[Critique] « I’m Not Your Man » de Marika Hackman : une ode à la féminité

[Critique] « I’m Not Your Man » de Marika Hackman : une ode à la féminité

Le 2 juin dernier marquait le retour de la jeune Anglaise avec son nouvel album I’m Not Your Man, deux ans après son premier album folk : We Slept At Last. Focus, contre toute attente, sur le nouvel album plutôt rock de Marika Hackman.

Pour ceux qui connaissaient déjà la guitare sèche et la voix intime de Marika, on vous conseille de vous asseoir et d’inspirer un bon coup. Les cheveux bleu pastel et les métaphores filées semblent loin, et la chanteuse assume pleinement ses inspirations musicales : « J’étais fan de Nirvana et en les regardant, je me disais : c’est comme ça que je veux être ! ».

Elle revient donc accompagnée de ses quatre amies du groupe The Big Moon, en sortant un album aux sonorités rock et aux paroles honnêtes. Son image ne trompe pas, on la découvre sur la couverture de l’album , une huile sur toile de Tristan Pigott, avec un carré blond et un t-shirt à rayures digne du plus connu des chanteurs de grunge.

 

 

 

Tristan Pigott's oil painting for Marika Hackman's album, I'm Not Your Man
Peinture à l’huile de Tristan Pigott pour I’m Not Your Man

 

Boyfriend donne le ton

On ne peut pas aborder l’album sans parler de Boyfriend, premier titre retentissant qui lance véritablement l’opus. Si on s’attendait peut-être aux guitares traînantes caractéristiques des inspirations citées plus haut, on est surpris de voir que Marika s’approprie bien le genre, et pose le thème très intéressant de l’identité sexuelle et de la position de la femme dans la société.

Le clip se place parfaitement dans la continuité des paroles et met en scène la chanteuse et les quatre musiciennes de The Big Moon (Juliette Jackson, Soph Nathann, Celia Archer et Fern Ford) en plein concert.

On vous laisse voir par vous-même, mais le cocktail fonctionne et on apprécie que les paroles soient franches et pleines d’ironie à l’image du refrain : « It’s fine ’cause I am just a girl/ It doesn’t count/ He knows a woman needs a man to make her shout ».

Le morceau exprime avec désinvolture un ras-le-bol du dénigrement des relations entre femmes. Comme un haussement d’épaule qui tourne au ridicule la trop grande importance de la masculinité : « ce n’est pas grave si ta copine te trompe avec moi puisque je ne suis pas un homme ».

Marina Hackman et les filles de The Big Moon

 

Une parole libérée

En fait, Marika se lâche, et nous laisse accéder à ses anecdotes personnelles en toute sérénité. Il suffit de se pencher sur le deuxième single My Lover Cindy, hymne aux débuts hésitants de relations, pour se rendre compte à quel point sa parole s’est ouverte, et ce depuis le dernier album.

Explicitement sur les problèmes d’ouverture et de confiance en l’autre, le morceau laisse entrevoir les débuts d’une relation comme les débuts d’un combat, où l’on a envie de se protéger tout en se laissant aller. La comparaison avec le combat d’escrime du clip prend tout son sens et le morceau se finit sur un plan étrange de symbiose entre les deux jeunes femmes. La chanteuse fait également le point sur la difficulté qu’elle a à faire perdurer son amour, le tout sur une instrumentale hyper rythmée, qui en est presque déconcertante de désinvolture.

Mais si l’album prend toute sa dimension sensuelle, c’est grâce à d’autres chansons peut-être moins mises en avant dès la première écoute. C’est l’impression qu’on a avec Violet par exemple, éloge de la bouche de son ex-copine au message très clair : « Eat me alive », « I love your mouth » ou « I’d like to roll around your mouth » ; ou avec Time’s Been Reckless, presque sous la forme d’une comptine, qui fait allusion à des relations sexuelles sans prises de tête : « Eyes roll up; you can’t even tell me my name », « 1, 2, 3, 4, tell her that you love her more/ 5, 6, 7, 8, no more time, don’t be late ».

 

Un album qui reste fidèle à ses racines

On l’a compris, I’m Not Your Man est un album différent au niveau musical et thématique, mais il n’en reste pas moins un album de Marika Hackman. Ce qui fait du bien, c’est de se rendre compte que malgré le changement, l’artiste reste égale à elle-même. On ressent l’influence de ses projets antérieurs notamment dans la chanson Cigarette, où la guitare sèche et la voix sont seules et intimes, quelques signaux qui nous rappellent qui on écoute.

 

Au final, on vous conseille largement d’écouter l’album en entier et de vous faire votre propre avis sur cet opus qui allie brutalité et sensualité, en bref une ode à la féminité moderne. Marika Hackman et The Big Moon seront visibles tout l’été aux Etats-Unis, au Canada et dans les festivals anglais, et en attendant la date française vous pouvez toujours acheter l’album pour apprendre les paroles par cœur. Inutile de dire que Marika Hackman est une artiste à suivre de près !

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