Rainforest : qui se cache derrière Dream Koala ?

Rainforest : qui se cache derrière Dream Koala ?

Sur le Rainforest, on croise des artistes tendres et attachants. Derrière Dream Koala, on découvre Yndi Da Silva, un jeune homme plein de talents qui nous a beaucoup touché.

Mais qui se cache derrière Dream Koala ?

Compositeur, interprète né à paris de parent brésilien, j’existe sous ce nom depuis 5 ans à peu près. Je produis ma musique, une pop atmosphérique et ambiante, dans le but de créé une sorte d’univers dans lequel le public peut se retrouver et s’évader.

Comment t’es venu de nom de Dream Koala ?

Ma démarche artistique est de créer de faux espaces, des illusions, comme des rêves. Et les koalas sont des animaux qui dorment beaucoup : je les ai vu un peu comme des gardiens du sommeil. Quand j’ai choisi ce nom je ne pensais pas qu’autant de gens écouteraient un jour ma musique. Aujourd’hui les gens qui me suivent me connaissent sous ce nom et je ne pense pas en changer. Si je devais, je ne sais pas trop quel nom je donnerais à mon projet. Peut être le mien tout simplement…
Au départ, j’avais juste mis quelques musique en ligne, je ne pensais pas faire des concerts, partir en tournée… vivre de la musique. C’est venu comme ça tout seul. 

On parle de ta musique comme de la Chill Wave ? Est-ce que tu te reconnais dans cette définition ?

J’essaye toujours de me détacher de n’importe quel mouvement. Je n’aime pas trop cette idée : de la même manière que je trouve ça dommage de mettre des individus dans des cases, ça me semble bizarre de catégoriser les choses. On ne montre qu’une facette des gens quand on pense comme ça. Je n’aime pas faire ça dans la vie ; pour l’art c’est pareil. Que ce soit dans la musique, l’art, la religion, je n’aime pas suivre un dogme et me conformer. Après chacun est libre de retrouver dans ma musique ce qu’il veut. On croit toujours posséder ce qu’on créé, mais c’est rarement le cas.
J’aime en fait créer des moments de tensions entre la réalité et le surnaturel. C’est le croisement entre ces deux univers que j’aime mettre en musique. J’aime entraîner les gens à cet endroit précis. 

Sur scène tu es très investi, tu vis vraiment ta musique. Tu expérimentes un peu en live. Parfois tu quittes l’électro pour revenir en acoustique. J’ai pensé à Jeff Buckley et les enregistrements studios récemment découvert sur l’album You and I. On a le même type de son brut.

C’est vrai ? Merci, ça me touche beaucoup parce que je suis un très grand fan de Jeff Buckley !

De même quand tu joues avec ta distorsion sur la fin de ton live, on sent un petit côté Pink Floyd. J’ai l’impression qu’on retrouve facilement quelques unes de tes influences. Est-ce que tu en as d’autres à nous citer ?

Oui bien sûr. J’aime ce côté création brute et c’est ce que j’aimerai faire pour mon premier album. Ce que je regrette un peu dans ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, c’est d’avoir trop peaufiné. J’ai envie de faire une musique qui peut être sera moins perfectionniste, mais plus authentique, plus concrète et terrestre. Il y a quelque chose de shintoïste dans ma démarche finalement ; cette philosophie japonaise qui tend à chercher la beauté dans ce qui est sous nos yeux.
J’aime beaucoup le jazz improvisé par exemple : provoquer des situations qui s’effaceront une fois qu’on les aura jouer parce qu’elles sont uniques et qu’on ne peut pas les répéter. J’aime Sonic Youth et la façon détournée dont ils utilisent les guitares, en provoquant des sons expérimentaux. Bjork fait parti des grandes artistes que j’admire… Nirvana aussi, The Cure
En ce moment j’écoute beaucoup de classique : Debussy, Chostakovitch. je ne suis pas très folk, mais j’ai découvert récemment Sibylle Baier, une chanteuse américaine des années 70 dont les chansons n’ont été dévoilées qu’en 2004 par son fils. C’est un super album que je conseille !

J’ai vu que tu avais joué avec des musiciens classique du conservatoire d’Evry. Est-ce que c’est une expérience que tu aimerais renouveler ?

C’était avec le collectif Code, grâce à Jérémie Arcache (ex Revolver), j’avais déjà fait un live avec Superpoze et CODE aux Transmusicales. On a tout de suite accroché et ils m’ont permis de refaire un concert avec des cordes. J’aime beaucoup le côté brut du classique, le fait d’être pointilleux sur l’acoustique naturelle de la pièce, de ne pas être sur un instrument amplifié, mais presque vivant avec un son pur qui lui est propre et qui rentre en résonance avec l’espace où il se produit. Le musicien doit donner l’intention et l’instrument réagira en conséquence. J’aime les quatuors, le frottement des cordes, le claquement de l’archet… Tous ses sons qui participent à la musique finalement. C’est plus brut que dans le punk et j’aimerai travailler là-dessus et retrouver ça sur mon premier album. Même si l’orchestre ce n’est pas pour tout de suite.

Est-ce que tu te sens appartenir à une nouvelle French Touch ?

Je pense que je n’ai pas le même style que Fakear ou Superpoze que j’aime beaucoup par ailleurs. Je pense que c’est plus un fantasme de journaliste, il n’y a pas vraiment de collectif d’artiste qui oeuvre sous la même bannière. Certes, on enregistre tous sur des ordinateurs et on est français, mais on fait des choses très différentes.

