Simon Astier : « Avec Hero Corp, je raconte avec mes tripes et mon cœur une histoire qui m’est très personnelle »

Simon Astier : « Avec Hero Corp, je raconte avec mes tripes et mon cœur une histoire qui m’est très personnelle »

Créée et développée par Simon Astier, la série Hero Corp vient de sortir son ultime saison, presque 10 ans après ses débuts. Jonglant entre difficultés financières, problèmes de santé mais aussi un concept unique et une communauté de fans fidèle, Simon Astier revient avec nous sur l’épopée qui l’aura occupé un tiers de sa vie… mais aussi sur Kaamelott.

Presque 10 ans après ses débuts en 2008, la série Hero Corp a diffusé son dernier épisode le 7 juin dernier sur France 4. Écrit et réalisé par Simon Astier, cet ovni télévisuel raconte l’histoire de John, un jeune homme un peu perdu, lié à l’agence de super-héros Hero Corp. En même temps qu’il se découvre des pouvoirs, ce dernier est partagé entre le bien et le mal. Il est secondé par d’anciens super-héros à la retraite dont les pouvoirs tombent un peu en décrépitude. Alliant habilement humour et fantastique, Hero Corp s’est constituée une solide communauté de fans. Cette dernière s’est fortement mobilisée lorsque la série a lancé un financement participatif, récoltant plus de 200 000€. Si la série télévisée est terminée, le coffret DVD avec 1h30 de bonus est sorti le 27 juin. Les aventures de John et des super-héros continuera tout de même à vivre au travers de la bande dessinée.

Simon Astier - Hero Corp

 

JustFocus : La saison 5 d’Hero Corp sort 3 ans après la 4, pourquoi cela fut-il aussi long ?

Simon Astier : On a eu beaucoup de problèmes. J’ai eu de graves problèmes de santé quand le tournage a commencé. J’ai arrêté le temps que je me retape. Quand j’ai repris, d’autres personnes ont à leur tour eu d’autres problèmes de santé. Du coup, le tournage s’est fait sur une longue période.

 

JF : Qu’avez-vous souhaité raconter au travers de cette série ?

SA : Ce ne sont bizarrement pas des choses de super-héros ! J’aime bien parler de choses très humaines, de la vie, des gens, de ce qu’on traverse, et le mettre dans un cadre un peu exotique, « science-fictionné ». Je suis moins intéressé de parler de ce qui se passe en bas de chez moi. Cela raconte l’histoire d’un type qui va trouver sa place, qui va comprendre qu’il n’y a pas de bien ou de mal et qui va devenir adulte en le comprenant. Son pire ennemi peut être lui-même, sa part sombre qu’il n’ose pas affronter et voir en face. Jusqu’où elle peut prendre le pas sur lui. C’est comment trouver sa place, s’affranchir de ce qui nous entraîne vers le bas.

 

JF : Ce scénario vous est très personnel…

SA : Au-delà de ça, il m’est complètement personnel. Si ce n’est pas dans Hero Corp que je raconte des choses personnelles, ce n’est nulle part ailleurs. C’est personnel et très intime. Ce sont des problèmes qui me traversent ou m’ont traversé de manière très forte quand j’avais 20 ans lorsque j’ai écrit ce projet. Je n’ai jamais voulu, avec Hero Corp, aller plaire aux gens en me disant que j’allais faire un truc de super-héros. Je raconte de manière très soutenue, avec mes tripes et mon cœur, une histoire qui m’est très personnelle.

« Un chapitre qui dure un tiers de sa vie c’est déjà pas mal. »

JF : Vous avez commencé cette série en 2008 et avez passé dessus presque 10 ans. Pas trop dur de clore ce chapitre ?

SA : C’est une vision de la vie. On peut tout regretter tout le temps en disant que c’était mieux avant. Moi, j’ai passé un tiers de ma vie sur ce projet. La série a débuté en 2008 mais cela faisait bien 3 ans que je travaillais dessus. Je pense que c’est bien de s’arrêter parce qu’il y a des chapitres dans la vie et un chapitre qui dure un tiers de sa vie, c’est déjà pas mal. Évidemment qu’il y a des côtés tristes, c’est normal, comme toutes les séparations, mais ce n’est pas une déchirure. En plus, j’ai eu le temps de savoir que c’était la fin, de l’anticiper, de choisir. C’était une fin en douceur.

 

JF : Le faible budget de la série était-il un handicap ?

SA : On a toujours eu malheureusement le même budget pour Hero Corp. Quand on fait le crowfunding, ce n’est pas pour faire du plus spectaculaire, c’est pour pallier à la défection d’un des partenaires. Je ne pense pas que la série pâtisse de son manque de budget, au contraire cela fait partie de son histoire. C’est justement parce qu’elle a très peu d’argent que cette série peut exister et qu’elle existe avec cet aspect-là. Je pense que c’est cette histoire qu’on a avec le public, c’est qu’on raconte quelque chose. Il n’y a pas d’autres exemples comme Hero Corp à la télé française, il n’y a pas d’autres personnes qui ont cette liberté-là et qui peuvent faire ce qu’ils veulent à cette heure-là. Les gens ont été bienveillants sur la série.

Après si vous voulez faire un plan avec 50 hélicoptères, si vous n’avez pas les moyens, vous ne le faites pas. France 4, depuis qu’ils ont repris le flambeau depuis la saison 3, n’ont pas voulu dénaturer ce projet, et à la fois, je n’aurais laissé personne le faire. En tout cas, pas celui-là. Sur d’autres projets, on fait des concessions, elles font partie de ce métier. Mais des concessions importantes sur Hero Corp, je n’en ai jamais faites.

