[Critique] A Moment Apart, le nouvel album d’ODESZA

[Critique] A Moment Apart, le nouvel album d’ODESZA

Trois ans après le succès impressionnant et mérité de leur album In Return, les américains ODESZA avaient placé la barre très haut. Leur troisième album attendu de pied ferme, A Moment Apart, non sans faille, a tout ce que l’on pouvait espérer. 

Peu d’artistes parviennent à se démarquer et à conserver leur style unique sur un marché aussi saturé que l’EDM d’aujourd’hui. Pourtant, grâce à seulement quelques titres, le duo de producteurs ODESZA est passé de SoundCloud à tête d’affiche de grands festivals. Là où tous les morceaux semblent sortir du même moule, leurs titres sont aussi intimistes qu’ils arrivent à faire danser les foules. A Moment Apart est un opus excellent, enrichi de collaborations efficaces et plus mature

« The only way to save his sanity is to fall in love with the sound. »

L’album s’ouvre avec Intro, une minute énigmatique construite autour d’un extrait du film Another Earth, sorti en 2011. Des respirations haletantes  nous guident au second titre. En équilibre constant entre la finesse de quelques notes de piano et des emballées exaltantes comme ODESZA sait les faire, A Moment Apart est puissant. Le genre de morceau qui nous fait nous sentir tout petit. 

Higher Ground, chanté par Naomi Wild, est dans la pure lignée de ce qui a fait le succès du duo. Un refrain entêtant, des percussions et des synthés qui sentent bon l’été. En bref, un morceau destiné à faire bouger les corps tard dans la nuit. Boy monte le niveau d’un cran avec une ligne de basses précise, maîtrisée, jusqu’au drop. Plus douce mais pas plus calme, Line of Sight est rêveuse et mélancolique. La collaboration avec WYNNE et les australiens de Mansionnair se révèle après plusieurs écoutes, devenant un des titres les plus réussis de l’album.  

Il est difficile de ne pas se dandiner sans s’en rendre compte à l’écoute de Late Night. Sûrement le plus clubesque de l’opus, c’est une ode au voyage contagieuse, dont le clip a été réalisé à partir des vidéos de roadtrip des fans.

Contrairement à leurs habitudes, c’est la voix soul et soyeuse de Leon Bridges qui est au centre du funky Across the Room. Se mettant en retrait, le duo offre un peu de répit et montre l’étendue de ce qu’il sait faire. Et le résultat est plus que réussi. 

Plusieurs styles et une nouvelle facette 

A Moment Apart a un gros point faible : la deuxième moitié de ses titres. En effet, ils peinent à se démarquer de la première partie car trop semblables. Certains sons ont juste l’air d’être d’être un recyclage d’idée. Cependant, ils illustrent bien la volonté d’expérimenter du duo, et quelques morceaux sont des merveilles. 

Les lyrics en espagnol par le groupe The Chamanas apportent une diversité inattendue à Everything at You Feet et son refrain simple, posé mais entraînant. Just A Memory est, de la même manière, radicalement différente de ce à quoi l’on est habitué avec les deux producteurs américains. La voix cristalline de Regina Spektor rencontre une instru élégante et émouvante. Il découle de cette rencontre une ballade douce, délicate et orchestrale. A l’opposé, Divide est un titre fatigué, sans enthousiasme.

Un Sound Design maîtrisé et intimiste

Thin Floors and Tall Ceilings et La Ciudad sont les deux morceaux les plus expérimentaux de l’album. Le premier prend son temps, pour mieux exploser en morceau puissant et cinématographique. Il est à la fois doux, dramatique et orchestral. Les vocals, quant à elles, semblent mêler des influences japonisantes et celtiques. Le second titre est le plus complexe et intriguant. Assez indescriptible, on y retrouve des passages où seules quelques notes comblent le silence. Suivies, quelques secondes plus tard, d’envolées touchantes et précieuses, parsemées de sons bruts, presque sauvages. 

A Moment Apart se conclut sur une merveille : Corners of the Earth. La réelle force de ce titre tient à la collaboration entre ODESZA et RY X. Une association parfaite où chacun met en en valeur ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. D’une part, la voix majestueuse de l’australien et une instru planante, digne des meilleures B.O, de l’autre. Le résultat est puissant, équilibré, pur, beau et impressionnant

ODESZA signe ici, avec leur troisième album, un chef d’oeuvre électro et chillwave. Malgré ses faiblesses, ils montrent qu’ils savent se réinventer tout en gardant leur signature. Avec 16 titres variés, il y a pour tous les goûts : de l’EDM indé solaire à des morceaux instrumentaux downtempo et contemplatifs. Ils sont très bons, et aucun doute que leurs lives seront grandioses

Ecoutez A Moment Apart ci-dessous.

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