20syl : « Sur Alltta, avec J. Medeiros on a quelque part fait deux albums solo qui n’en forment qu’un »

20syl : « Sur Alltta, avec J. Medeiros on a quelque part fait deux albums solo qui n’en forment qu’un »

Alltta est la rencontre entre le beat électronique de 20syl (C2C et Hocus Pocus) et le flow survitaminé du rappeur américain Mr. J. Medeiros (The Procussions). Avec leur album The Upper Hand, le duo écume les scènes aux commandes d’un son hip-hop résolument moderne et énergique empreint de références philosophiques.

 

 

Le génialissime Sylvain Richard alias 20syl est de retour derrière ses platines. Après ses projets collectifs d’Hocus Pocus et de C2C et un passage solo avec ses Ep Motifs I et II, le voilà s’acoquinant avec le talentueux rappeur américain Mr. J. Medeiros, MC du groupe The Procussions. Toujours empreint d’un son hip-hop aux accents électroniques dont lui seul à la recette, 20syl booste et donne du corps à sa musique par le flow énergique Mr. J. Medeiros dont la prestation scénique électrise les foules. JustFocus a rencontré les deux acolytes lors du festival de sports extrêmes et de musique des Natural Games. L’occasion de parler de leur manière de travailler ensemble pour ce projet mais aussi d’évoquer pour 20syl le futur d’Hocus Pocus et d’une tant attendue suite pour C2C.

 

Comment est né le projet Alltta ?

20syl : Ça date de notre rencontre en 2004-2005 quand on travaillait sur l’album 73 Touches d’Hocus Pocus. À l’occasion de la création de cet album, on cherchait des guests et on venait d’enregistrer un feat avec un rappeur anglais qui s’appelle Ty et qui était en concert le soir même. En le raccompagnant avant son concert, on est tombé sur sa première partie et c’était le groupe The Procussions. On les a découverts et pris une claque monumentale. Eux étaient basés à Los Angeles, ils étaient en tournée en Europe à ce moment-là. Le lendemain, ils n’avaient pas de concert donc on les a invités au studio. On a enregistré le morceau Hip-Hop ensemble et depuis on est restés potes. On avait toujours l’idée de faire un projet tous les deux en particulier.

 

 

D’où vient le nom d’Alltta ?

J. : J’ai grandi dans une ambiance un peu religieuse, du coup, la Bible était une inspiration. Aujourd’hui, je ne suis pas vraiment religieux mais ça fait partie de ma vie. Dans un des textes que j’ai toujours trouvé très poétique, il est dit que nous avons été faits « un peu inférieurs aux anges » (« A Little Lower Than The Angels »), et quand j’ai lu ça, et que j’ai aligné les lettres ensemble, ALLTTA, j’y ai trouvé une très belle symétrie, quelque chose de cool. J’aime cette idée, et j’ai cherché ce qu’Alltta voulait dire. Dans certaines langues cela veut aussi dire « Upper », « plus haut ». J’ai trouvé ça vraiment unique, et j’ai apprécié la coïncidence. Et quand j’en ai parlé à 20syl, il a vu tous les aspects graphiques. Ça fait partie de ces choses sur lesquelles on tombe, et qui grandissent avec nous. Je pense que ça a aussi donné la couleur du contexte de l’album. Ça renvoie à la dualité à laquelle je fais face, entre le fait d’apprécier et d’être inspiré par la foi, et celui d’aimer la science, la logique, et la raison ; et à la confrontation entre ces deux choses. Ça reflète l’état de mon pays, les États-Unis, où l’on voit naître un vrai débat qui pose la question de la position des États par rapport à la religion. Cela fait longtemps que la France a fait la séparation de l’Église et de l’État. Nous sommes peu à peu en train d’y entrer. Donc nous avons tous une crise existentielle, et j’ai mis ça dans l’album.

 

 

Comment avez-vous travaillé et enregistré ensemble ?