« En France la tradition culturelle elle n’est pas dans les séries d’invention de mondes parallèles. »

JF : Comment cela se fait-il que vous soyez la seule série de super-héros française ?

SA : Il y a des gens qui veulent le faire mais en France la tradition culturelle, elle n’est pas dans les séries d’invention de mondes parallèles. Elle est plus dans une révision de notre quotidien. La tradition de la série française, ce sont des choses très sociétales qui parlent de nous, de notre quotidien et qui le retraduisent un peu en satire. Les Anglo-saxons ont une culture de l’imaginaire plus centrale. Pour faire ça en France, il faut l’énergie que l’on a eu nous. On n’avait pas l’argent, juste l’envie de raconter ça et avec le cœur, hardiment. En fait, je pense qu’il faut beaucoup d’abnégation et de courage et avoir une histoire à défendre coûte que coûte, qui sort des tripes sinon c’est trop de contraintes.

 

JF : 10 ans de tournage avec quasiment la même équipe, c’est presque une seconde famille. Comment s’est déroulée la fin du tournage ?

SA : Il y a eu énormément d’émotion sur le tournage. On n’est pas forcément une famille mais une bande de gens qui s’apprécient beaucoup, on a tous grandi ensemble. Il y en a qui sont partis parce que cela ne marchait pas, d’autres sont restés. La bande a toujours été ouverte à d’autres rencontres. C’était extrêmement important pour moi. Personne ne nous a imposé de ne plus nous voir. Nous sommes une équipe : on se retrouve, on bosse ensemble de manière intensive pendant des semaines et après, on ne se voit plus, puis on se retrouve. On sait qu’on peut se revoir ailleurs. Je ne me laisse pas ensevelir par tout ça et je le vois comme une chance que j’ai eue pendant 10 ans de pouvoir m’exprimer à la télévision avec des gens super. J’espère qu’avec mes envies de maintenant, d’adulte et plus de jeune homme, je pourrais avoir autant de confort pour travailler et pour raconter ce que je veux raconter.

Hero Corp

JF : Y a-t-il eu des moments forts qui vous ont particulièrement marqué ?

SA : Il y a une scène dans l’épisode 8 de la dernière saison qui dure 5 minutes. C’est une scène qui clôt Hero Corp pour moi : quand John parle à tous les morts. C’est la scène la plus longue de toute la série. On l’a juste faite en deux prises. Elle raconte ce qu’est Hero Corp, elle raconte la fin : la bienveillance incarnée de ces gens qui disent maintenant à ce héros que l’on a suivi et que l’on a vu tout vivre, qu’il a tout en lui et qu’il faut juste qu’il essaie. C’est le moment que j’ai préféré sur les cinq saisons. Un moment assez suspendu et très beau.

 

JF : Vous aviez prévu une fin plus tragique, qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

SA : C’est de vivre d’autres choses, de grandir et d’être moins en colère, moins survolté. J’avais prévu la mort de John. Il n’était qu’un fusible, une espèce de petite pièce qui devait bloquer le rouage du grand compas final pour sauver le monde. Au final on va mieux le traiter que ça, il va vivre sa vie, être heureux, il aura vaincu ses démons et arrêtera de se battre contre lui-même.

« C’est comme résumer une de nos plus belles histoires d’amour, c’est impossible. »

JF : Vous avez une vraie communauté très mobilisée derrière-vous, comment le ressentez-vous ?

SA : C’est une histoire. C’est comme résumer une de nos plus belles histoires d’amour, c’est impossible. J’ai vécu un moment hors du temps, hors de toute considération rationnelle avec ces gens. On se croise souvent dans des spectacles, des conventions, etc. On essaye de partager un maximum de choses. Autant je ne fais pas les choses pour plaire aux gens, autant ces gens-là me suivent et on a un vrai rapport sincère et profond ensemble. Je ne peux pas le commenter parce que je ne dirais que des choses banales qui ne seraient pas à la hauteur de ce que je ressens.

Hero Corp

JF : Quels sont vos prochains projets ?

SA : Je suis en train de développer une série et un film. Je ne sais pas encore dans quel ordre. En tout cas, ce sont mes deux envies intimes. Ils reprennent le flambeau d’Hero Corp en terme d’intensité dans mon cœur. Après, en ce moment je tourne un film où je m’amuse inconsciemment. J’ai d’autres petits trucs que l’on me demande. Je peux enfin m’engager et m’imaginer sur d’autres projets longs et riches maintenant qu’Hero Corp est terminée.

 

JF : Qu’en est-il de Kaamelott que tous les fans attendent impatiemment ?

SA : Je n’en sais rien, je ne suis pas la bonne personne à qui demander ça et je ne sais même pas s’il y en a ! On ne sait pas, personne d’ailleurs. Je ne sais même pas si les acteurs savent quand ça va démarrer. Je leur souhaite de faire un film de fous. Je ne sais pas quand ni comment, en tout cas je serai le premier spectateur à y aller. Ne rien dire, c’est le truc d’Alexandre. Il doit avoir beaucoup de pression parce que cela fait longtemps qu’on lui demande et que les gens attendent ce truc-là. Je pense qu’il a envie de se protéger de tout ça et de surprendre le public. Je peux le comprendre, Kaamelott rassemble tellement de gens, je pense qu’il veut s’affranchir un peu du stress et de se concentrer sur le projet

 

JF : Verra-t-on tout de même le chevalier Yvain sur grand écran ?

SA : Je n’en ai aucune idée. A priori il y en a qui ont été appelés, moi toujours pas. En tout cas si on m’appelle, j’irais avec un immense bonheur !

Yvain Kaamelott

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