Critique : Illusions perdues de la Cie Troisième Génération

Critique : Illusions perdues de la Cie Troisième Génération

Illusions perdues, la pièce de théâtre tragi-comique inspirée du roman éponyme d’Honoré de Balzac, est à ne pas rater en Janvier 2016.

 

Pourquoi nos propres illusions sont-elles nécessaires ?

Après l’excellent There is no alternative, montrant les prouesses physiques de la troupe, la Compagnie Troisième Génération revient cette année avec le très différent Illusions perdues. Un spectacle moins axé sur la performance physique pour laisser une place plus grande au texte. Quand le premier traitait du « scepticisme de notre génération face aux élites politiques et de notre incapacité à proposer des alternatives », le second explore ce que « les hommes se chantent à voix basse, pour eux-mêmes, pour tenir bon ou simplement se sentir vivant ». En d’autres termes, que faisons-nous afin de trouver la force nécessaire pour avancer ? Les réponses et les exemples pourraient se multiplier…

« La vie est une affaire » Honoré de Balzac

Ce spectacle vous propose de plonger dans les illusions des artistes confrontés à la peur de l’échec, au besoin de reconnaissance et au ressentiment qu’ils peuvent avoir lorsqu’ils se sentent repoussés. Qu’est-on prêt à faire pour réaliser ses rêves ? Quel est notre seuil de tolérance face à ce que l’on veut nous imposer ? Ne sommes-nous pas prêts à nous mentir pour éviter de nous confronter à la réalité ? Pourquoi avons-nous tant besoin d’échapper à cette réalité ?

 

Illusions perdues : un cabaret onirique atypique

Illusions perdues - Marina Raurell« Bienvenue ! Le spectacle va bientôt commencer ! » Les cinq comédiens cassent le quatrième mur et nous accueillent dans un cabaret-RealTV où réalité et fiction se confondent.

Le micro passe de main en main, racontant les missions importantes confiées à chaque personnage. Une vraie entreprise du divertissement, bien ficelée, très souriante. On y raconte les besoins de la production, des metteurs en scène, incitant les artistes se mettre à nu, quitte à dénaturer leur identité et leur art. On y voit des artistes prêts à renoncer à leurs idéaux dans l’espoir d’un soupçon de succès. On compatit en constatant le désarroi du « néo » Lucien, inspiré du roman Illusions perdues de Balzac. « Image type de l’individu vaincu par la société, il est à la fois victime et instrument de son destin. » Il commettra l’irréparable, enfin c’est ce que l’on pense…

 

Une création déroutante et sur le fil

Comment décrire le talent de Sergi Emiliano, Maria Cadenas, Agnès Delachair, Arianna F. Grossocordon et Guillaume Le Pape ? Leur aisance corporelle, leur présence scénique, leur créativité est à voir. Les mots sont limités et laissent place à leur art basé sur le mime corporel, le théâtre visuel, d’une certaine influence brechtienne. Vous y ajoutez un lieu intrigant, celui de la scène de Gare au Théâtre, et la magie apportée par la scénographie et les lumières de Laurent Labarrère, et vous plongez dans un univers onirique, très esthétique tout en restant sincère.

Le style de l’oeuvre est surprenant et nous fait oublier le temps. On ne comprend pas du premier coup toutes les idées véhiculées par les tableaux/scènes, mais cela permet aux spectateurs d’échanger et de polémiquer à la fin du spectacle. Le théâtre n’est-il pas là, au fond, pour nous faire réfléchir ? Mais rien ne lésera les amoureux du divertissement qui apprécieront les moments humoristiques et dramatiques d’une forte intensité.

Informations pratiques

La pièce Illusions perdues se tiendra dans plusieurs lieux en région parisienne.

Le 16 Janvier 2016
Centre Jean Vilar à Champigny-sur-Marne

Du 21 au 23 Janvier 2016
Théâtre Berthelot à Montreuil

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