« Urbik/Orbik » par Joris Mathieu

« Urbik/Orbik » par Joris Mathieu

Notation

La Pipe en Bois sera décernée aux spectacles vertigineusement médiocres.
La Pipe de Bronze sera décernée aux spectacles passablement honnêtes.
La Pipe d’Argent sera décernée aux spectacles positivement agréables.
La Pipe d’Or sera rare.

 

URBIK/ORBIK

à la ville comme à l’univers

Joris Mathieu | Cie Haut et Court

du 31 janvier au 18 février
du mardi au samedi à 20h30

Durée 1h.

Note : Pipe d’argent

 

⁃  Pierre, avez vous déjà lu Ubik de K. Dick, vieille bique?

⁃  Mais Georges, où est passé votre sens de l’éthique.

⁃  L’éthique, j’y suis allergique.

⁃  Dans ce cas, allez vous perdre en Antarctique plutôt que de lambiner sur les films de Kubrick.

⁃ Ce que vous pouvez être antique. Cessons ce micmac, prenez vos cliques et vos claques, sucez un tictac et escortez moi plutôt à la première d’Urbik/Orbik, une pièce optique inspiré du roman Ubik et de la vie de Philip K. Dick au Théâtre Silvia Montfort.

⁃ Au quoi?

⁃ A deux pas du périphérique.

Ainsi nos deux critiques cosmiques et néanmoins dynamiques vadrouillèrent vers cette dernière création de Joris Mathieu : Urbik/ Orbik. L’œuvre de Philip K. Dick est connue de tous, de près et/ou de loin, beaucoup de ses romans sont à l’origine de films cultes (allant de Blade Runner à The Truman Show). Auteur psychotique en proie aux angoisses chimériques qu’ont laissé sur lui les empruntes de la vie, la mort de sa sœur jumelle (qui ne s’appelait pas Véronique), l’abandon de son père (qui ne s’appelait pas Patrick), puis plus tard la prise répétée d’amphétamines pour maintenir son rythme de travail (alors qu’on lui avait recommandé des antibiotiques, résultat il a fini aux barbituriques), et enfin sa conviction d’être en correspondance avec des extra-terrestres (qui en plus avaient la colique).

Le spectacle se pose donc en hommage au maître K. Dick et non caduque. Le roman de Lorris Murail Urbik/Orbik est écrit et destiné à l’adaptation qu’en a fait Joris Mathieu, le texte a donc joui d’une collaboration entre metteur en scène et écrivain, il s’inspire ainsi librement du chef d’œuvre Ubik et d’éléments biographiques de Philip K. Dick.

Pièce tout à fait expérimentale, Pierre et Georges se trouvent sauvagement  interloqués.

Les scènes sont comme des tableaux théâtro-graphiques (et inversement) et laissent champ libre au terrain de la science-fiction poil au nichon. L’intervention de la vidéo amène toute la virtualité, et bouleverse la perspective conventionnelle naturellement portée sur un spectacle, ainsi l’on passe d’une scène filmée du plafond à la même scène jouée hic et nunc par les acteurs/comédiens puis eux-même remplacés par leur doubles filmés. L’usage de la lumière est majeur et joue sur une semi-obscurité permanente (et parfois fatigante à soutenir, Georges a flanché un court instant) qui permet aux corps de flotter dans un néant supposé. L’acoustique elle aussi est primordiale, elle a un impact direct et physique sur le public, avec une bande-son minimaliste et proche des battements de cœur celle-ci fait littéralement écho dans notre corps comme dans celui de Pierre et Georges, ce qui fait de la représentation une expérience sensorielle très surprenante (Certains pensaient  que Pierre et Georges ne ressentiraient pas la même chose puisque pour beaucoup Pierre et Georges n’ont pas de cœur, or si. Pierre Orsi. Cuisinier.) De toute évidence, l’expérience est unique et visuellement novatrice.

Mais vous vous en doutez Pierre et Georges ne sont pas du genre à s’emballer si facilement. Car aussi beau, étrange et techniquement surprenant que soit ce spectacle, Pierre et Georges qui ne sont pas des benêts (d’une part parce qu’ils sont non-sots mais aussi parce qu’ils ne viennent pas de la commune de Benet) n’ont pas compris. Certes, l’histoire globalement s’explique en ces termes : Phil est écrivain et conçoit avec Maury l’entreprise MicroWorld qui permet grâce à la création de failles temporelles de mettre en place des univers parallèles appelés micro-mondes. Pitch quelque peu alléchant, mais l’ennui s’immisce dans la longueur des scènes  dites sur le même rythme monotone et lancinant. La performance visuelle du spectacle joue au détriment de la prestation actorale, les acteurs sont oubliés, le texte n’est pas transmis.

Étrange essai théâtral, Urbik/Orbik est une pièce à voir plus qu’à décrire, l’expérience que l’on en fait reste purement personnelle et souffre difficilement d’un avis extérieur. Sauf bien sûr l’avis de Pierre et Georges. Donc, n’y allez pas.

Ou allez-y.

L’une de ces proposition doit vous satisfaire.

Pipe robotique d’argent numérique. Mais certainement pas une pipe virtuelle.

Élément à retenir: Attention il ne faut pas confondre « Jacques a dit » avec « Philip K. Dick ». Et oui Pierre Orsi est un célèbre cuisinier. Et enfin pour répondre à Jonathan qui nous vient du 78 : non.

 

Pierre et Georges

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