« American Dream » : le magnifique 4ème et (en principe) dernier album de LCD Soundsystem

« American Dream » : le magnifique 4ème et (en principe) dernier album de LCD Soundsystem

Le groupe de rock américain LCD Soundsystem mené par James Murphy se reforme pour un nouvel album chez Columbia Records, 7 ans après This is Happening.

 

La résurrection de LCD Soundsystem 

Depuis la parution de leur premier single en 2002, Losing My Edge, LCD Soundsystem a été une illustration musicale du cool new yorkais sur une scène en pleine effervescence. Son leader James Murphy, alors la trentaine, y exprimait avec détachement et sarcasme sa crainte d’être supplanté par une jeune génération sûre d’elle-même, versatile et pompeuse. La peur du hipster. D’emblée, ce nouveau venu était paradoxalement « vieux », mais ses succès tonitruants.

Leur premier album en 2005, LCD Soundsystem, avait servi fourni une série de hits (parmi lesquels « Daft Punk Is Playing At My House »). Le second en 2007, Sound of Silver, avait été grandiose. Le troisième en 2010, This Is Happening, était superbe et annoncé comme le dernier. La dissolution du groupe avait été prononcée. Une série de concerts d’adieux, à guichets fermés, s’était terminée par une dernière apparition au Madison Square Garden en 2011. Un documentaire sur l’événement, ironiquement intitulé Shut Up and Play the Hits, immortalisait le son du glas pour le groupe. Mais cinq ans plus tard, sa reformation et la parution d’un futur album furent annoncées.

 

Faire mieux que les précédents albums, la promesse de LCD Soundsystem

En réaction, des fans avaient suspecté que le groupe n’ait mis en scène sa fin pour réaliser de belles recettes lors de sa dernière tournée. D’autres avaient craint une dépréciation du travail musical jusqu’ici accompli. Face à cela, James Murphy avait promis de faire mieux que les précédents albums. Mais le groupe avait-il plus à dire que depuis son 3ème opus ?

LCD Soundsystem, dont la majorité des textes et arrangements musicaux sont le fruit du travail de James Murphy, servent des paroles qui traitent de la perte : des amis, des amours, des lieux, des modes qui recyclent vainement celles du passés, de la séparation avec les autres. Musicalement, ses morceaux subissent des influences animées par des sonorités disco-punk, new-wavesynth-pop. Des odes à des archétypes musicaux qui ont marqué le leader du groupe.

L’artiste a désormais 47 ans, et ses angoisses n’ont pas disparu. Certaines se sont mêmes amplifiées, sur American Dream. L’album est marqué par l’anxiété du temps qui passe, de la mortalité et de différentes « fins » : dépression, amours, questions sociales, amitié, et comme l’annonce son titre anglais, du rêve américain. Pourtant, avant même d’ouvrir le boitier, c’est la jaquette de Robert Reynolds qui surprend. Colorée, elle tranche avec les précédentes.

 

Une touche reconnaissable, un album singulièrement différent

D’un certain point de vue, le quatrième album de LCD Soundsystem se situe dans la veine des précédents, en nouant avec des thèmes et des influences déjà connus. La production est propre, mais pourtant moins dansante et électrisante qu’auparavant. Chacun des précédents albums comptait en effet des morceaux très dancefloor, (« North American Scum », « Drunk Girls » « Daft Punk Is Playing at My House ») mais pas celui-ci. Certains fans pourront être déçus par cette absence de continuité, d’autres être ravis du changement, aussi minime soit-il.

Il débute avec un morceau rock et électro riche en synthé, « Oh Baby », consacré au début de la vie, et se termine sur « Black Screen », qui traite de la mort et des regrets qu’elle suscite chez Murphy. Dans cet interstice, il mêle les sonorités pour aborder les sujets et influences musicales qui ont fait LCD Soundsystem le produit d’une époque en partie révolue. « Other Voices » mêle percussions, sons de clochettes, chants et voix de Nancy Whang dont on avait entendu la voix sur « American Scum ». Le troisième morceau, « I Used to », ressemble étrangement à du Cure, et traite du temps qui passe. Puis « Change yr mind », comme une demande d’excuse à ses fans déçus de son retour, qu’on peut « changer d’avis ».

Les envolées de cordes accompagnées au synthé sur « How do you sleep ? » ne sont pas sans évoquer U2. Murphy envoie de nouveau des piques aux gamins épris de chaussures vendues en séries limitées sur « Tonite », sans doute le morceau le plus électro, avec de légers accents de Daft Punk. Une autre influence chère à Murphy, Brian Eno, est reconnaissable sur « Call the police », morceau dans lequel il établit un diagnostic sur les mauvais penchants de la culture libérale américaine, qu’il étrille plus encore dans « American dream », en empruntant à Kraftwerk, pour appeler ses congénères à ne plus gâcher leurs vieilles années dans la prétention à l’immortalité. L’angoisse liée au vieillissement se fait plus pesante. « Emotional haircut », sur une batterie affolée, traite du hipster collé à son téléphone, dont la liste de contacts meurt avec lui.

L’album se clot sur « Black Screen », morceau de 12 minutes hommage à Bowie, qui avait invité Murphy à travailler avec lui à son dernier album, Blackstar. Une figure héroïque, appréciée par Murphy et influente sur lui (comme Prince, Leonard Cohen, Lou Reed) dont la disparition sonne la fin de l’album, dans un tunnel instrumental de 5 minutes.

 

James Murphy a annoncé qu’il s’agirait du dernier album du groupe. Une série de concerts est d’ores-et-déjà prévues. À Paris, le groupe se produira à l’Olympia les 13 et 14 septembre prochain. Pour une (vraie) dernière ?

Laissez votre commentaire