Direction « Mirapolis » avec Rone

Direction « Mirapolis » avec Rone

Le 3 novembre dernier, Rone a publié son quatrième album. Bienvenu à Mirapolis

Depuis 2009 et la sortie de son premier album Spanish Breakfast, Rone a fait du chemin. Celui qu’on se plait à appeler le petit génie de l’électro française a une fois de plus fait jaillir un monde merveilleux de son imagination débordante. Après l’ombre et ses créatures fantomatiques en 2015, voilà la lumière et ses couleurs flamboyantes. S’il proposait de « Quitter la ville » aux côtés de François Marry dans son précédent opus, il embarque aujourd’hui l’auditeur dans une nouvelle cité tout droit sortie de son esprit farfelu.

 

Une évolution savamment orchestrée et amorcée à la Philharmonie de Paris

Jamais vraiment absent de la scène musicale, le petit protégé du très bon label Infiné a sorti en 2016 l’excellent EP « Vood(oo) », sorte de transition entre son précédent album Creatures, présenté pendant deux ans aussi bien en France qu’à l’international, et ce nouveau disque très attendu. Passé maître dans l’art de la prestation live, Erwan Castex de son vrai nom a été récompensé au Prix des Indés 2017 pour sa création à la Philharmonie de Paris le 14 janvier dernier. Cette date exceptionnelle, au delà d’offrir un voyage dans son répertoire, revisité au grès de ses nombreuses collaborations, fut l’occasion de jouer quelques nouveaux titres dont « Mirapolis », extrait de ce nouvel opus éponyme et dont la vidéo a été publiée fin septembre pour promouvoir le disque. 

 

 

Rone - Mirapolis

Un univers visuel féerique et prometteur

Si le nom de ce nouvel album fait revivre le souvenir d’un grand parc d’attraction de la région parisienne, fermé au début des années 90, la pochette semble faire ressurgir l’image fantastique que le jeune Erwan s’était fait de ce lieu mystérieux en passant devant des années durant sans jamais y pénétrer. Michel Gondry, à qui l’ont doit cette illustration féerique et qui explique dans Libération qu’on « pourrait dire que la structure et le graphisme des bâtiments reflètent le rythme de sa musique, et que les couleurs reflètent ses mélodies », a ainsi voulu créer une « ville utopique » aux accents futuristes. Sans même avoir encore été écouté, Mirapolis séduit déjà. La beauté de l’objet est indéniable et donne envie de voir le monde à travers les yeux d’enfant de Rone

 

Plus léger, plus pop

« Au moment d’aborder ce nouveau disque, je me suis dis qu’il fallait qu’il soit plus solaire » confiait Erwan Castex dans un entretien accordé à Greenroom. Pour ce quatrième LP, le désir était de proposer quelque chose de différent, en opposition avec l’univers sombre, pesant et mélancolique de l’album précédent. Plus de couleurs, plus de lumière, plus de légèreté. Une musique peut-être plus humaine en somme, plus accessible, notamment aux oreilles de ses enfants qui, comme il le dit lui même, « ont très certainement créé une forme de douceur » dans ses compositions. Pas étonnant donc, qu’à l’écoute de Mirapolis, un côté beaucoup plus pop saute aux oreilles de quiconque le suit depuis ses débuts. 

L’album s’ouvre sur le titre « I, Philip », issu d’un travail réalisé pour la bande originale d’un court métrage sur Philip K. Dick. Dans une ambiance très cinématographique, ce titre qui va crescendo, explore trois univers sonores différents qui résument étonnement bien ses productions et ce que la suite de l’album réserve à l’auditeur. Une parfaite entrée en matière qui se poursuit avec la complicité des musiciens John Stanier et Bryce Dessner sur « Lou », un titre aérien sur lequel est venu se greffer la voix de sa fille qui « faisait le cri du loup à longueur de journée à la maison » et qu’il a fini par enregistrer. 

 

Porté par de très nombreuses collaborations

Au fur et à mesure de ses albums, Rone a habitué le public à de plus en plus de collaborations. Qu’il s’agisse de featuring purement instrumentaux, avec Gaspar Claus entre autres, ou de featuring vocaux, avec Alain Damasio sur le mémorable « Bora Vocal » ou Etienne Daho sur le sublime « Mortelle » par exemple, le résultat est toujours d’une grande qualité, chaque partie venant compléter l’autre à merveille.

