L’évolution des personnages LGBT dans les séries américaines

L’évolution des personnages LGBT dans les séries américaines

Même si, à l’heure actuelle, le nombre de personnages LGBT dans les séries télévisées est plutôt important, il n’en a pas toujours été ainsi. Qu’elle soit masculine ou féminine, l’homosexualité (et par rallongement la bisexualité ou le transgenre) a toujours choqué la belle Amérique. Si puritaine et conservatrice, nous allons voir au travers de ce dossier un parallèle entre l’évolution de la présence de personnages LGBT dans les séries américaines et les années qui passent.

Note : la fin de l’article contient quelques spoilers sur les séries The 100 et Orange is the New Black. Attention si vous n’êtes pas à jour de la diffusion américaine !

Longtemps considérée comme une maladie, voire un crime, l’homosexualité a été aussi maltraitée dans les séries télé que dans la réalité. Au fil du temps, les choses ont bougé, mais cela n’a pas été sans mal.

Avant les années 70, ne cherchez pas un personnage homosexuel dans les séries, il n’en existe tout simplement pas ! Les seventies ne serviront quasiment pas la cause LGBT à la télévision américaine. On trouve au détour d’un épisode de Starsky & Hutch une intrigue liée à un prétendu personnage homosexuel. Et encore ! Rien n’est dit à haute voix, l’ambiguïté est de mise, car il ne faudrait pas choquer le bon citoyen américain devant sa bonne vieille série policière.. Mise à part une très courte intrigue dans Dallas en 1979, où un personnage censé épouser la douce Lucy Ewing se révèlera au final gay, et ne fera qu’un tour dans l’univers impitoyable… Même s’il ne se passe rien de plus, Dallas a au moins le mérite d’avoir planté une graine qui ne tardera pas à germer.

 

Ne pas le dire à haute voix…

jack-coleman-dynastyLes années 80 seront un peu plus riches à ce niveau, mais ne nous emballons pas ! En 1981, la chaîne américaine ABC lance à son tour une série à même de concurrencer Dallas : Dynastie. Le but étant de ramener le plus possible de téléspectateurs en offrant des histoires plus riches, des personnages toujours plus clinquants, toujours plus beaux. On y découvre alors le personnage de Steven Carrington. Fils de Blake Carrington, le personnage prend les traits, dans un premier temps, de l’acteur Al Corley. Il devient ainsi le premier personnage ouvertement gay de l’histoire des séries télés. Mais la fierté des dirigeants de la chaîne est de courte durée. Il s’installe une sorte de gêne autour du personnage, que les scénaristes trimballeront d’intrigue douteuse en intrigue douteuse, sans se positionner réellement. Le sujet est encore tabou, on essaye même la bisexualité pour s’excuser. On retiendra surtout les bons côtés du personnage. Il est présenté comme un gentil face à son impitoyable père. Il connaîtra plusieurs amants, dont le plus mémorable restera sans doute Ted Dinard, lâchement assassiné par Blake Carrington après une étreinte encore trop osée pour l’époque. Par la suite, le personnage de Steven changera d’interprète pour des raisons assez obscures (l’acteur était satisfait de l’évolution de son personnage mais la chaîne se servait de sa vie privée et de son hétérosexualité pour communiquer abondamment). C’est l’acteur Jack Coleman (Noah Bennett dans Heroes) qui lui succède. Aucune autre série de l’époque ne répliquera à ce personnage, encore trop frileux du qu’en dira t’on.

Par la suite, on note une (très) légère amélioration. Quelques personnages homosexuels sont présents, présentés le plus souvent comme des méchants dans des séries policières. Les bonnes mœurs ne sont pas encore prêtes à accepter certaines choses. On prend l’habitude de voir de temps en temps « le gay de la semaine » au même titre que le fameux Freak of the Week si cher à tant de séries. L’Amérique se montre encore très puritaine, il faudrait voir à ne pas froisser ces braves gens !melrose-place-version-2009-decouvre-les-nouveaux-personnages-457434_w1000

En vingt-ans, l’évolution des mentalités est au point mort. Nous nous trouvons au début des années 90. Les soaps sont détrônés par des séries à destination des adolescents ou des jeunes adultes, à l’image des nouvelles productions d’Aaron Spelling. Beverly Hills et Melrose Place nous présentent la vie et les aventures de jeunes gens normaux, et pour plaire au plus large public possible, on évite les sujets tabous. On ose quand même aborder le sujet dans Melrose Place, où le personnage de Matt Fielding (Doug Savant) est le personnage homo de la résidence. Le pauvre en est réduit à un simple rôle de faire valoir auprès de la gente féminine et sa vie privée est réduite au silence. Cela change vers la fin de la seconde saison, en mai 1994, quand un ami d’un des personnages principaux débarque. Passée la surprise de le découvrir homosexuel, on tient là peut-être le premier rapprochement de deux hommes au travers d’un baiser échangé à l’écran. Encore raté ! La levée de bouclier des associations familiales américaines est tellement forte que la production décide, avant la diffusion de l’épisode, de remonter la scène. Melrose Place aurait pu devenir le symbole d’une génération mais le destin en a décidé autrement.

