Columbo VS The Mentalist

Columbo VS The Mentalist

En hommage à Peter Falk, décédé le jeudi 23 juin 2012 (et dont l’étoile qui lui avait été attribuée sur Hollywood Boulevard en 1991 vient d’être officiellement installée en juillet 2013*), TF1 avait programmé pour la première partie de soirée du dimanche suivant le 69 ème et dernier épisode (diffusé pour la première fois aux USA en 2003) de la carrière du célèbre lieutenant Columbo : Columbo Likes the Nightlife / Columbo mène la danse.
Décision judicieuse, semble-t-il, puisque la chaîne s’était classée ce soir la en tête du classement des audiences, devant Zone Interdite de M6 et FBI Porté disparu de France 2.

Cette série avait déjà fait, à partir de 1972, les beaux soirs de la Première Chaîne de ORTF, devenue en 1975 TF1 (Télévision Française 1) et privatisée en 1987.
Comme TF1 aime beaucoup les rediffusions, surtout celles de séries cultes amorties depuis belle lurette, notre fin limier est revenu de l’au-delà, dans la nuit du 30 au 31 décembre 2012, pour deux épisodes de 1978 : Jeu de mots (How to Dial a Murder) et Des sourires et des armes (The Conspirators). Encore actuellement, en cherchant un peu vous pouvez retrouver notre flic italo-américain, notamment sur TV BREIZH.

Cette pugnacité du fameux lieutenant à occuper notre espace télévisuel nous a donné l’idée de comparer le personnage principal de cette série du siècle dernier à celui de la plus récente, mais déjà culte, The Mentalist. Mettons donc en parallèle ces deux séries pour tenter de discerner les éventuels points communs et les différences majeures qui les caractérisent.

 

* Peter Falk n’avait jamais organisé la cérémonie officielle d’installation de cette récompense si prisée par la plupart des artistes

 

[box_dark]N’hésitez pas à répondre au questionnaire en fin d’article ou à laisser un commentaire sur les similitudes et/ou différences à ajouter.
Bonne lecture ![/box_dark]

Les fondations de la série

[pullquote_right]Tout l’attrait réside alors dans la manière dont le héros va confondre le coupable[/pullquote_right]Certains diront que, si comparaison il doit y avoir, c’est plutôt entre Patrick Jane et Sherlock Holmes puisque le créateur de The Mentalist revendique lui-même l’inspiration du célèbre personnage de Sir Arthur Conan Doyle. Cependant, comme nous le verrons plus loin, l’ombre de l’inspecteur à l’imperméable mastic élimé plane également sur la série qui a rendu Simon Baker (presque) aussi célèbre que Peter Falk.

Le premier point qui s’impose, à mes yeux, est une différence structurelle totale entre les deux séries. En effet, The Mentalist à d’emblée été créée comme une série à part entière, avec un pilote et des saisons composées d’un nombre généralement prédéfini d’épisodes, alors que Columbo est issue d’un concept créatif unique.

Créé par William Link, le personnage de Columbo apparaît une première fois en 1960, sous les traits de Bert Freed, dans l’épisode Enough Rope de la série télévisée The Chevy Mystery Show. Il revient ensuite au théâtre, à Broadway, interprété par Thomas Mitchell, avant de prendre une place particulière dans le monde des séries télévisées. Il s’agissait en effet au début d’une suite de téléfilms et non d’une série au sens propre. Les épisodes ont été créés sur une période s’étalant de 1960 à 2003, entrecoupée d’interruptions plus ou moins longues (notamment de 1978 à 1989)

Autre différence majeure, le principe même de l’intrigue. Dans The Mentalist, comme dans la plupart des séries policières, nous ne découvrons le coupable qu’à la fin de l’épisode alors que dans Columbo, le spectateur assiste au meurtre et connaît dés le début de l’épisode l’identité du meurtrier. Tout l’attrait réside alors dans la manière dont le héros va confondre le coupable.

Même si dans les deux séries, chaque épisode nous fait suivre une enquête différente, il y a dans The Mentalist un fil conducteur qui réside dans la traque de Red John et de sa taupe au sein du CBI (Californian Bureau of investigation).