On a scotché sur tes clips, particulièrement celui de Earth, il nous a fait pensé à Tree of Life de Terrence Malick ou Interstellar de Christopher Nolan (qui est sorti après le clip). C’est toi qui en a eut l’idée ?

Oui j’ai été étonné quand le film d’Interstellar est sorti parce que si on avait eu autant de budget on aurait fait la même chose (rire). J’adore la science fiction et le travail de Nolan, alors ça m’a d’autant plus marqué. Fabulous, c’est une rencontre due au hasard : humainement et professionnellement je préfère laisser les choses arriver (alors que professionnellement ce n’est pas trop recommandé). C’est un duo de parisiens extrêmement doués qui apprécie mon travail et avec qui j’ai beaucoup discuté de ciné, de dessin, d’art. On a décidé de bosser ensemble pour le clip d’Odyssey que j’ai un peu plus réalisé, mais pour Earth je leur ai donné carte blanche en toute confiance. J’ai souvent eu la sensation d’être un réalisateur frustré parce que j’aurais aimé faire du cinéma quand j’étais petit mais au final je suis plus à l’aise avec la musique. J’aime quand le film arrive à nous couper du monde et c’est ce que j’essaye de faire avec la musique. Je trouve que Nolan est très fort pour ça : captiver le public et les plonger dans un monde réaliste et étrange, fantastique. 

De quoi va parler ton premier album ?

Je ne sais pas trop encore je pense que ça va se définir une fois que je serai vraiment en studio, même si j’ai quelques idées déjà. Je pense que pour l’album j’aimerai faire quelque chose de très différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’ai beaucoup décentralisé l’humain pour l’instant, je l’ai mis de côté, favorisant l’atmosphère, cherchant quelque chose d’immaculé où on ne ressent pas la présence humaine. Mais là j’aimerai au contraire plonger au cœur de l’homme : ses contorsions, ses souffrances, ses joies et ce que ça implique.
J’ai du mal à détacher l’art du spirituel, même si on a séparé l’art et le culte, et que cette approche semble moyenâgeuse, j’ai toujours cette approche là de l’art, sans dogme, plus humaniste peut être… J’ai du mal à comprendre  » l’art pour l’art « . Je pense que l’art est intrinsèquement humain et qu’il a une vocation nécessaire. Chaque homme a ce pouvoir de créer et il n’y a pas de notion d’élitisme, l’art ne se mérite pas finalement, il n’est pas exclusif et chacun peut y accéder parce que c’est en chacun de nous.
De même nous sommes tous des êtres spirituels, qu’on soit athée ou pas, parce que je pense qu’on a une vie psychique, un esprit, un instinct… appelle ça comme tu veux. On fait tous face à des choses qui nous semble parfois insensée, des signes, des choix… et tout ça nous dépasse. C’est ce dont j’aimerai parler.

Le Rainforest est un nouveau festival éco-responsable dont le concept doit beaucoup te parler ? il me semble que tu es végétarien… non ?

Oui en effet et j’ai appris le concept du festival lors d’une interview et ça m’a fait plaisir d’y participer. J’aime l’être humain mais je pense parfois qu’il serait mieux qu’on disparaisse pour la survie de la planète. Je suis né dans les années 90 avec cette certitude d’arriver trop tard et que notre génération ne pourrait pas grand chose pour sauver l’être humain ; j’ai été bouleversé par cette idée. J’ai l’impression qu’il y a une cassure forte avec les générations précédentes qui comprennent moins l’enjeux et le fait que l’humanité entière est menacée et concernée par le problème écologique. On se croirait dans un scénario de science fiction, mais c’est réel. C’est par amour de l’être humain finalement que j’ai décidé de faire des petits gestes et en espérant que si tout le monde les fait on arrivera peut être à enraillé les choses. Et encore en occident on est plutôt privilégié, mais ce serait égoïste de ne pas penser aux autres pays qui souffrent déjà à cause du dérèglement climatique par exemple.

Est-ce qu’il y a des endroits où tu aimerais jouer ?

Oui il y en a beaucoup, mais le top du top ça serait de jouer à Pompéi. Ce live est mon premier contact avec le groupe Pink Floyd et c’était une énorme claque. Jouer là-bas ça doit être assez incroyable : un endroit historique, mais aussi où il y a eu quelque chose de tragique et qui doit être encore profondément emprunt de ces vies perdues. Il doit y avoir quelque chose de fort dans ce type d’endroit, une vibration particulière. Étrangement, ça rend les choses encore plus belle : la souffrance, la mort, le côté Eros et Thanathos, création et destruction. C’est ce contraste qui rend le beau étrange et magnifique. Enfin c’est un fantasme ! Après à Paris on a plein de salle…mais j’aimerai trouvé un lieu avec une acoustique particulière… comme une cathédrale… ou le Mont St Michel !

Si tu n’avais pas fait de musique, tu aurais fait quoi ?

J’ai abandonné les cours assez rapidement pour me consacrer à la musique et je n’avais pas vraiment réfléchis à ce que je voulais faire. Je me serai effacé, peut être que je serai devenu un ermite, un marginal… Je ne me vois pas autre chose qu’artiste. Peut être que j’aurais participé à des associations…. Peut être que j’aurais disparu, je serai devenu un oiseau ! (sourire)

Une très belle rencontre avec un jeune homme poète et qui nous invite au rêve, mais avec une grande conscience et une clair-voyance non négligeable pour son âge. Beaucoup de maturité aussi qui nous laisse à penser que son premier album sera une réussite. On l’attend avec impatience !

Retrouvez le report du dimanche au Rainforest

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