Anthony Eden et Pierre Viénot sont respectivement interprétés par Pascal Racan, Michel de Warzée, Laurent d’Olce et Denis Berner.

La dramaturgie du spectacle rappelle à bien des égards celle des tragédies classiques : l’échange a lieu en huit-clos et met en confrontation des hommes de pouvoir dans une temporalité proche du réel. Durant la première partie (échange direct entre de Gaulle et Churchill), la durée de la rencontre égale la durée de la représentation. Le changement de décor, qui marque le passage à une deuxième partie (échanges indirects transmis par Eden et Viénot, tels les valets « intrigants » de Molière ou Marivaux), marque également une nouvelle temporalité, plus elliptique et morcelée. Le plateau est alors scindé en deux espaces distincts ; le cabinet de Churchill d’un côté, celui de de Gaulle de l’autre. L’esthétique de Jean-Claude Idée est réaliste : les décors comme les costumes sont d’époque (1944) et les comédiens imitent les accents, les manies, les tics et les façons de se déplacer des personnages qu’ils incarnent. La vidéo, en outre, apparaît comme un moyen de projeter des images d’archives et des plans militaires. Le metteur en scène reconstitue l’Histoire de manière documentaire, presque scientifique, créant ainsi pour le public l’illusion d’un débat réel.

Certaines imprécisions historiques sont néanmoins à soulever : la sécurité sociale n’est pas l’initiative du Général de Gaulle, comme le prétend le spectacle, mais d’Ambroise Croizat, député communiste de la IVème République. En cherchant à rester objectif, le spectacle reproduit l’idéologie de masse qui fait de de Gaulle un héros humaniste. « Il n’y a pas, aujourd’hui, d’exemple équivalent » écrit l’auteur dans sa note d’intention, donnant quelque peu l’idée que son texte est un hommage à ces « deux grands hommes », en oubliant leur ambition et leur mégalomanie.

Quoi qu’il en soit, le spectacle Meilleurs Alliés invite à réfléchir sur ce qui fonde la légitimité d’un État. Qu’est-ce que la France des années 40 ? N’y a-t-il pas deux France ? Une libre, une occupée ? La légitimité d’un État et d’un gouvernement tient à la reconnaissance que lui apportent les autres États (prenons l’exemple récent de Puigdemont et de la Catalogne). Si de Gaulle veut une place sur le podium, c’est pour que la France libre soit reconnue comme un État à part entière et qu’il soit, lui, reconnu comme chef. Si la France était libérée par les Anglais sans de Gaulle, il n’aurait pas eu la légitimité de gouverner et le pays aurait été administré par un gouvernement militaire AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories) pendant deux ans. En s’imposant devant Churchill et Roosevelt, de Gaulle a surtout réécrit l’Histoire, faisant de la France une puissance résistante pendant la Guerre et victorieuse du conflit.

La fin du spectacle nous montre deux hommes parvenus à leurs fins, chacun de leur côté (tous deux sont revenus au pouvoir après une « traversée du désert » plus ou moins longue : Churchill en 1951, de Gaulle en 1958). Dans la guerre d’égo, l’héroïsme est toujours relatif.

Le spectacle Meilleurs Alliés est à découvrir sans plus attendre au Théâtre du Petit Montparnasse, jusqu’au samedi 30 juin.

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