Critique « Dépendances » au Studio Hébertot : une pièce contemporaine sur les rapports fraternels

Critique « Dépendances » au Studio Hébertot : une pièce contemporaine sur les rapports fraternels

Du 19 au 29 avril, le Studio Hébertot propose une pièce contemporaine sur les liens entre frères, et la difficile question de l’héritage. Dix représentations avec à l’affiche deux grands comédiens : Thibault de Montalembert et Francis Lombrail. Le texte, ainsi que la mise en scène, sont signés Charif Ghattas.

Thibault de Montalembert (à droite) est acteur et metteur en scène. Pensionnaire de la Comédie Française de 1994 à 1996, et régulièrement voix française de Hugh Grant, il s’est fait connaître du grand public à travers la série Dix pour cent, dans laquelle il incarnait le rôle de Mathias Barneville, un agent de stars de prime abord assez antipathique et arrogant.

Francis Lombrail (à gauche) est comédien et directeur du théâtre Hébertot. Après des études de droit qui le destinaient à devenir commissaire-priseur, il choisit, après quelques années d’exercice, d’emprunter un tout autre chemin : celui du théâtre. L’homme, et son équipe, ont été récemment récompensés du Globe de Christal 2018 de la meilleure pièce de théâtre pour 12 Hommes en Colère. Les deux comédiens sont réunis sur les planches du Studio Hébertot jusqu’au 29 avril prochain pour la pièce Dépendances.

Quant à Charif Ghattas (au centre), il signe le texte et la mise en scène de cette œuvre. S’étant déjà illustré auparavant par des pièces contemporaines (Du vice à la racine, Sous le drapeau...), il propose, dans sa dernière création, une réflexion intense sur les relations entre trois frères, au moment du partage de l’héritage.

Dépendances : un huis-clos familial pesant

Contemporaine et épurée de tout décor superflu, l’œuvre se penche sur l’histoire d’une fratrie, devant se réunir pour régler les détail d’une succession et décider de l’avenir de l’appartement familial.

« C’est un jour particulier. Comme prévu, Tobias, Henri et Carl ont rendez-vous à 14h. Il est 14h10 : Carl n’est toujours pas arrivé. C’est un jour particulier… »

La pièce, singulière et peu commune, interroge et surprend. Il faudra quelque temps au spectateur pour entrer dans cette œuvre qui laisse la part belle aux moments de silence et qui s’emplit petit à petit des mots non dits, des rancoeurs et des douleurs accumulées au fil des années. A contre-courant d’un théâtre verbeux et chargé de péripéties, Dépendances ne se laisse pas facilement approcher. Il est probable que certains n’y réussissent pas…

Récit d’une attente et d’une confrontation, Dépendances, ose le pari de l’originalité, mais flirte, pour cela, à la limite de la pénibilité. Abordant des thématiques graves (et en somme toutes universelles) – la filiation, la mort, les difficultés de vie, la famille et ses obstacles -, elle ne fait aucun cadeau au spectateur: Ce dernier devra accepter de se laisser totalement guider vers l’inconnu théâtral pour espérer réussir à s’immerger dans cette œuvre déroutante et complexe.

Cependant, portée par les performances d’extrême qualité des deux comédiens, la pièce offre de beaux moments d’intensité. Mais le rythme, dans ses trop fréquentes longueurs, peut facilement laisser sur le carreau les adeptes d’un théâtre plus facile, plus classique, moins troublant. Dépendances a néanmoins le mérite d’oser et elle arrive à montrer, par des moyens rarement exploités, les difficultés et incompréhensions qui découlent de la confrontation entre ces deux frères. Entre eux, la haine et l’amour se mêlent dans un ballet fait de silences, d’éclats de voix et d’une violence croissante. La pièce ouvre une fenêtre sur une arène : celle où les non-dits et les souffrances vont s’exprimer avec une brutalité croissante, et opposer ces personnages dans leurs difficultés, leurs zones d’ombre, de souffrances, mais aussi leur indéniable attachement filial.

Dépendances devrait plaire à un public adepte d’un théâtre qui sort des sentiers battus. Un théâtre exigeant et innovant, où les corps et les mots sont là pour confronter les êtres, souligner leurs complexités, et celles, inhérentes, de leurs liens.

Informations pratiques : du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h, au Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles

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