[Interview] Suzane, une chanteuse qui n’a pas peur des mots à Solidays 2018

[Interview] Suzane, une chanteuse qui n’a pas peur des mots à Solidays 2018

Suzane, c’est une de nos dernières découvertes et un vrai coup de cœur. Entre chanson française et musique électro, nous avons rencontré cette artiste franche et sympathique à Solidays 2018. 

Toute souriante dans sa combinaison bleue et noire, Suzane est une jeune femme pleine de vie, passionnante et impliquée. Amoureuse des mots et de la danse, elle s’est livrée à nous en toute simplicité. Un vrai plaisir de pouvoir échanger avec elle en tête à tête.

On t’a découvert il n’y a pas longtemps à travers les 2 clips que tu as sorti : L’Insatisfait et La Flemme. Dans un premier temps pourrais-tu nous dire qui tu es ?
Suzane : Je viens d’Avignon, j’ai un léger accent (rire). J’ai découvert la musique à travers le corps parce que j’ai commencé par la danse classique au conservatoire dans un cursus danse étude ; ça a duré quelques années. C’est là que je me suis nourrie de musique. Après, j’ai toujours aimé chanter, mais un peu comme ça. Je chantais dans les couloirs des petits airs dans un italien approximatif ; je trouvais ça très agréable.
Et puis la danse m’a usée, le côté routine, nécessaire à la danse, mais contraignant : la pesée du mercredi… J’étais ado et on commence à prendre des formes quand on est une femme et j’avais l’impression qu’il ne fallait pas. C’est compliqué… Mais ce n’est pas ce qui m’a fait céder…
J’ai perdu un ami danseur qui était dans le même cours que moi en contemporain. Il est décédé d’une rupture d’anévrisme. J’avais 17 ans et c’était dur de perdre quelqu’un aussi jeune. C’est surtout que les adultes autour ont très mal réagis en me disant que je travaillais pas assez pour mériter d’aller à l’enterrement de mon ami. A cette époque ça m’a beaucoup marqué. C’est à ce moment là que je me suis dit que les adultes disaient n’importe quoi. J’ai arrêté de les écouter et je suis parti.
La suite est un peu folle : c’était étrange de ne plus se lever pour aller au même endroit tous les jours. Je suis passé de la danse classique à la danse de club. Je suis beaucoup sortie à cette période. C’est là que j’ai commencé à découvrir Daft Punk, Vitalic, Justice, Boys Noize… Plus d’électro. Je me suis reconnue dans cette musique et elle m’a redonné envie de danser bizarrement parce que je me suis sentie plus libre de faire ce que je voulais… Pas de « Pieds tendus… », « T’es pas bien placée… ».
C’était une période flou, mais où je me suis retrouvée et où j’ai commencé à écrire. Pas sous forme de chanson : j’ai toujours aimé les mots, j’ai toujours aimé lire. J’étais serveuse à côté, je le suis toujours. Et c’est parti de là ! La musique et la danse ont toujours été dans ma vie.

Qu’est-ce que tu écoutes ?
Plein de choses ! J’ai écouté Piaf, Barbara, Brel, Renaud… pour la langue française, pour les mots. C’est ce qui m’a nourrie plus jeune. J’en écoute encore beaucoup. De l’électro… J’aime beaucoup le rap aussi pour l’écriture plus incisive. J’adore Orelsan ! Il m’a beaucoup inspiré et je reçois toujours ces mots en pleine face (son dernier album est excellent). Il est franc et a beaucoup d’humour. C’est ironique et il en joue : j’aime bien ce genre de personnage et ce type d’écriture. J’aime beaucoup Vald aussi ; il a l’air complètement High Trip. Je trouve que les textes évoluent dans la chanson française aujourd’hui. On est peut être un peu moins poétique mais plus réaliste.

