[Interview] Guerilla Poubelle : « On n’a pas eu le choix de faire du punk »

[Interview] Guerilla Poubelle : « On n’a pas eu le choix de faire du punk »

Dimanche 7 octobre au Rock N’ Eat (Lyon), on a rencontré le groupe de punk français Guerilla Poubelle. On a parlé du punk d’aujourd’hui, de Nirvana, de Sexy Sushi…

Après l’interview, on les a vus jouer sur scène et c’était monstrueux ! Quand Guerilla Poubelle est dans les parages, pas de doute, on a la preuve que le punk n’est pas mort avec les années 70 et qu’il continue son chemin.

Qu’est-ce que vous écoutez de manière générale comme musique ? Seulement du punk ?  

Antho (basse) : C’est très divers et varié. 

Till (chant, guitare) : Ouais, très divers. Moi j’écoute plutôt que du punk, presque. Paul, le batteur, écoute beaucoup de rap. Beaucoup de rap US, de rap français aussi, des trucs modernes.

Antho : Du rock, du post rock…

Till : Des groupes comme Radioheadpas du tout dans l’univers punk comme ça. Moi j’écoute des trucs beaucoup plus indie, pas forcément à fond la caisse tout le temps, et puis des trucs plus… là j’ai un tee-shirt Oathbreaker par exemple, des trucs plus dark comme ça.

C’est du hardcore ? [déduit par le graphisme du logo et du tee shirt]

Till : Ouais du hardcore, du black metal actuel. 

 

Tu fais partie de « Mon autre groupe », et au sein de cette bande vous jouez du post hardcore c’est ça ?

Till : Non, c’est du hardcore… bas du fond. [rires]

 

Quelle belle définition. (Ici un lien vers un titre de Mon autre groupe parce que ce n’est pas « bas du fond », et même qu’on aime bien)

Till, à toute allure : Un deux trois quatre ! Un deux trois quatre !

Antho : J’écoute pas mal de trucs classiques. Des mecs qui font des trucs hyper techniques (forcément les mecs qui font de la folk…). Ça et puis des sons plus posés aussi.

« Tu as les punks radicaux politiquement et ceux qui parlent de skate et de boire de la bière »

 

[Entrée de Paul]

Till : Tu viens avec nous ? Répondre aux questions.

Paul (batteur) : J’entends parler, parler…

Till : C’est lui qui écoute Booba. 

 

Est-ce que pour vous le punk est encore vivant ? On entend beaucoup de discours venant de personnes issues de la scène punk, ou pas, clamant le No Future et affirmant que le punk est resté en 78 avec les combats politiques de l’époque… Enfin ça dépend de ce qu’on entend par punk je suppose.

Till : Ouais c’est ça, on ne va pas commencer à essayer de définir le punk. Non, c’est clairement pas mort et c’est clairement un peu comme tous les styles de musique et toutes les formes d’art : ça se réinvente constamment jusqu’à ce qu’au final, l’étiquette ne veuille plus rien dire.

Et finalement on va se retrouver à faire des choses qui sont issues du punk et qui ne sont plus du punk. Mettons les projets acoustiques, il y a plein de musiciens de groupes de punk qui font des projets acoustiques, folk, country, solos, ça n’a plus rien de punk dans l’esthétique.

Ce sont des mecs qui, comme ils ont fait du punk ou ont grandi en écoutant du punk, et bien on les classe dans ce registre parce qu’ils jouent dans des concerts de punk devant des punks, alors que c’est un peu absurde.

Antho : C’est toujours marrant mais après, il y a toujours cette étiquette « folk punk » qui existe justement, notamment pour ces groupes qui sont issus du punk, alors qu’en fait, tu fais pas du punk avec une guitare folk. 

 

« La façon de faire de la musique, ça évolue à fond » 

 

Till : C’est mort et pas mort et à la fois, on peut décider ce que c’est tout le temps chacun de notre coté aussi, comme le metal tu vois. C’est tellement large, il y a plein de styles de metal et même le hip-hop qui est une musique un peu plus… Récente on va dire, que le metal ou que le rock.

Il commence à y avoir des choses tellement différentes dans le hip-hop qui n’ont en fait plus rien à voir du tout, dans les façons de faire, dans comme tu disais la politique, dans l’esthétique musicale… La façon de faire de la musique, ça évolue à fond.

Antho : C’est un peu comme les bactéries qui évoluent.

Till : Ou du levain. Tu te refais culturellement avec un peu de farine et un peu d’eau tous les jours. Forcement tu as des espèces de branches, de mini, on va dire, sectes punk, qui vont être ultra radicales politiquement, et d’autres qui vont juste parler de faire du skate et de boire de la bière.

Paul : C’est une musique vivante.

Paul, Till et Antho

« On n’a pas eu le choix de faire du punk »

 

Je lisais Punk à singe, un livre qui retranscrit un entretien avec François Bégaudeau, le chanteur de Zabriskie Point. Il a dit un truc qui m’a marquée : pour lui le punk est lié au corps. Le punk se manifeste physiquement chez lui.

Vous d’où ça vous est venu de faire du punk ? C’est parce que vous écoutiez ce genre de musique, ou y a-t-il eu un coté purement physique ? 

Till : Physique je sais pas, mais après quand il le dit de façon comme ça, c’est un peu poétique aussi tu vois. C’est une façon de dire que c’est un mouvement viscéral, c’est un truc que tu choisis pas forcément, comme tu choisis de faire telles études ou de porter tel chapeau aujourd’hui.

