Interview de The Lumineers pour la sortie de Cleopatra

Interview de The Lumineers pour la sortie de Cleopatra

Nous avons eu la chance de rencontrer Wesley Schultz, Neyla Pekarek et Jeremiah Fraites, les membres de The Lumineers, le groupe folk rock américain dont le talent n’est plus à démontrer depuis le succès de leur tube Ho Hey ! Ils s’apprêtent à sortir un nouvel album, Cleopatra, le 8 avril prochain. Discussion passionnante avec le batteur et la violoncelliste du groupe qui ont bien voulu nous accorder une petite interview.

  • Bonjour Neyla et Jeremiah ! Merci pour ces quelques minutes de votre temps. Comment allez-vous après cette journée marathon à Paris ?

Jeremiah : C’est assez impressionnant qu’on soit toujours en vie et qu’on puisse encore parler. C’est complètement fou ; en fait, j’ai réalisé que pour un groupe américain, nous avons déjà fait beaucoup de promo en Europe. Nous sommes là pour présenter notre nouvel album, Cleopatra, et on reviendra à Paris le 27 avril pour donner un concert au Trianon. On vient de Denver dans le Colorado et en France vous nous avez accueillit à bras ouvert : c’est tellement gratifiant pour nous !

  • Quel est votre ressenti du public parisien ?

Jeremiah : Il est vraiment incroyable ! Je ne veux pas parler de choses tristes, mais je sais que la tragédie qui a frappé la France a marqué les esprits. J’ai beaucoup pleurer en imaginant tous ces gens merveilleux qui ont subi cet événement quand la musique est quelque chose de tellement beau.  Les concerts sont une façon d’échapper à toute cette merde dans le monde, pas de vivre ça ! Heureusement le public français est resté positif et généreux.

Neyla : Oui j’ai de très bons souvenirs de nos représentations ici et j’espère vraiment qu’on en aura d’autres !

  • J’ai lu que le nom de votre groupe, The Lumineers n’a pas été choisit par vous. C’était en fait une erreur pendant un festival…

Jeremiah : Une erreur importante, il y a longtemps, à Jersey City dans le New Jersey. On avait pas vraiment de nom de groupe à cette époque et le mec qui nous recevait nous a annoncé comme étant The Lumineers, qui était en fait le nom d’un groupe qui devait jouer la semaine suivante…
Neyla : Oui ça les a rendu fou…
Jeremiah : Et nous voilà !
Neyla : C’était il y a 7 ans.

  • Est-ce que ce nom vous convient aujourd’hui ? Est-ce qu’il colle à l’esprit de votre groupe ?

Jeremiah : Je pense que si nous avions du choisir un nouveau nom, Wesley, Neyla ou moi, ça aurait été impossible. On est né avec ce nom qui nous a été donné. Quand on pense au fait de trouver un nom de groupe, parfois ça semble difficile et c’est stupide en fait. Nous, on a pas eu à choisir : on nous à nommé en quelque sorte.

  • Au départ le groupe était composé de toi, Jeremiah, et de Wesley au chant. Vous avez décidé par la suite de rechercher un violoncelliste. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Jeremiah : C’est un instrument tellement cool. Je pensais que plutôt d’avoir une formation traditionnelle/classique de groupe de rock (guitare, basse, batterie), avec une guitare acoustique, on pouvait remplacer la basse par le violoncelle, ce qui apporte un son plus émouvant grâce l’archer sur les cordes. On a donc passé une annonce, on a fait une répétition dans notre sous-sol et c’était super courageux de la part de Neyla de venir postuler. On était juste deux anonymes sur internet, genre : « venez dans notre sous sol ! »