 

Ce que l’on pense tout bas !

lucy-lawless-et-renee-o-connor_width1024En 1994, petit coup de théâtre à la télévision avec l’inoubliable Angela, 15 ans (My So Called-Life). Portée par la douce Claire Danes, elle est la première à faire apparaître un personnage d’adolescent homosexuel, Rickie Vasquez. Une série ambitieuse pour l’époque que tout le monde se doit de connaître, tant son impact est encore fort de nos jours.

L’autre série des années 90 qui a marqué les esprits reste Xéna la Guerrière. Diffusée entre 1995 et 2001, elle s’affirme aujourd’hui comme la première série à mettre en scène une relation amoureuse lesbienne. Même si rien n’est jamais dit, évoqué ou montré !

Le petit bouleversement des années 90, on le doit à Ellen De Generes et son maintenant célèbre Yes ! I’m gay dans l’épisode 4×22 de la sitcom Ellen, en avril 1997. Un cri du cœur de l’actrice (homosexuelle) et surtout un cri de libération lancé à l’encontre de Mme Amérique et de ses enfants puritains. Elle peut se targuer d’être aujourd’hui le premier personnage principal d’une série ouvertement gay ! La chaîne ABC, qui diffuse la sitcom, se rend même compte que les téléspectateurs n’ont pas fui, ni les annonceurs publicitaires ! Même si l’évènement peut faire sourire aujourd’hui, en 2016, dites-vous qu’il s’agit d’un moment historique dans l’histoire de la télévision !

 

Heureusement que le temps passe…landscape_ustv-will-and-grace-cast-shot

La même année, la série Relativity, créée par Jason Katims (à qui l’on devait déjà Angela, 15 ans), débarque sur ABC. Même si la série n’a pas dépassé le stade des 17 épisodes, on peut se souvenir d’elle comme celle qui a mis en scène le premier personnage de lesbienne à faire partie de la distribution principale d’une série. Lisa Edelstein (Dr Cuddy dans House MD) lui prêtait ses traits à l’époque ! Et cela ne s’arrête pas là puisque c’est dans cette même série qu’est mis en scène le premier baiser romantique lesbien de l’histoire, en 1997.

Toujours pas de signe de son équivalent masculib. En effet, les associations puritaines sont moins choquées par la mise en scène d’une relation lesbienne que par celle d’une relation homosexuelle entre hommes. Elles ne voient pas dans le lesbianisme des relations à proprement parler sexuelles, à cause de l’absence de pénétration, entre autres. On est encore très loin dans le cheminement naturel des choses, et les barrières sont encore bien installées.

Malgré cela, un cap est franchi. On trouve de plus en plus de personnages homosexuels dans les séries depuis la révélation Ellen, et ce n’est pas la sitcom Will & Grace, lancée en 1998 sur NBC qui dira le contraire ! Mettant en scène deux personnages masculins homosexuels, elle devient un précurseur pour les années qui suivent ! Patience est maîtresse de vertu, les années 2000 approchent à grand pas, et avec elle, un scénariste et créateur ouvertement gay qui va bouleverser le paysage audiovisuel, Kevin Williamson.

ethan-jack-mcphee-adam-kaufman-kerr-smith-dawsons-creekEn 1998, la chaîne américaine WB commence la diffusion de Dawson’s Creek. Autobiographique, elle reste encore aujourd’hui LA série de référence dans le milieu des séries à destination des adolescents. Est introduit dans la deuxième saison du show le personnage de Jack McPhee (Kerr Smith). On assiste à l’évolution du personnage tout au long de la série, de sa recherche d’identité à son coming-out. Le génie de Williamson est de proposer ledit épisode durant la cruciale période des sweeps (périodes où les audiences sont scrutées minutieusement par les annonceurs et les chaînes). On assistera à partir de ce moment à la nouvelle vie du personnage, jusqu’à la fin de la série au terme de la sixième saison en 2004. On retiendra surtout une scène du dernier épisode de la troisième saison, True Love, qui marque le premier baiser entre deux hommes à la télévision américaine. La révolution est en marche !