Sur Mirapolis, le nombre de collaborations est particulièrement élevé avec notamment cinq titres chantés sur douze. Il habille ainsi sur « Everything » et « Faster », au message anti-Trump, la voix de l’artiste américain Saul Williams qui amène une dimension plus hip-hop à l’électro ronienne que nous connaissons. Sur le titre « Waves », le producteur fait onduler le chant de l’israélienne Noga Erez sur une musique lancinante, rappelant presque le mouvement de la mer qui l’a inspiré lors de ses sessions de composition sur la côte bretonne. L’autre voix masculine de ce disque appartient à Baxter Dury. Le britannique pose sa voix si particulière sur « Switches », le titre onvi de cet album, qui se révèle être un petit bijou mélancolique, très orchestré, dont l’intro installe en quelques notes une atmosphère théâtrale, presque dramatique.

 

Des pépites typiquement roniennes

Pour beaucoup, Rone est synonyme de titres puissants, qui vous embarquent pour un voyage sonore fort : « Belleville » et « Tasty City » sur Spanish Breakfast (2009), « Bye Bye Macadam » et « Parade », probablement son chef d’oeuvre à l’heure actuelle, sur Tohu Bohu (2012), « Sing song » et « Freaks » sur Creatures (2015), « Vood(oo) » sur l’EP du même nom (2016). Autant de tracks qui ont contribué à la reconnaissance dont il jouit aujourd’hui. 

Si Mirapolis dégage une aura plus légère que ses précédents projets, il renferme tout de même trois titres qui vont puiser dans ce que Rone maîtrise à la perfection : l’électro envoûtante, magique et féerique qui vous donne envie de fermer les yeux et de vous évader très loin, là où l’imaginaire prend le pas sur la réalité. Avec « Origami », le producteur a construit un son dansant et enveloppant, chargé d’émotion, qui sent bon le club. Le titre « Mirapolis », quant à lui, rappelle plutôt les lumières et autres curiosités typiques des fêtes foraines, tout en ranimant l’âme d’enfant enfouie, plus ou moins loin, en chacun de nous. Si ces deux titres font partie de ceux que l’on retiendra certainement, la pépite de ce quatrième album est incontestablement « Brest ». Superbement construit et magnifiquement orchestré, toujours avec l’aide du batteur John Stanier, ce titre est une pure envolée musicale. Un petit bijou en forme d’hommage à une ville qui l’inspire et qu’il affectionne particulièrement, comme il l’a confié au journal Le Télégramme : « Quand j’ai commencé à donner des concerts il y a une dizaine d’années, j’ai été très marqué par mes concerts en Bretagne. L’accueil du public y est dingue ! C’est une manière de rendre quelque chose à ceux qui m’ont aidé au départ ». Avec « Brest » qui avait été révélé début septembre pour annoncer l’album, Rone a définitivement trouvé son « Parade » Mirapolissien

 

Un album aussi envoûtant que déroutant 

« Down the cause », le dernier titre du disque, interprété par Kazu Makino, flirte à nouveau avec la pop, porté par la douceur et l’innocence de sa voix qui se marie parfaitement à la composition envoûtante et entêtante d’Erwan Castex. Une belle façon de clôturer cet album, sur une touche de légèreté et d’originalité, bien que musicalement riche et torturée. Une mélancolie joyeuse, à l’image de ce mirage nommé Mirapolis qui séduira un public de doux rêveurs, certainement moins fous que ceux qui voient en Rone le créateur surdoué d’une techno poétique. Ceux-là devront attendre de le voir sur scène pour revivre ces instants magiques et hors du temps dont lui seul à le secret. 

Après une prestation en exclusivité à Rock En Seine en août et un passage au Pitchfork Music Festival le mois dernier, la fête commence cette semaine avec le lancement du Mirapolis Tour. La date parisienne au Trianon le 13 décembre est déjà complète, mais Rone viendra enchanter le Zenith le 15 juin prochain et fera très probablement la tournée des festivals estivaux. 

 

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