Neyla : Je ne recommanderai à personne de faire ce que j’ai fait, mais finalement j’ai passé l’audition et je suis allé les rencontrer dans leur sous-sol (tout le monde savait où j’allais, au cas où je venais à disparaître). Du coup ils m’ont donné quelques chansons et des démos pour voir ce que je pouvais rajouter avec mon violoncelle par-dessus. Je pense qu’en plus du son de mon instrument, il y avait une bonne ambiance avec groupe. 8 mois après qu’on se soit rencontré, on a fait quelques concerts et on a finalement décidé de partir en tournée ensemble. J’avais hâte de quitter mon boulot. Je pense que c’était plus qu’un coup de tête, c’était le besoin de me sentir utile et spontanée qui a fait que ça a marché. C’était aussi un moment de nos vies où on voulait mettre tout en œuvre pour sortir de notre trou et ça l’a fait ! Mais je ne pense pas que je recommanderai cette façon de commencer une carrière à des musiciens plus inspirés.

  • En tant que musicien, vous avez des parcours différents et j’ai lu que votre musique était influencée par Leonard Cohen ou d’autres artistes dans ce genre, mais quels sont vos sources réelles d’inspiration ?

Jeremiah : Wesley n’est pas là, mais lui est très inspiré par Leonard Cohen, Tom Petty, Bruce Springsteen qui sont comme des ancres ; ce sont de lourdes institutions musicales dont on peut s’inspirer. Je pense que c’est notre base traditionnelle sur laquelle j’ai ajouté des choses un peu plus étranges que Wesley n’écoute pas forcement… et c’est pas plus mal. Après vous mettez ensemble une violoncelliste, un chanteur professionnel et plein d’autres trucs sympa pour voir ce que ça peut donner et c’est ce mélange complètement fou qui fait ce qu’on est finalement !

  • Votre deuxième album Cleopatra sort le 8 avril prochain. Comment pourriez-vous le comparer au précédent ?

Cleopatra

Jeremiah : Je pense qu’il est meilleur. Tous les artistes disent de toute façon que le dernier album est toujours meilleurs que ce qu’ils ont fait avant. Le premier était cool et il a été facile à faire parce qu’on y a mit presque 8 ans à le concevoir. On a tourné ensuite avec pendant 3 ans avec, jusqu’en 2014. Le dernier album, on a pris 6 mois pour l’écrire et l’enregistrer en 2015. Il donne l’impression d’être plus mérité, que c’était plus dur d’arriver au bout. Il est plus intense, dans les paroles et dans ce qu’il fait ressentir… Il sonne mieux, le son est meilleurs que ce soit au niveau des voix, de la batterie… Je pense qu’on n’a pas vraiment réfléchis : si on devait tout changer ou rester les mêmes… Et si on avait choisit une de ces options, ça aurait été préjudiciable au groupe. Maintenant je suis content et fier du résultat, mais ça a été dur de se conditionner pour écrire ce second album.

  • Quel a été le processus de création de cet album et le rôle de chacun ?

Jeremiah : C’est un processus assez étrange. Un bon exemple ce pourrait être de parler d’une chanson comme My Eyes. C’est une vieille idée qu’à eu Neyla au piano et cette mélodie est devenu le couplet. Et puis j’ai ajouté des cordes pour le refrain, ensuite Wesley a ajouté une mélodie et des paroles par dessus et cela donne une chanson. Mais on peut pas vraiment planifier ! Quand Neyla a écrit cette mélodie… c’était pas chez moi dans le New Jersey ?
Neyla : Non c’était en 2010 quand on était sur la route.
Jeremiah : Ah oui ! donc 5/6 ans plus tôt au moment où Neyla a rejoins le groupe. Ce n’était même pas réfléchi ; on en a même jamais parlé. A chaque fois qu’on a une idée, on pense pas à la noter forcement. On doit en avoir des centaines et on s’en souvient d’une dizaine qui nous semble bonnes. Parfois il y en a une qui revient comme évidente. C’est comme reculer pour mieux sauter. On s’enferme pas dans un studio à fumer de l’herbe et là, t’as un black out et d’un coup, tu deviens créatif. C’est plus : on se souvient d’un truc cool et on commence à travailler autour. C’est très méthodique, en fait. Presque scientifiques.

