[Report] Deux Baxter Dury pour le prix d’un au Casino de Paris

[Report] Deux Baxter Dury pour le prix d’un au Casino de Paris

Le musicien et chanteur britannique Baxter Dury était hier en concert au Casino de Paris et vivement attendu depuis la sortie de son cinquième album, Prince of Tears (2017) : un album qui était plus court que le précédent, mais également plus taillé, précis, éclectique. Et comme ce concert n’a pas qu’été dédié aux morceaux de ce nouvel opus, mais à d’autres des précédents, c’est donc à une certaine rétrospective musicale qu’a eu droit le public du Casino de Paris.

Barbe de 5 jours, cheveux poivre et sel en bataille, costume de bureau gris souris, chemise blanche, cravate noire étroite nouée, un verre de vin rouge à la main, Baxter Dury entre en scène après avoir été devancé par ses musiciens (on a remarqué à la batterie la présence de Damon Reece, ex-batteur de Spiritualized, The Orb and Echo et maintenant de Massive Attack.

D’aucuns le qualifient de « dandy », il renvoie plutôt l’image d’un quadra employé de bureau, éreinté par sa semaine et la vacuité qui transpire. Désabusé, comme sorti pour marquer le coup et en boire un, il se déride et se débride, chante de son accent cockney londonien, desserre l’étreinte de la cravate, la jette avec son verre, et termine la soirée en eau. Mais Baxter n’est pas pour autant à la fête, il a le cœur gros.

Baxter entre-deux, partie 1 : petits détails et jovialité

C’est, d’une part, par des titres aux détails florissants et traversés de petits jeux de mots que débute le concert. Il fait la part belle à l’album Happy Soup (2011), ses mélodies qui font tantôt penser à Blur, tantôt aux XX. On aura entendu les morceaux Isabel, une ode aux histoires d’un soir et aux innombrables souvenirs embrumés qu’ils suscitent, ou encore Picnic on the Edge, un morceau emporté, quasi punk.

À la sortie de son dernier album, Prince of Tears, la critique avait souligné la tonalité moins joviale que sur les précédents Happy Soup et It’s A Pleasure (2014), chacun laissant place à l’amusement, à des ritournelles mélodiques, guillerettes, et au sentiment que Baxter est toujours au bord, entre deux : au bord de la réalité, avec son petit univers perpétuellement éméché, drogué, incertain de quoi se compose le jour précédent, suivant et actuel ; entre chant et mélodies, qui ne viennent pas de sa voix mais de celles des chanteuses qui l’accompagnent.

Baxter entre-deux, partie 2 : grosse blessure et amertume

C’est, d’autre part, avec des titres plus déroutants qu’il poursuit, tirés de l’album Prince of Tears. En dépit de rythmiques parfois légères, l’album ne trompait pas sur son contenu, un rien déroutant car désabusé. Baxter a vécu un amour éperdu, désormais amour perdu. Baxter est blessé, il remonte difficilement la pente. Comme le donne à voir et à entendre l’album. Tandis que sur la jaquette de celui-ci, costume blanc immaculé, il s’échine à quatre pattes à gravir une dune de sable qui se dérobe sous ses pieds, il serine son mépris fait de clichés et se projette dans de petits scenarii desquels il sort gagnant, alors qu’il vient de perdre celle qui, d’ailleurs présente hier au concert, a partagé 10 ans durant sa vie, Margo.

C’est d’ailleurs à elle que s’adressent, comme pour l’en convaincre, les premiers titres de l’album qu’il joue : « Hello Margo, Please wake up, Right now, Don’t you think I’m special? » de Mungo, Almond Milk ou Oi.  À mesure que Dury geint, il corrode l’habit de sueur et l’atmosphère de complaintes, comme pour mieux les chasser. Et de terminer avec les morceaux Miami, sur lequel il se gausse avec ridicule d’un succès imaginaire (« I don’t think you realise how successful I am »), et sa part sombre avec Cocaine man. 

On espère que Baxter aille mieux. De notre côté, on a aimé !

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.