[Interview] Feu! Chatterton : passion, amour et poésie

[Interview] Feu! Chatterton : passion, amour et poésie

On ne présente plus le groupe Feu! Chatterton. Groupe ovni dans la variété française, Feu! Chatterton a réussi à s’imposer et trouver son public depuis ses débuts en 2012. Entre musiques maîtrisées, tournées à guichets fermés et sens du spectacle, Feu! Chatterton est devenu le groupe à suivre absolument. A l’occasion de la reprise de leur tournée « L’Oiseleur Tour », JustFocus a rencontré le groupe. On s’installe, et on profite ! 

Feu! Chatterton

On s’attendait à un espace presse dédié en arrivant. Mais c’est finalement devant un café au bar du Carreau du Temple à Paris que le groupe nous attendait. À l’image de cette rencontre, Feu! Chatterton brille par sa simplicité et sa bonne humeur. 

Bonjour à tous les 4 ! (Raphaël de Pressigny, le batteur, était absent ce jour-là). Pour des personnes qui ne pourraient pas vous connaître… Comment pourriez-vous définir Feu! Chatterton ? 

Le groupe lance alors plusieurs définitions, chacune différentes les unes des autres.

Arthur : [rires] c’est déjà complexe comme question !

Clément : Je pense que c’est la juste synthèse entre Gainsbourg, Radiohead, Trenet et … Daft Punk ! 

Arthur : C’est pas prétentieux ! [rires] C’est un pont. Un pont entre Gainsbourg et Radiohead oui. 

Sebastien : Donc pour toi la juste synthèse du mot qui manquait pour la juste synthèse c’était pont ?

Clément : Disons que c’est un pont-levis entre Gainsbourg et Radiohead alors. 

Pont-Levis alors, ça vous convient ? 

Antoine : Allez, vendu ! 

À propos de votre second album L’Oiseleur (sorti en mars dernier). Comment il a été accueilli ? 

Arthur : C’est mortel ! La tournée s’est jouée à guichets fermés, dans des salles de plus de 1500 personnes. C’est un deuxième album, donc tout le monde disait : « oui, un second album, c’est le plus complexe« . Le premier ayant marché, c’est une crainte qu’on avait. Est-ce qu’on va déplaire ? C’est un sentiment qu’il faut chasser. Il faut être prêt à décevoir si il le faut. Nous cinq on s’écoute, et on est d’abord guidés par le plaisir qu’on a à trouver quelque chose ensemble, c’est une jouissance, le départ de quelque chose.

« Les gens qui aiment ce qu’on fait attendent qu’on les surprenne. »

C’est un album exigeant, qu’on a fait avec beaucoup d’intransigeance, donc on se demandait comment il allait être reçu. Par chance, le public était au rendez-vous. Et en plus d’être au rendez-vous, ce qui nous donne beaucoup de force, c’est que les gens qui aiment ce qu’on fait attendent qu’on les surprenne. Donc ils sont prêts à tomber dans l’inconnu, et c’est une chance pour un musicien, de savoir qu’on peut explorer sans donner quelque chose qui était déjà là au public, surprendre. 

On a du coup aperçu quelques changements au niveau de l’expérimentation comme vous le disiez. C’était risqué pour reconquérir un public ? 

Sébastien : L’album a été très bien accueilli finalement, ça se voit par la remplissage des salles, le remplissage du Zénith de Paris en janvier prochain.

Clément : En plus il y a eu des fans et des nouveaux fans qui arrivent. 

Sébastien : Même si oui effectivement l’album était différent. Pas si différent que ça parce que ça reste un album de chansons rock, des textes assez poétiques. Mais nos fans se retrouvent là dedans, et on est assez contents de voir qu’on peut les amener dans des chemins différents et qu’ils continuent à venir en concert nous voir, acheter les disques… 

Arthur : Il y a quelque chose qui reste, je crois malgré nous, c’est une façon de s’adresser à travers nos chansons. Et cette adresse c’est une intimité. On raconte quelque chose d’intime, que ce soit avec grandiloquence, légerté, ou même avec rythme. Les gens ont retrouvé ça. Mais on ne s’est pas posés cette question de savoir si on allait reconquérir le public ou non. Si tu commences à te dire « je peux pas décevoir les fans« , t’es foutu. Et on aime justement avoir ce lien avec eux lorsqu’on les rencontre en concert. 

On imagine facilement que la réaction d’un public de festival est différente que celle d’un de vos concerts en salle ? 

Arthur : Pour la tournée des festivals, c’était des grosses scènes et les gens ne sont pas forcément là pour vous. C’est un autre enjeu d’aller se présenter devant un public qui ne vous connaît pas. 

Sébastien : C’est une autre bonne surprise. Avec la prédominance du rap, le fait de se retrouver cette année, beaucoup plus qu’il y a deux ans, avec des artistes qui sont plus éloignés de toi que la chanson plus classique, plus rock, on a eu l’impression d’avoir plus notre place. On a fait quelques plateaux, quelques soirées avec des rappeurs aussi, ce qui a confirmé notre impression. Et qu’on est capables, que notre public soit encore là, et qu’avec des chansons comme Souvenir, qui sont des ballades progressives, le public peut être capté par la musique. Donc oui, on a eu l’impression d’avoir notre place en festival. 