J’ai l’impression que tu es une sorte de chroniqueuse du quotidien dans ta façon de raconter les choses. Très spontanée et très poétique. Qu’en penses-tu ?
Cette écriture est assez naturelle je pense. J’aime bien raconter des histoires. En tant que serveuse, je regarde beaucoup les gens, j’écoute les conversations (la serveuse entend toujours tout). Parfois il y a des sujets qui me mettent en colère ou d’autres avec lesquels je suis d’accord. J’avais envie de raconter la vraie vie des vrais gens, parce que j’en fais parti aussi. Je voulais qu’on reçoive l’histoire comme si je te la racontais comme ça. Si ça marche c’est super ! Quand j’écris, je parle beaucoup en même temps. Je relis mes phrases pour être sûre que ça se raconte vraiment. Je suis assez franche dans la vie et je voulais l’être autant dans mes chansons, même si ça peut être dérangeant. L’important c’est que le message arrive aux destinataires.

On a beaucoup apprécié tes clips, le côté dansant participe au story telling je trouve…
Tout est lié avec ce que je chante. C’est vrai que même corporellement il y a un vocabulaire toujours différent pour chaque chanson. Sur scène j’essaye d’amener la même chose, qu’il y ait une façon de bouger sur chaque chanson parce qu’on ne s’exprime pas pareil quand on est en colère ou quand on est heureux. Je pense que le corps retranscrit exactement ce que raconte mes textes. C’est important aussi que visuellement, il y ait bien ce truc là.
J’ai été très très bien entourée avec Nicolas Huchard, avec Neels Castillon qui a réalisé les 2 premiers clips et certainement le troisième. On va garder la même team parce qu’ils ont bien compris ce que je voulais, ce côté épuré où l’on met les corps en avant. Je voulais pas trop de déco partout et surtout que la danse prenne tout son sens dans des lieux comme ça

C’est très graphique aussi ce que tu proposes… Comment tu es arrivée à cette esthétique là ?
Je pense que c’est mon côté danse classique, le côté très carré, très aligné, bien droit. Quand on regarde un ballet c’est très graphique.

La Flemme, tu utilises beaucoup de code Manga. Tu en es fan ?
Je ne suis pas forcément fan de Manga, mais pour ce clip je voulais un truc K-Pop. Je me suis aussi inspirée de Tekken, jeu vidéo auquel je jouais beaucoup avec mon frère quand on était petit. Je voulais quelque chose de coloré et jeu vidéo. J’avais envie de légèreté. C’était assumé d’avoir autant de couleurs. Quand j’ai vu Jussieu, l’endroit était magnifique pour faire ce genre de truc : c’était le combo parfait. On aura sûrement une ambiance totalement différente dans les autres clips. Sur La Flemme c’était combattre la flemme !

Est-ce que tu te considères comme une geekette ?
Je suis une geekette à ma façon. J’adore aller sur Google pour chercher des trucs ; je peux passer d’un sujet à un autre, à un autre etc. Je geek beaucoup, pour ma musique… J’ai joué aux Sims, mais je suis pas une gameuse pour autant.

Quand tu écris, tu projettes un peu les images que tu vas avoir derrière ?
Pas tout le temps, ça va dépendre des chansons. La plupart du temps j’écris que je suis au restaurant, après le service. L’Insatisfait, c’était après avoir servi un type qui se plaignait tout le temps parce que sa viande était trop cuite ou pas assez… Je me demandais ce que je faisais là. Ce sentiment je l’ai choppé, je l’ai ramené chez moi et j’en ai fait une chanson. C’est après que les images viennent. Mehdi Baki qui joue dans le clip avait vraiment un vocabulaire parfait pour interpréter ce genre de personnage.
Quand j’écris j’ai des images moi dans la tête que je décris. Je décris ce que je vois et imagine. Après il y a tout un travail d’affinage.

Pour l’instant on ne connait que 2 titres…
Il y en a pleins d’autres à venir

Est-ce qu’ils sont reliés ? Comment est né ton projet musical ?
Je pense que ces moment de vie sont assez liés entre eux. J’ai hâte de faire écouter mes autres titres. Je suis un peu dans chaque personnage ; il y a un lien avec moi et ma vie. La prochaine chanson s’appelle Suzane et j’y parle de mon histoire, de pourquoi et comment je suis là.

