[INTERVIEW] Charlie Winston, l’histoire d’une reconquête

[INTERVIEW] Charlie Winston, l’histoire d’une reconquête

Il y a quelques semaines nous avions recontré Charlie Winston, lors de la sortie de « Square One ». L’artiste nous rélève les hauts et les bas de la production de cet album. Une interview pleine d’humanité et de passion. Il sera en concert ce mercredi 5 novembre aux Etoiles à Paris. 

Arrivés dans un petit hôtel parisien, Charlie Winston accueille très chaleureusement toute l’équipe de Just Focus.

Just Focus : Bonjour Charlie ! Comment allez-vous ? 
Charlie Winston : Très bien je vous remercie ! 

JF : Cela fait maintenant 10 ans depuis la sortie de votre premier album « Hobo ». Comment cela se passe depuis ? 
C.W. : Bien. 

JF : Bien ? 
C.W. : (Rires) Oui ! J’ai un public fidèle, l’opportunité de faire des albums et d’avoir des personnes comme vous pour me poser des questions dessus. Et c’est bien parce que je connais tellement d’amis qui essayent encore de trouver l’argent pour créer un EP. Je ne pourrais pas demander plus. Evidemment, si plus arrive, c’est bien, mais je suis heureux avec ce que j’ai. Et je dois remercier le public français pour ça. L’immense partie de ma carrière est due à ce public. Tout le monde qui me connait, sait mon succès en France. 

« Je suis heureux avec ce que j’ai »

JF : L’année dernière, vous aviez annoncé une pause dans votre carrière. Pourquoi avez-vous finalement décidé de revenir ? 
C.W : Il y a plusieurs raisons à ça. En fait, je l’ai découvert à travers les interviews que j’ai fait dernièrement. J’ai des enfants, et ils sont d’ailleurs supers. Sur les derniers albums, j’ai trouvé vraiment difficile de jouer entre deux rôles. Celui de mon statut d’artiste, que je considère comme l’enfant et celui de père, comme l’adulte. Mais pour être un vrai artiste, tu dois aussi être un père pour l’artistique. Et c’est vraiment dur de lier les deux. J’ai passé toute ma vie à être un enfant. Ça peut sonner romantique je vous l’accorde, mais en vérité c’est terrible. Seulement, quand je suis devenu père de mon propre enfant, j’ai trouvé ça très difficile. J’ai été très déprimé, et j’ai compris que je devais faire le choix entre la musique et ma famille. Et ma décision a été de stopper la musique. 

« Je voulais me recentrer »

JF : Mais c’est après cette période de réflexion et de remise en cause que vous avez décidé de repartir vers la musique. Et vous avez crée Square One, votre nouvel album. Pourquoi ce titre ? 
C.W. : Parce que je voulais explorer de nouvelles possibilités en tant qu’artiste. Je me perdais un peu au niveau personnel. Alors sur cet album je voulais revenir au personnage que j’ai crée il y a 10 ans. Non seulement visuellement, avec la panoplie du chapeau, que je ne portais plus sur les autres albums, j’allais dans différentes directions de peur que les gens ne me catégorisent.

Charlie Winston
Photo : Antony Gomes

Mais j’ai réalisé que mon espace artistique est complètement libre ! Il y a de la liberté. Et comme un enfant qui a besoin de limites, il aura plus de liberté de jouer. C’est la même chose pour moi. C’est ce dont Square One parle. Le carré représente mes limites, et le « one », c’est moi ! Je voulais me recentrer. 

JF : On a d’ailleurs trouvé très drôle que votre album se nomme « Square One » (ndlr : square est un carré en anglais), et le premier titre c’est … « Spiral » ! 
C.W. : Vous marquez un bon point là ! [Prend quelques secondes pour réfléchir] Je crois que j’ai réalisé que la vie était paradoxale. Rien n’est jamais comme on l’imagine. J’ai su directement que « Spiral » serait le premier titre de l’album. Le titre explique le début de mon histoire. Tout est une histoire d’être au plus bas, mais de quand même faire le choix de se relever plutôt que de baisser les bras. 

« Ma musique est devenue une sorte de méditation »

JF : On en a parlé un peu plus tôt, vous avez une grande carrière en France, et on sait que vos paroles vous sont chères. Avez-vous peur que le public ne puissent pas comprendre le sens profond de votre musique ?
C.W. : C’est une part de ma frustration effectivement. J’ai été longtemps perturbé de ne pas avoir de carrière dans mon propre pays, ou du moins dans un pays anglophone. Mais j’ai réalisé que je n’écrivais pas seulement des chansons pour les gens qui m’entourent, j’écris aussi pour moi-même. Je les écris pour explorer, comprendre quelque chose.

Charlie Winston
Photo : Antony Gomes

Et même si je me produis tout les soirs sur scène, je suis le premier à écouter mes musiques. C’est devenu une sorte de méditation. Les mots que j’écris sont des messages à moi-même. C’est pour ça que le public que j’ai aujourd’hui me suffit, et je suis content d’être avec ceux qui me suivent. Et même si je tourne un peu partout dans le monde, au final je reviens toujours ici ! 

« Explorer de nouveaux sons avec des musiciens que j’aime particulièrement »

JF : C’est tout de même un peu paradoxal, car c’est l’album le plus personnel que vous ayez proposé et pourtant, c’est la première fois que vous faîtes appel à autant de personnes pour le produire ? 
C.W. : Effectivement. C’était quand même une petite équipe, mais j’ai eu quelques invités. C’était super. Même si je voulais me recentrer sur moi-même, je ne voulais pas être au centre de la création de l’album. Et ça m’a donné la liberté d’être au centre … Paradoxal ! 

JF : On a même pu être surpris par votre collaboration avec Toumani Diabaté, notamment avec son récent travail sur « Lamomali », qui est très éloigné de votre registre. 
C.W. : Je m’étais effectivement bloqué sur le plan créatif. Il y a beaucoup de registres musicaux que j’adore, et je voulais explorer de nouveaux sons avec des musiciens que j’aime particulièrement. Je m’étais créé un style plutôt « pop européenne » sur les premiers albums et maintenant j’en suis plutôt à me dire « Je m’en fous ! Je vais faire ce que j’ai envie de faire ». 

JF : Curio City et Square One sont deux registres différent il est vrai. Comment a pu réagir le public, différemment ? 
C.W. : Vous savez quoi ? Je n’en sais rien du tout. Je ne crois pas que ce soit important pour moi. Ce que le public en pense n’est pas la même chose que je ressens. Je suis intéressé par ce que les gens ressentent. J’aime écouter le public en concert, et c’est ce qui me donne envie de continuer. 

Charlie Winston sera en concert aux Etoiles à Paris le mercredi 5 décembre prochain. En attendant, et pour réviser un peu avant, « Square One » est disponible sur toutes les plateformes. Et en cadeau, on vous laisse aussi son dernier clip, « Airport »

 

Clip : « Airport » de Charlie Winston

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