On en parlait un peu plus tôt, votre premier Zénith de Paris, c’est pour bientôt ! 

Sébastien : Ce sera un concert un peu différent… On va pas dévoiler trop de surprises maintenant, mais je pense que ça va vraiment être beau. On est en train de la construire cette date, mais on peut pas en dire plus ! 

Il y a peu, vous avez participé aux « Récréations sonores » de CultureBox (à visionner ici), qui avait comme principe de laisser les fans faire votre musique avec la base d’un simple rythme. Cette émission a donné naissance à un de vos derniers titres Zoé. Est-ce que ça peut prendre une direction pour votre manière de créer, par exemple sur un troisième album ? 

Le groupe, tous ensemble : Oh, bonne question, on n’y avait jamais pensé ! 

Clément : C’est vrai qu’avec les « Récréations sonores », ça a été assez fluide pour créer un morceau. Ça n’a pas été simple quand même, parce qu’on a reçu plus de 500 textes. 

Arthur : C’est ça qui était bien, comme c’était bien monté par CultureBox, on a reçu énormément de choses. Et on a été hyper flattés ! Les gens qui t’écoutent et aiment ce que tu fais ne se contentent pas simplement d’écouter mais ça leur donne envie de faire, de créer. C’est assez beau. Au début on a accepté ce défi, mais on était inquiets. Parce que ça ne nous ressemble pas, d’habitude on s’isole, on se met tout les cinq, et personne n’entre.

« Les gens qui t’écoutent et aiment ce que tu fais ne se contentent pas simplement d’écouter mais ça leur donne envie de faire, de créer. »

Par chance, ça a marché cette fois là, peut être que ça pourrait marcher pour un album. Mais il faudrait prendre une année, on en fait une par mois pour avoir quelque chose de vraiment conceptualisé. Parce qu’on déteste sortir quelque chose qu’on a pas eu le temps de mûrir. Et pour nous, c’est un critère cette maturité pour la validité d’une chanson. Alors on a appris à faire différemment, ce qui est bien aussi ! 

Sébastien : Bon ce qui s’est passé, c’est qu’on a quand même passé beaucoup de temps en studio derrière pour terminer la chanson. 

Arthur : C’est une chanson qui appartient au public et à nous, et on en est fiers ! On a assemblé des textes de plusieurs personnes qui racontent une histoire cohérente. C’est ce qui donne une certaine légèreté dans la tâche, c’est que c’est pas notre chanson, c’est une chanson à plusieurs mains. Ça te donne de nouvelles inspirations. 

De ce fait, comment on peut arriver à faire coexister des chansons aux univers différents en concert ? 

Clément : C’est toujours une équation à dix ou quinze inconnues… [rires]. Non sérieusement, la question des setlists, c’est toujours un débat même une heure avant de monter sur scène. Et c’est toujours quelque chose d’hyper important. Parce que moi par exemple, j’ai un très mauvais sens de la setlist…

Antoine : …Moi aussi.

Arthur : Il l’avoue ! [rires]

Clément : Alors que Sébastien et Arthur gèrent. Je le sais, et je sais aussi que le débat sur l’ordre des chansons, qui se font sans moi du coup, c’est quelque chose qui sera très important sur scène. Bon évidemment, il y a des assemblages de chansons dont on sait très bien que ça marchera. Mais choisir les chansons c’est très difficile. Qu’est ce qu’il se passe, quels sont les mouvements à coordonner… C’est un exercice mystérieux. 

Feu! Chatterton

Sébastien : C’est comme un spectacle. Il y a une sorte de dramaturgie, un ordre. Il y a déjà les questions de textes, où tu ne peux pas enchaîner deux titres dont les textes sont opposés. Mais il y a aussi le rythme. 

Arthur : On porte vraiment un soin particulier à faire qu’un concert ne soit pas juste une succession de chansons. C’est un spectacle. C’est essentiel. Nous même on essaye de vivre du début à la fin une histoire. Ce n’est pas une playlist. Dans notre univers il y a des ballades comme des chansons très rythmiques alors c’est vraiment savant. 

Sébastien : On a trouvé notre rythme cet été en festival et on s’est rendus compte qu’il n’y avait qu’une formule. Le festival c’est dix voire quinze mille personnes, avant ou après des artistes très puissants comme Vald ou NTM. On avait trouvé à Landerneau un ordre puissant qui marchait. C’est d’abord à nous, les cinq membres du groupe de sentir si ça marche. Et après tu fais confiance à la sixième personne, le public. C’est eux qui vont te dire si ça marche ou non. 

Feu! Chatterton reprendra sa tournée de concerts à partir de ce jeudi 20 septembre à l’Avant Seine de Colombes. Et comme il a été mentionné, le groupe jouera pour la première fois au Zénith de Paris le 24 janvier 2019. Et on est déjà impatients de les voir se produire sur une telle scène ! 

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.