C’est prévu pour quand ?
Je pense pour la rentrée. On est en train de parler du clip et on y est presque !

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Suzane

Comment as-tu fait pour être programmée à Solidays avec seulement 2 singles ?
Sincèrement ? Je ne peux pas répondre à cette question… Je suis autant étonnée que toi d’être ici. C’est fou ! Je pense que je suis très bien entourée : j’ai signé chez 3ème Bureau en septembre. On travaille aussi avec un excellent tourneur qui est Wspectacle. Solidays m’a gentiment ouvert ses portes, malgré ma jeunesse dans ce milieu. C’est juste une opportunité de dingue pour moi, même si j’ai très peur. J’avoue que j’ai le trac !

Parmi les artistes présents à Solidays, il y en a que tu aimes particulièrement ?
Roméo Elvis, que je ne pourrais pas voir parce qu’il joue en même temps que moi. Mais j’aime son personnage, il a beaucoup d’humour.
J’aime Mr Oizo, Arnaud Rebotini aussi… Il y en a tellement !

Solidays est un festival engagé. Il y a des causes que tu soutiens ?
La lutte contre le SIDA bien entendu ; je trouve ça impressionnant que le festival existe depuis 20 ans. Et puis il y a beaucoup d’humain ici, ça se voit dans la façon dont j’ai été accueillie. Je trouve ça super qu’on défende des causes en général dans cette ambiance là. Je suis ultra fière de faire partie de la programmation et de représenter cette lutte d’une certaine façon.
Il y a aussi la cause féministe qui me touche. J’ai voulu prendre la parole moi aussi. J’ai écris une chanson, qui fera certainement partie de l’album. On a trop souvent subi, comme si on était éduqué à vivre de cette façon, accepter de se faire emmerder dans la rue, rabaissée au boulot… Les problèmes d’égalité de salaire aussi que j’ai subi personnellement… Je pense que c’est très bien que les langues se délient : les artistes, les filles dans la rue. En tant qu’artiste c’est important de prendre position même dans nos chansons. Parler de quelque chose c’est déjà prendre position. Je suis très contente de ce qui se passe et continuons. C’est une première frappe et j’espère que les nanas seront assez solidaire pour se réunir, faire entendre leurs voix et faire avancer les choses ensemble… Surtout pour la génération qui arrive.

On te compare souvent à Stromae, tu en penses quoi ?
Je suis ravie parce que c’est un immense artiste qui je pense a influencé pas mal de monde. Ce qui me plait avec lui, c’est son côté DIY : que tout est possible même en le faisant seul. Ses vidéos m’ont inspiré et m’ont fait me dire : « Tu peux essayer toi aussi« . C’est pas aussi facile qu’on le croit mais au moins ça donne l’élan. Je sais qu’on me compare aussi à Christine and The Queens et c’est une nana qui en impose et qui ne s’impose rien à elle. J’ai l’impression qu’elle est assez libre dans ce qu’elle fait. Je trouve que c’est une très belle artiste et je suis flattée qu’on me compare à elle. Après j’espère que je prendrais mon chemin aussi et que je ne serai pas toujours coincée en sandwich entre deux références. J’espère montrer qui je suis au fil de mes morceaux et convaincre !

Retrouver le report du concert de Suzane à Solidays 2018

Page faceboook de Suzane

2 Comments on this Post

  1. La chose qui frappe chez « artistes » d’aujourd’hui c’est que même dans les interviews on sent que l’image est devenue beaucoup plus importante que la musique. L’esthétique des clips, le look, la chorégraphie, donne un côté fabriqué aux artistes, surtout quand musicalement ça ne suit pas…

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    • Pour le coup, Suzane a un univers bien à elle qui passe par la danse et les clips. Elle a aussi des paroles bien écrites avec un style bien à elle qu’on apprécie.
      Stromae n’a pas non plus une musique de dingue… On sait que c’est du son « machine » et que ça peut manquer d’instruments. Mais ça n’enlève rien aux mots (qui sont quand même la base du travail des auteurs, chanteurs, interprètes) !

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