Autre singularité, il n’y a pas de générique commun aux épisodes de Columbo.

Des héros atypiques

Analysons maintenant les personnalités des deux héros. C’est dans ce domaine que l’on trouve la première similitude : la propension des deux personnages à exaspérer leurs interlocuteurs.

The Mentalist équipeMais, là encore, on notera des différences entre les deux personnages : alors que le lieutenant Columbo ne tape généralement que sur les nerfs de celui qu’il entend confondre, notre consultant du CBI a une fâcheuse tendance à énerver tout son entourage, y compris ses partenaires. Le fait que l’inspecteur Columbo travaille seul et Patrick Jane en équipe (mais seul quand-même) explique une partie de cette situation. Mais surtout, la raison pour laquelle chacun des deux est agaçant est totalement différente. Columbo exaspère par son attitude nonchalante. Il renvoie l’image, erronée, mais délibérément entretenue, d’un policier mal fagoté à l’esprit peu vif, passant son temps à prendre des notes sur son carnet en parlant de sa femme et revenant à l’improviste poser une question supplémentaire alors que son suspect se croit débarrassé de lui. Patrick Jane provoque l’aversion par la morgue dont il fait preuve et son absence totale de diplomatie, de sens de la hiérarchie et de respect des règlements.

Nos deux enquêteurs se rejoignent sur l’absence de témérité. Aucun d’eux n’a de propension à la violence. Mais si nous ne voyons jamais le lieutenant Columbo faire le coup de poing ou utiliser une arme, c’est parce que dans aucune de ses aventures il n’y est amené. On peut cependant présumer que, comme tout bon policier, il se résoudrait à employer la force si la situation l’exigeait, même si on devine que cela n’est pas dans sa nature. De son coté, Patrick Jane assume tout à fait une aversion pour la violence physique qui confine à la couardise. Mais, à sa décharge, il faut rappeler qu’il n’est que consultant et non un vrai flic.

Ce qui, à mon sens, rapproche le plus les deux personnages est le fait qu’ils conduisent tous deux une voiture vintage française. Columbo roule en Peugot 403 décapotable et Jane en Citroën DS (d’abord une DS 21 Pallas de 1971, puis une DS 20 Pallas semi-automatique de 1972). Cette particularité souligne le coté original et anticonformiste de chacun de nos deux héros. Peter Falk, a surtout choisi cette 403 de 1959 pour donner à son personnage un coté plus humain et proche de « monsieur tout le monde ». Cependant, sa vieille guimbarde est autant cabossée que la DS de Jane est bichonnée par son propriétaire. Dans le cas du Mentalist, c’est un choix délibéré de Simon Baker lui-même, parmi les différentes berlines européennes proposées par la production, en guise de clin d’œil à son héros TV préféré : l’inspecteur Columbo alias Peter Falk !

 

Nul ne pourra nier que l’une des plus grandes différences entre ces deux personnages se rapporte au physique et à la prestance. D’un coté un petit bonhomme au visage rond, pas spécialement séduisant, légèrement voûte et, qui plus est, affligé d’une « coquetterie » à l’œil droit (stigmate d’une tumeur cancéreuse qui valut à Peter Falk, à l’âge de 3 ans, une ablation et le port d’une prothèse de verre) et de l’autre coté, une gravure de mode portant costume trois pièces et bombant le torse (bizarrement, ses chaussures usées détonnent avec le reste de la tenue). Pour mémoire : Simon Baker, a été élu « homme le plus sexy de l’année 2012« 

[quote]Les épouses des deux personnages sont omniprésentes dans les deux séries sans apparaître à l’écran.[/quote]

Cet antagonisme se retrouve dans l’attitude générale de nos deux personnages. Columbo a la justice chevillée au corps alors que Jane est un ancien baratineur de foire que l’on peut qualifier d’escroc. Il passe son temps à s’excuser du dérangement qu’il occasionne, prend soin de mettre sa main sous les cendres de son éternel cigare (à l’époque les héros pouvaient fumer sans vergogne!) jusqu’à ce qu’il leur ait trouvé un réceptacle pour ne pas salir le sol (même si parfois il finit par utiliser un porte parapluie ou un vase précieux comme cendrier…).