Neyla : Oui c’est assez mathématique comme démarche. Chaque son est vraiment pensé, on essaye, avec ou sans, chaque décision n’est prise qu’après avoir été longuement réfléchie.

  • Le nom de l’album Cleopatra et celui de votre premier single Ophelia font référence à des personnages féminins mythologiques et/ou tragiques. Quelle histoire voulez-vous raconter dans cet opus ?

Jeremiah : C’est Wesley qui a écrit toutes les paroles. Son truc a toujours été de créer des personnages et il est bon pour ça : créer des personnages qui fuient quelque chose ou au contraire qui courent après quelque chose. Je pense que pour Ophelia il a fait quelques recherche sur Hamlet et Shakespeare, Mais ce n’était pas l’ambiance qu’il voulait même si le rapprochement pouvais être sympa, Je pense qu’il a du sentir la complexité d’écrire des chansons shakespearienne. En fait, Ophelia ça sonne bien musicalement et ça marchait ! Pour Cleopatra, c’était basé sur un personnage existant, une femme qui conduisait un taxi en République démocratique de Géorgie : sa vie ne s’était pas passée comme elle l’avait prévu ou espéré mais malgré cela, elle se sentait comme le personnage Cléopâtre.

  • En France certains vous on découvert parce que votre chanson Ho Hey a été utilisé pour une publicité, ou grâce à la chanson Gale Song de la BO d’Hunger Game ou encore avec Scotland, le générique de la série Reign. Est-ce que ça change quelque chose pour vous que ce ne soit pas plutôt en découvrant votre premier album ?

Neyla : Je pense que c’est une bonne façon d’amener le public vers notre album et une très bonne façon d’avoir de la visibilité. Si nous ne faisions de la musique que pour ces produits ou ces projets ce serait très différent, mais ils reprennent nos chansons telles quelles, sans y retoucher. Finalement cela amène le public à nous rechercher sur Google et à venir nous voir en concert, c’est donc une bonne chose en définitive.

Jeremiah : En grandissant je voyais mon père travailler dur, quitter tôt la maison et rentrer tard épuisé par sa journée… Je pense qu’il aurait une attaque cardiaque aujourd’hui s’il me voyait refuser ce genre de projet pour gagner un peu plus d’argent. Il y a quelques années, cela aurait été avoir un salaire, mais là il s’agit de gagner de l’argent en faisant quelque chose qu’on aime faire ! Dire non ça serait insensé !

Neyla : Pour nous c’est très important que les publicités de manipulent pas nos titres, sans les changer pour que ça colle avec ce qu’ils ont envie d’en faire, comme par exemple des paroles pour une version Noël, genre une version commerciale de Coca-Cola « Ho Ho Hey ». Tant qu’il reprennent nos compositions telles qu’elles sont, sans rien changer, ça nous semble correct pour vendre un produit.

  • Revenons à votre single Ophelia. Le clip semble être une sorte d’hommage à Singing in the Rain. Est-ce qu’il y a un peu de ça ?

Découvrez le clip d’Ophelia

Jeremiah : La pluie était presque accidentelle. A Los Angeles, la pluie est rare donc c’était très beau qu’elle arrive à ce moment là. Il y avait ce côté clin d’œil à Fred Astair, une ambiance particulière aussi due à la pluie et puis comme une envie de se décharger sur ce qui nous entoure, juste chanter une chanson et se promener dans les rues sans se soucier du monde autour. C’était une belle interprétation de cette chanson.

  • J’ai vu que des célébrités comme Maisie Williams ou Aaron Paul réclament votre prochain album avec impatience sur Twitter. Quel effet ça fait d’être autant attendu ?

Maisie Williams Aaron Paul

Jeremiah : C’est un grand honneur. On est en plus de grand fan de Breaking Bad, Game of Thrones ou des films qu’ils ont fait… Ce sont des acteurs très respectés parce qu’ils sont très talentueux. L’idée que ces gens merveilleux dans d’autres domaines que le notre, s’intéressent à notre album, c’est vraiment un grand honneur.