20syl : On a travaillé en plusieurs temps. Il y a eu un temps où on échangeait juste de la musique sans vraiment avoir de nom ni d’objectifs de projets réels. Et puis est arrivé un moment où on avait 3 ou 4 morceaux qui tenaient la route et l’envie de peut-être les sortir. Au début, c’était plus en mode Soundcloud. Ayant plusieurs morceaux, on s’est demandé s’il ne fallait pas les sortir officiellement. À ce moment, J. m’a proposé ce nom Alltta. Pour moi ça a été le déclic, il fallait vraiment qu’on en fasse quelque chose, ça me plaisait graphiquement, j’imaginais bien ce qu’on allait pouvoir développer. On a réuni une quinzaine de titres au fil du temps. D’abord en travaillant chacun de notre côté et en s’envoyant des trucs, puis ensuite en se réunissant pendant deux semaines en studio tous les deux pour finaliser l’enregistrement et faire vraiment évoluer les morceaux.

 

Ce que je ressens durant les lives, c’est qu’on est là tous ensemble, qu’on forme une unité

 

Comment vous avez construit votre live ?

J. : On a commencé par essayer de donner ce qu’on avait de mieux, ce qu’on pensait pouvoir marcher, ce qui coulait de source. Et puis on a laissé le public faire le reste. Je pense que plus on a fait de concerts, plus on a commencé à le voir. Je n’aime pas me sentir comme un performeur, qui va monter sur scène et faire quelque chose pour les gens, je n’aime pas tellement me sentir regardé… Ce que je ressens plutôt, c’est qu’on est là tous ensemble, qu’on forme une unité. Quand tu commences à voir l’énergie circuler, à sentir ce qui marche pour les gens et pour nous, on cherchait à garder le meilleur… On a besoin de faire un certain nombre de concerts pour voir ça. Je pense que nous avons fait de notre mieux pour le premier, et pour les suivants on a avancé, on a appris à mieux connaître le public, à mieux se connaître nous même, et à voir ce qui fonctionne le mieux.

 

 

20syl, tu es graphiste à la base, comment as-tu eu l’idée de ce logo ?

Le logo forme Alltta. L’idée c’est de créer un signe de ralliement qui puisse former les lettres du nom. C’est parti d’un vrai délire où je passais mes journées à décliner le nom sous plein de formes différentes en 3D et 2D, N&B, couleur, des trucs super organiques, géométriques, digitaux. J’en faisais beaucoup pour trouver une direction pour la pochette. Assez vite, il y a eu ce logo avec le losange. Je me suis dit que cela allait être facilement adaptable pour le live en terme de lumières. On retrouve ce visuel un peu partout, c’était une volonté d’avoir quelque chose de fort graphiquement, de très épuré. Quelque chose de lisible et qui donne de la dynamique au show sans vampiriser la performance de J.

 

 

20syl, Alltta est-il l’évolution sur scène de tes projets appelés Motifs ?

Sur Alltta, quand on a enregistré les morceaux, on n’avait pas forcément le live comme objectif, c’est seulement après coup qu’on s’est rendu compte qu’il y avait une base d’énergie qui était plutôt cool à transposer pour le live, ce qui n’était pas toujours forcément le cas dans mes morceaux solo. On a tenté de travailler là-dessus, on a fait des essais et on a aussi pas mal adapté le live et ajouté plein de trucs qui ne sont pas dans l’album. Et puis J. fait un gros travail en tant que MC pour créer le contact avec le public, ce que je ne peux pas bien faire en solo.

 

 

J.Medeiros, quelle est la différence entre travailler avec 20syl et The Procussions ?

J. : C’est assez différent en réalité. Ce qui nous rassemble avec 20syl, c’est que nous aimons travailler seuls, la plupart du temps. On aime bien être dans notre monde, ce qui n’est pas le cas de la majorité des artistes. Je pense que beaucoup aiment se réunir dans un lieu et collaborer, ce qui est très bien, mais de notre côté, la majeure partie du travail est effectuée dans la solitude. Je crois que c’est quelque chose que nous apprécions tous les deux.

 

Ce qui nous rassemble avec 20syl, c’est que nous aimons travailler seuls, la plupart du temps

 

Et toi 20syl avec C2C ?