Patrick Jane, lui, ne s’embarrasse pas de telles contraintes sociales et se sert allègrement une tasse de thé ou une friandise sur une scène de crime ou chez les personnes interrogées dans le cadre d’une enquête. Il ne prend pas non plus de gants pour accuser un suspect et n’a que faire de la hiérarchie alors que notre lieutenant italo-américain fait au moins semblant de tenir compte du rang social et des relations de la personne qu’il cherche à confondre.

Les épouses des deux personnages sont omniprésentes dans les deux séries sans apparaître à l’écran. Dans le cas de Patrick Jane, cela est tout à fait logique puisque sa femme a été victime du fameux serial killer Red John. Pour ce qui est de madame Columbo, notre lieutenant en parle sans cesse mais on ne la verra jamais. Cependant, ce personnage fantomatique aura plus tard sa propre série (d’abord intitulée Mrs Columbo, puis Kate the Detective puis Kate Loves a Mistery). Série peu convaincante et dont seulement 13 épisodes furent produits pour NBC de février à décembre 1979 (diffusée sur TF1 en 1981), avec Kate Mulgrew dans le rôle principal.

Columbo utilise l’évocation de sa femme pour endormir la méfiance de ses interlocuteurs avec un flot d’informations, à priori inintéressantes, sur sa vie conjugale. Ce bavardage sert en fait à amener une question cruciale ou illustrer le cheminement de sa réflexion sur un point de détail qui ne cadre pas avec les déclarations du suspect. Parler de sa femme est donc un atout majeur pour Columbo à l’inverse de Patrick Jane, pour qui cette situation est à chaque fois une dure épreuve.

Un public toujours conquis

En termes d’audience, tant aux USA que dans notre pays, il est difficile de faire une comparaison. En effet, à l’époque de Columbo, la dictature de l’audimat n’était pas encore totalement installée alors qu’aujourd’hui, nous disposons des chiffres d’audience d’un épisode de série dés le lendemain de sa diffusion. De plus, le paysage télévisuel était considérablement moins bien fourni. Pour ne parler que de la France, l’offre actuelle en nombre de chaînes et programmes simultanément disponibles est phénoménale au regard de ce qui existait alors (deux, puis trois chaînes seulement, la « Troisième chaîne couleur de l’ORTF » n’ayant été créée que le 31 décembre 1972). Le parc des postes de télévision était également assez limité dans notre pays au début des années 70. Mais cela n’empêche pas TF1 d’écraser aujourd’hui le classement des 100 plus grosses audiences, en partie grâce au Mentaliste.

En ce qui concerne les parts de marché, Columbo a un très net avantage car, à l’époque, presque tous les français qui avaient une télévision regardaient ses aventures, ne serait-ce qu’en raison de l’absence de concurrence sur le créneau horaire. Il est peu probable que The Mentalist, ou même CSI (ceux de Las Vegas, les seuls vrais experts!) à leurs plus belles heures, puissent rivaliser sur ce terrain.

En revanche, The Mentalist à établi le nouveau record de la série la plus regardée au Monde, avec plus de 58 millions de téléspectateurs pour la saison 2012/2013. Patrick Jane à ainsi ravi le titre aux enquêteurs de CSI qui l’avaient déjà perdu (en 2009) puis repris face à un autre poids lourd, le docteur Gregory House.

En résumé, comme nous l’avons vu, il y a quelques points communs entre les deux séries et entre leurs deux héros mais, paradoxalement, ces similitudes cachent des différences fondamentales.
Quoi qu’il en soit, on ne peut que souhaiter à notre consultant du CBI une longévité égale à celle du lieutenant de la brigade criminelle du L.A.P.D.

Merci à Noucky pour l’aide apportée à cet article

 

Selon vous, la série The Mentalist a...

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