Et la petite chaîne ne se contente pas de cela, puisqu’elle enchaîne en 1999 avec l’apparition de Tara (Amber Benson) dans Buffy contre les vampires. Le personnage deviendra la compagne de Willow (Alysson Hannigan), dont l’évolution sexuelle ne se dément pas d’année en année. Une relation normale pour un couple normal, et un traitement inédit.

 

Et ça fait du bien…

Malgré cela, la caractérisation des personnages homosexuels à la télévision reste fragile et se contente d’histoires secondaires ou de traitement du coming-out. Les personnages ont la fâcheuse tendance à perdre leur intérêt passé ce cap. Les mentalités bougent, maintenant que l’Amérique a compris que le public (et par continuité l’argent) suivait. Le baiser homosexuel arrive à ne plus constituer un évènement, mais un fait parmi d’autres.

L’année 2000 marque l’arrivée sur le câble de la série Queer as Folk US, adaptation de la série éponyme britannique. Une série 100% gay, où le casting est composé uniquement (ou presque) de personnages gays. Une révolution dans le monde des séries, qui aura son pendant féminin avec The L Word en 2004.19660244-jpg-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx

En 2001, HBO diffuse Six Feet Under. On se trouve devant la toute première série à évoquer le parcours d’un personnage gay, interprété par Michael C. Hall. Tout y passe, du coming-out au rêve d’enfant, du côté social et de la pression exercée à la confrontation familiale. Un bijou dans le traitement du sujet, dans une série qui parle de valeurs ! L’Amérique grandit avec la série d’Alan Ball, même si on est sur le câble et non sur une chaîne tout public.

C’est le moment où l’on voit apparaître de nombreuses intrigues liées à des personnages gays ou se découvrant gays, à l’image de Kerry Weaver dans Urgences sur NBC, Anna Tagaro dans One Tree Hill sur WB ou bien encore Andrew Van de Camp dans Desperate Housewives sur ABC. L’évolution est immense, on est dans une époque où il faut avoir un personnage homosexuel dans une série. Même si tous ne subissent pas le même traitement, on voit enfin une véritable avancée dans la vision des américains sur le sujet.

La suite des évènements est plus que positive. La normalité devient enfin une évidence. On arrive durant les années 2010 à une vision des choses complètement différente. Être homosexuel dans une série télévisée n’est plus une tare ni une obligation. Presque personne n’est aujourd’hui étonné par la révélation d’un coming-out ou l’apparition dès le pilote d’un personnage homosexuel. Et ces personnages sont souvent les plus appréciés des fans, à l’image du couple formé par Clark et Lexa dans The 100 ou bien encore par celui de Callie et Arizona dans Grey’s Anatomy. Même les fictions historiques ou de fantasy s’y mettent, entre Downton Abbey et Game of Thrones.

the1000126151280jpg-5ad03f_1280wLe GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) vient d’établir que la saison télévisuelle 2016-2017 comporte pas moins de 4,8 % de personnages récurrents LGBT à l’heure actuelle, ce qui est un record depuis sa création en 1985. En ce qui concerne les personnages transgenres, le nombre a plus que doublé en l’espace d’une année et nous en retrouvons actuellement 16. On pense notamment à Laverne Cox dans Orange is the New Black ou bien encore Jeffrey Tambor dans Transparent. Il faut espérer que ces chiffres grimpent encore l’année prochaine et qu’une véritable opportunité soit offerte aux acteurs et actrices transgenres.

Pour cette année, le seul point noir semble être le traitement des personnages féminins gays ou bisexuels à la télévision. Les scénaristes ont beaucoup fait appel aux ressorts du « bury your gays » qui consiste à tuer des personnages LGBT afin d’impacter les intrigues. 25 personnages au total ont passé l’arme à gauche cette année, parfois dans des moments incompréhensibles, (Attention spoilers !) comme Poussey dans Orange is the New Black ou bien encore Lexa dans The 100.

 

En conclusion…

On aperçoit au travers de ce petit historique une évolution de la société américaine et de sa façon de penser. Personnage inacceptable au début, orange-is-the-new-black-season-3-pousseypuis simplement toléré par la suite, le personnage homosexuel, qu’il soit masculin ou féminin, dérangeait. Même dans les années 2010 actuelles il reste du travail, mais le chemin parcouru est très long pour en arriver ici aujourd’hui. Quand on sait que Dallas refusait d’employer le seul mot homosexuel, on se dit que voir dans une série, sur une grande chaîne américaine, deux personnes du même sexe s’embrasser ou s’étreindre tendrement est une grande victoire.

Heureusement que les mentalités changent et que les yeux s’ouvrent. La sexualité, le handicap ou la couleur de peau ne définissent pas ce que la personne est réellement au fond d’elle-même : un être humain.

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