20syl : Nous aimons tous les deux prendre notre temps pour développer les aspects les plus spécifiques. On essaie chacun de notre côté de développer le moindre détail. C’est quelque chose que tu as du mal à faire quand tu te retrouves en studio en collectivité. Tu ne peux pas aller au bout d’un délire hyper perso et pour creuser, tu es obligé de te retrouver tout seul dans ta bulle et de développer ton truc, de prendre le temps de le faire. On s’est donné l’opportunité de le faire, lui sur les textes, moi sur la musique. Après, on aime se retrouver, bosser ensemble et partir dans des délires, nous emmener dans des choses que l’on n’avait pas planifiées mais on aime aussi se retrouver pour poser les choses.

 

Je pense que chacun de nous deux est allé au bout de son délire personnel tout en proposant des choses à l’autre

 

Sur C2C tu avais beaucoup plus le délire de se retrouver à quatre, chaque idée vaut l’autre et finalement ce n’est qu’un jeu de compromis. T’es obligé de mettre ton égo de côté, d’accepter les idées des uns et des autres même si tu n’es pas toujours d’accord à 100%. Tu sais que c’est un délire de groupe. Sur Alltta, on a quelque part fait deux albums solo, juxtaposés qui n’en forment qu’un. Même s’il y a un vrai travail commun, je pense que chacun de nous deux est allé au bout de son délire personnel tout en proposant des choses à l’autre, tout en donnant des indications à l’autre. Moi,  je l’ai beaucoup dirigé pendant les enregistrements vocaux en lui disant d’être un peu plus haut, plus bas, s’il était un peu décalé. Après je n’ai pas grand-chose à dire, c’est l’un des meilleurs MC avec qui j’ai bossé, c’est hyper fluide. Musicalement il n’y a rien à redire, c’est ultra technique et hyper musical. Vocalement, il a une tessiture qui est capable d’aller très loin dans les graves et les aigus. On peut se faire confiance dans notre capacité à faire quelque chose de solide.

 

Où en sont les projets d’Hocus Pocus et de C2C ?

Rien de fermé de ce côté-là. Cela dépend des envies, des idées. Hocus Pocus c’est vrai que cela repose beaucoup sur mon écriture et c’est quelque chose que je pratique moins, donc il y a moins de morceaux. C2C, on a énormément tourné, il s’est passé beaucoup de choses donc là on a un peu levé le pied. Chacun développe ses propres projets. On reviendra quand le moment sera venu.

 

Un gros projet comme C2C, cela te bouffe une grosse partie de ton énergie créative

 

Après le succès international de C2C, comment fait-on pour passer à un nouveau projet ?

C’est vrai que quand tu sors d’un projet où tu es à quatre, toujours ensemble, où tous les soirs tu joues le même set, tu as tout simplement envie de faire des choses différentes. Pendant un moment, je n’ai pas fait de musique, j’ai plus fait du graphisme, puis j’ai recommencé à composer c’est là que les Ep Motifs sont arrivés. J’ai fait beaucoup de remix, c’était un côté un peu défouloir. Puis on recommence à construire des projets un peu plus sur la longueur comme Alltta. C’est vraiment une question de période. Un gros projet comme C2C, cela te bouffe une grosse partie de ton énergie créative. Moi, j’ai eu besoin de faire quelque chose de radicalement différent. Et puis, l’envie revient de faire des choses dans cet esprit-là.

 

 

L’aventure C2C te tente-t-elle de nouveau ?

Au fil du temps j’ai des idées. Quand tu fais un projet, des fois, tu fais un truc et tu te dis que cela ne colle pas pour ce projet-là mais par contre cela marcherait bien pour Hocus ou C2C. Donc oui, il y a des idées qui commencent à venir et qui pourraient s’appliquer à l’un ou l’autre. Après, les gars sont vachement occupés, ils tournent chacun de leur côté. Atom est en studio et bosse énormément. Pfel va sortir un Ep solo, Grim a deux ou trois groupes différents donc ça enchaîne.

 

Photo : Mathieu Renoult

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