Tu te retrouves là dedans un peu malgré toi. Après je ne sais pas, moi j’ai toujours écouté et fait ça comme musique. Mais toi Paul, tes premiers trucs qui t’ont amené à faire de la musique c’étaient pas du tout du punk rock.

Paul : Nirvana, je pense que ça a un lien avec le punk rock. J’écoutais Nirvana. Et c’est ça qui m’a fait faire de la musique. 

Till : J’écoutais du punk avant Nirvana mais j’avais jamais eu envie de jouer de la guitare ou jouer dans un groupe et chanter. C’est quand Nirvana est arrivé j’ai eu envie, j’ai adoré Nirvana.

Antho : T’as eu un déclic.

Till : Exactement, ça a déclenché un truc : « il faut que je fasse ça moi aussi en fait ». 

Antho : Moi, ça a été deux déclics. D’abord sur la musique que j’écoutais et après sur l’envie d’en jouer. Premier déclic je me souviens, à un moment je me suis dit : « ce genre de musique c’est exactement ce dont j’ai besoin ».

Till : Ça c’est ma came !

Antho : C’est mon truc. Et ensuite, second déclic : « il faut que je fasse comme ça, il faut que je fasse ça ».

Till : On a tous dit : « il faut qu’on fasse ça », t’as presque pas le choix en fait.

Paul : C’était une évidence.

 

« Le punk, c’est pas un diplôme que tu passes »

 

On peut dire que c’était une nécessité ?

Till : Un peu. 

Paul : Nirvana, il y a un bon lien avec le punk quand même.

Till : Oui.

Paul : Quand ils jouaient dans les squats.

 

Et puis le coté provocation aussi.

Paul : Ouais.

Till : Un truc anti-etablishment et tout, même si c’est devenu le plus gros groupe de rock du monde à l’époque. Et j’avais lu un truc où Kurt Cobain disait que pendant longtemps, il a dit qu’il faisait punk, qu’il était punk et qu’il faisait du punk.

Il pensait que c’était ça le punk, ce que Nirvana faisait, jusqu’à ce qu’il s’intéresse et écoute ce que les Sex Pistols faisaient, ce que les Dead Kennedys faisaient, et qu’il réalise que non, « je fais pas du tout du punk, pourquoi j’ai dit ça pendant des années« , tu vois, des fois même en étant dans ce truc là… Il se revendiquait punk au début sans vraiment savoir ce que c’était.

Tu vois, « punk » c’est pas un diplôme que tu passes, c’est pas un label.

Antho : C’est pas un concours à passer.

Till : T’as des bandes comme Les Wampas, quelque part ça peut être considéré comme du punk et des groupes comme Sexy Sushi, ils n’ont même pas de guitare mais c’est ultra punk.

 

Dans l’attitude.

Till : Dans l’attitude et la façon de jouer de la musique même si c’est avec des machines. Pro DJ c’était hyper punk en fait, même si ça s’éloigne esthétiquement en terme de musique. C’est un débat infini.

 

C’est pour ça que c’est intéressant.

Till : C’est Frank Turner qui disait : « si tout le temps qu’on a passé à essayer de définir le punk on l’avait passé à essayer de curer le cancer, on aurait éliminé le cancer. On n’aurait toujours aucune idée de ce qu’est le punk mais c’est pas grave.« 

 

« On cherchait un nom de groupe à la Marilyn Manson »

 

Et le nom, Guerilla Poubelle, ça vient d’où ? J’ai essayé de chercher sur internet avant de venir, mais je n’ai rien trouvé.

Till : Quand on a commencé le groupe avec les gars qui étaient dans le groupe à l’époque, on a fait une liste de tout ce qui nous passait par la tête en essayant de mélanger des mots qui n’avaient rien à voir entre eux. On voulait un nom à la Marilyn Manson, un peu tu vois, t’as Marilyn et Manson, ça colle pas.

Antho : C’est pas censé être côte à côte.

Till : Ouais c’est ça, c’était un peu censé être ça l’idée. Ça ne veut rien dire, ce sont juste deux mots collés.

Je trouve que ça va bien ensemble, ça prend sens.

Paul : Ça va ensemble, ouais.

Till : Au final ça marche. Et ça fait quinze ans et jamais je ne me suis dit qu’on se coltine ce nom. Beaucoup de groupes, en particulier ceux qui choisissent leur nom très jeune, se retrouvent à avoir des noms super nuls où t’as 60 autres groupes qui s’appellent pareils. Tu vois, on avait des potes qui jouaient dans Black Sheep, le groupe est génial, les gars sont super, mais le nom de groupe… T’as 100 groupes dans chaque pays qui s’appellent Black Sheep.

Paul : Plus 100 bars.

[rires]

Till : Et des assos.

 

Vous aviez quoi d’autre comme propositions de noms ? D’autres choses sympas ont émergé ?

Till : Au départ c’était Guerilla Industriel Poubelle, le nom complet, la première idée qu’on a eue. Et c’était trop long, on a bien fait de enlever le « industriel ».

 

Et puis ça n’avait plus le même rythme que Marilyn Manson.

[rires]

Merci pour votre temps. On se voit tout à l’heure au concert !

Paul : Du coup j’ai fait irruption pendant votre interview.

C’était le but de vous avoir tous les trois.

Paul : J’ai commencé à faire ma sieste et puis 4 minutes plus tard j’entends à la porte « boum boum boum ».

[rires]

Une autre catégorie de « Boum Boum » a retentit dans la loge : la batterie du groupe Lily Carnage. La bande d’indie-punk débutait la fête juste en bas, alors on s’est laissés sur ces mots-là.

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