Clint Mansell au Trianon

Clint Mansell au Trianon

C’est dans l’intimité du Trianon que se produisait hier le compositeur Clint Mansell à qui on doit la bande originale de Requiem for a Dream. Un concert exceptionnel et une rencontre très enrichissante.

D’origine britannique, Clint Mansell débute sa carrière dans le groupe Pop Will Eat Itself avant de devenir ami avec Trent Reznor de Nine Inch Nails. Mais c’est sa rencontre avec Darren Aronofsky en 1996 qui marque un tournant décisif. C’est à cette période de stagnation, où il raconte qu’il écrivait beaucoup mais ne finissait rien, que le réalisateur lui propose de travailler avec lui sur Pi. Cette expérience est un accomplissement et rapidement, les deux hommes enchaînent avec Requiem for a Dream qui marqua profondément les esprits.

Pourtant, le compositeur confesse que créer ce chef d’oeuvre, mainte fois repris depuis, ne fut pas une mince affaire. Alors que Clint Mansell tâtonnait et cherchait le meilleur ressenti pour ce film poignant et torturé, Darren Aronofsky était quand à lui très exigeant sur le rendu recherché. C’est en s’attelant à la scène difficile où Jennifer Connely couche pour la première fois pour de l’argent et vomi son propre dégoût pour ce qu’elle vient de faire, que va émerger le fameux thème de Requiem for a Dream pour la première fois. La situation débloquée, le reste de la bande originale sera composée comme une évidence découlant de ce malaise.

Depuis, cette collaboration s’est confirmée avec les films The wrestlerBlack Swan, dernièrement Noé et The Foutain que Clint Mansell reconnait comme sa plus belle réussite. Il compose aussi pour des films d’autres réalisateurs comme SonnyMoon, Last Night ou Stoker.

Setlist :
– Pi
– Moon
– Noé
– Requiem for a dream
– Last Night
– The Wrestler
– The Fountain

Accompagné sur scène d’un groupe en 2 parties : guitare, basse, batterie d’un côté ; piano et quartet à corde de l’autre. C’est un concert intimiste, presque une masterclass, que nous offre Clint Mansell. Derrière son Mac, il gère la partie électronique de ses compositions, envoyant des samples, mixant le tout en live et illustrant sa musique avec des vidéos créées pour l’occasion. Pas de vrais extraits de ses films (ce sera une des seules choses regrettables), mais des images en accord avec l’ambiance offerte par chaque musique.

Il s’adresse au public entre chaque morceau, racontant des anecdotes sur la création des bandes originales, sur ses rencontres, sur sa façon de travailler. Il explique qu’il a de la chance de faire ce métier qu’il aime et que même s’il est fier de son travail, ce sont les musiciens qu’il faut regarder, parce que c’est à eux que revient le mérite de la performance.
Il croit beaucoup au « mantra » qu’un bon film peut toujours faire une bonne musique et que lorsque le film est moins bon il faut savoir faire avec. C’est un challenge pour lui à chaque fois de sortir ce qu’il entend dans sa tête et d’arriver à le retranscrire. Son métier n’est pas seulement raconter musicalement les images et les accompagner mais aussi, et surtout, faire naître une émotion chez le spectateur.

Il parle d’une de ses dernières créations, pour Noé : le contexte de travail était différent parce que le budget et les enjeux financiers plus fort. Il raconte que Darren Aronofsky l’a protégé des tensions qu’il aurait pu subir et qu’il a eut la chance de pouvoir s’isoler et travailler sans être confronté à toutes les négociations qu’impliquent un blockbuster comme ce film. En définitive, la musique a pu être soumise à la fin de la production sans qu’aucun des producteurs n’en aient jamais entendu une note et donc ait pu demander de le diriger dans sa composition.

Les morceaux s’enchaînent et on partage ces minutes précieuses avec cet homme plus que sympathique, dont l’humilité est vraiment touchante. On sourit, on rit avec lui, on l’applaudit, on en redemande, il remercie timidement presque. Après l’intensité de Requiem for a Dream, très attendu, le concert se termine en apothéose avec la musique de The Fountain. Trois sublimes morceaux sont interprétés, émouvant jusqu’aux larmes.

Son départ et la fin du concert est un peu rapide et on regrette qu’il n’y ait pas eu de rappel ou qu’il soit simplement venu nous saluer une dernière fois sur scène, mais on repart le souffle coupé et dans une sphère onirique propre à l’univers de The Fountain. Un superbe moment et une rencontre qu’on n’oubliera pas de sitôt !

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