Critique : STILL LIFE / PROVIDENCE au Théâtre des Déchargeurs

Critique : STILL LIFE / PROVIDENCE au Théâtre des Déchargeurs

Pierre Laville met en scène deux spectacles dans lesquels la guerre mène le monde… Et amène à des situations personnelles inextricables et plein de dilemmes… Still Life et Providence se jouent au Théâtre des Déchargeurs jusqu’au 19 mai.

 

Puissance envahissante du passé, malaise du présent et inconsistance déplaisante de l’avenir.

Dans ces deux pièces, Pierre Laville nous offre la possibilité de rentrer dans l’univers personnel d’un d’acteur de la guerre malgré lui et de victimes de la violence que toute guerre engendre.

La scénographie est minimaliste, deux chaises, un fauteuil, un écran et donne ainsi toute son ampleur et sa puissance au jeu des comédiens qui excellent dans l’expression de leurs sentiments.
Elle laisse aussi la place à l’immensité du désespoir des uns, de la naïveté des autres, à la cruauté des évènements passés et à la certitude optimiste qui fait parfois surface.

Still Life : Fardeau du passé voulu ou subi

Il s’agit d’un univers enchevêtré de souvenirs heureux ou pénibles, d’idées personnelles ou partagées, de sentiments de révolte ou d’amour, de justifications sociales ou familiales. A cela s’ajoutent des excuses forcées ou réelles, des espoirs nourris ou dérisoires.
De ce kaléidoscope d’idées qui se fondent, s’entrechoquent, se forment et se déforment, naît un sentiment de malaise dans lequel la compréhension des différentes situations se heurtent à l’incompréhension. Le jeu extrêmement juste et pondéré des acteurs, Manon Clavel, Antoine Courtray et Ambre Pietri, contribue à la progression en désordre vers une fin où aucun problème ne peut être résolu. Puissance envahissante du passé, malaise du présent et inconsistance déplaisante de l’avenir sont au menu de cette pièce.
Dans ce texte d’Émilie Mann, la construction du récit habilement menée par une mise en abime permanente donne la vision de trois monologues dans laquelle les histoires de chacun des trois personnages se complètent.

PROVIDENCE : Tu parles d’un mois de Septembre, toi !

Neil La Bute nous propose dans son récit de vivre les conséquences peu ordinaires du 11 septembre 2001.
Pris dans un véritable piège alors qu’ils pensaient avoir évité le pire, les deux personnages, incarnés par Xavier Gallais et Marie-Christine Letort – une femme et son amant qui, lui, aurait dû se trouver dans les Tours jumelles – vont-ils réussir à trouver la solution à leur situation aussi bien providentielle que néfaste?
Ce couple mal-assorti qui bat de l’aile se trouve devant une chance extraordinaire de se retrouver libre, devant une solution inespérée de vivre leur amour mais aussi dans l’incapacité de communication qui va jusque au règlement de compte ou se mêlent les rapports employé / employeuse et la culpabilité qui entrave les relations. Ils tournent en rond, n’avancent pas dans leurs décisions, leur situation est impossible, insolvable. Ils passent d’un espoir éperdu à un accablement désolant. C’est une pièce sombre, sans indulgence qui se joue sous les yeux des spectateurs qui ressentent fortement le malaise et le mal-être des personnages qui ne peuvent plus être maîtres de leur destin pourtant si convoité. Qu’aurions-nous fait à leur place?

 

Deux pièces qui brossent des portraits réalistes et dans lesquelles le spectateur se sent interpelé et toujours sur le qui-vive. Elles n’apportent pas de solutions mais posent des questions justes.
Deux pièces qu’il faut voir sans hésitation.

 

Informations Pratiques

Théâtre : LES DÉCHARGEURS
du mardi au samedi
durée : 1h25

Mise en scène : Pierre LAVILLE

STILL LIFE du jusqu’au 19 mai
PROVIDENCE jusqu’au 12 mai

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