Neyla: Oui et le simple fait que les gens attendent impatiemment notre musique est très flatteur. Parfois j’y vois un peu de colère genre : « Qu’est-ce vous faites ??? Arrêtez de poster des photos et retournez faire de la musique ! » ça montre qu’on a bien bosser sur le premier album et que les gens sont prêts à nous suivre maintenant puisqu’ils en veulent plus et c’est très excitant.

  • Vous avez été nominé aux Grammy Awards en 2013. Votre performance avez marquez les esprits à ce moment. Qu’est-ce que ça faisait de pouvoir chanter Ho Hey devant un tel public et qu’est-ce qui vous a fait choisir ce titre plutôt qu’un autre ?

Jeremiah : Cette chanson n’est jamais ressortie pour moi. Je la voyais pas comme notre plus gros titre. Je pensais que Stubborn Love serai une chanson plus importante, ou peut être Flowers in Your Hair qui aurait pu passer à la radio… Mais pour une raison stupide elle est peut être trop courte.

Neyla : Même Glassy Girls m’a traversé l’esprit bien avant Ho Hey. Ce n’est pas qu’on aime pas cette chanson, c’est qu’elle passe bien en live en plus ! C’est important pour les gens qui ne nous connaissait pas encore d’avoir une chanson un peu agressive, avec des voix qui te hurlent presque dessus : « Ho Hey« . Et puis il y a ce refrain contagieux qui met le sourire sur le visage des gens et qui la rend si reconnaissable…

  • Qu’avez-vous pensé du résultats de cette année ?

Neyla : On est ravi que ce soit Alabama Shakes qui a remporté le Grammy dans la catégorie dans laquelle nous avions été nominé à l’époque (musique alternative). Leur album est spécial, un peu psychédélique et c’est bien parce que ça se détache de la tendance musicale en ce moment. Je trouve ça génial ce qui leur arrive et je suis une grande fan de leur musique. Mais en général, j’aime l’idée que cette catégorie existe : ça permet d’intégrer autre chose que les artistes qui passent au top 40. On connait plein de musiciens talentueux qui ont été nominés aux Grammy et on a été heureux d’en avoir fait parti. On espère avoir encore l’occasion d’y aller et peut être de gagner cette fois-ci ! On a jamais imaginé qu’on pourrait un jour atteindre un événement de cette ampleur.

  • Peut être l’année prochaine ?

Neyla : Peut-être…oui. En tout cas on était très heureux de voir beaucoup de nos amis faire parti des nominés cette année. C’est des super groupes qui méritent d’être reconnus !

  • Aujourd’hui, quel artiste recommanderiez-vous aux lecteurs de Justfocus ?

Jeremiah :  Father John Misty est un artiste que j’aime beaucoup.

Neyla : Je suis une grande fan de l’album Silver de Nessa Records. C’est surement l’un de mes préférés. Je trouve pas ça évident d’écouter d’autres artistes en tant que musicienne. J’ai pris l’habitude d’écouter pas mal de podcast et de choses non musicale pendant mes moments de pause et lorsqu’un album retient mon attention, c’est en général quand je suis fatiguée. Silver de Nessa Records fait parti de ceux que j’écoute tout le temps dans ces moment là !

http://www.nessarecords.com

Jeremiah : J’aime beaucoup Hozier aussi. Il a une super voix. C’est un de ces nouveaux artistes que je trouve génial et je suis content qu’il est eu autant de succès parce qu’il est vraiment incroyable !


Dernier clip d’Hozier…Poignant !

Et ça tombe bien, nous l’avons vu il y a peu en concert et c’est aussi un de nos chouchous.
Retrouvez le dernier concert d’Hozier aux Folies Bergères
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Merci beaucoup à The Lumineers pour cette rencontre passionnante et leur bonne humeur après cette longue journée de promotion. On savoure Ophelia en attendant la sortie de Cleopatra et on espère pouvoir vous raconter leur concert le 27 avril prochain au Trianon.

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