Comment prier dans les temples et sanctuaires au Japon : le guide des bonnes pratiques

Comment prier dans les temples et sanctuaires au Japon : le guide des bonnes pratiques

Le Japon et ses temples, ça vous fait rêver. Mais vous ne savez pas comment prier ? Vous avez peur de commettre des impairs ? Ou vous êtes simplement curieux ? Alors découvrez dans ce guide la marche à suivre pour prier comme les japonais ! 

 

Religion au Japon 

 

Au Japon, les religions cohabitent pleinement. Que vous soyez musulmans, chrétiens ou bouddhistes, vous trouverez forcément un lieu où vous recueillir. Et il n’est nullement obligatoire d’appartenir à une seule religion. Toutefois, deux religions cohabitent et prennent une place à part entière dans la vie japonaise : le bouddhisme et le shintoïsme, dont les courants et dérives ne sont pas rares. Il n’est pas rare non plus que la branche d’un temple en influence une autre. Tout est plus ou moins lié.

La religion shinto, aussi appelée « Voie des Dieux », est la plus ancienne au Japon et pourrait être qualifiée d’animiste. Dans le shintoïsme, l’homme croit en des forces supérieures, esprit ou divinité (kami) qu’il vénère. Ces kami sont bien souvent des éléments de la nature et ils sont innombrables. Ils peuvent se tenir au sommet d’une montagne, dans un cours d’eau, dans une forêt… C’est une croyance basée sur la nature et chaque sanctuaire est dédié à un kami. L’exemple le plus connu est sans doute celui du sanctuaire Fushimi Inari (Fushimi Inari Taisha) de Kyoto, dédié à la divinité Inari, déesse de la croissance du riz et du commerce. 

Fushimi Inari Taisha - Eté 2015
Fushimi Inari Taisha (Kyoto, Kansai) – Eté 2015

Le bouddhisme, très populaire au Japon, est plus récent et aurait connu son essor au Japon au VIIe siècle grâce au prince Shôtuku-taishi. Il se base sur deux piliers : la foi en Bouddha (Amida Butsu en japonais) et sur le zen. Véritable philosophie de vie, le bouddhisme séduit beaucoup par la recherche de la sérénité pour une vie future et grâce au zen. Ce zen se traduit à travers des arts comme l’ikebana (arrangement floral) ou dans la méditation. De nombreux jardins zen ont aussi vu le jour et sont très appréciés des japonais.  

Kiyomizu-dera Kyoto
Kiyomizu-dera (Kyoto, Kansai) – Mai 2016

Néanmoins, si la religion shinto et le bouddhisme cohabitent si bien au Japon, c’est qu’il y a une raison. La religion shinto peut être apparentée à la religion de la vie et de la prospérité, là où celle du bouddhisme fait le lien entre la vie et la mort.. Les japonais célèbrent toujours les événements de la vie, tels que la naissance d’un enfant ou un mariage, dans un sanctuaire. A l’inverse, vous trouverez régulièrement des temples bouddhiques à proximité de cimetières. Et bien souvent, un temple de grande envergure accueille en son complexe un sanctuaire et inversement, pour lier la vie et son après à tout moment. 

A chaque coin de rue, entre deux immeubles ou derrière une gare, vous pourrez trouver un temple ou un sanctuaire. Prier est une action courante de la vie japonaise et les japonais y sont visiblement très attachés. Vous pouvez prier pour la réussite d’un examen, pour une aide pour l’avenir, la santé, mais aussi et surtout pour remercier les dieux. Mais pour bien prier, il faut connaître quelques bonnes attitudes et les bons gestes. Le tout, selon l’endroit où l’on prie bien sûr. 

 


 

Temple ou sanctuaire ?

 

Sur l’archipel, il est commun de croiser un temple ou un sanctuaire à tous les coins de rues ou presque. Parfois même un temple dans un sanctuaire et inversement. Mais comment les différencier et ne pas se tromper dans la manière de prier ? 

 

L’importance du nom

 

Si vous prêtez attention au nom du temple ou du sanctuaire, vous devriez déjà avoir une réponse solide, avant même de voir l’édifice sous vos yeux. Généralement, les noms de temples se terminent par –dera, -in ou –ji (Kiyomizu-dera, Byakugo-ji, Senso-ji, etc.). Un temple en japonais se dit otera (お寺) et le kanji 寺 vous indiquera toujours qu’il s’agit d’un temple.

Concernant les sanctuaires, ceux-ci prennent plutôt les terminaisons jinja, –jingu, –taisha ou –gu (Kasuga-Taisha, Meiji-jingu, Shimogamo-jinja). Le nom change selon l’importance et la grandeur de celui-ci. 

 

Les détails visuels

 

Pour discerner un temple d’un sanctuaire, il existe aussi quelques détails visuels qui pourront vous mettre la puce à l’oreille. 

  • Les portes

Un torii (porte rouge vermillon) marque toujours l’entrée dans l’enceinte d’un sanctuaire. Il est d’ailleurs de bon usage de s’incliner avant de le franchir, et de répéter le geste en partant pour saluer les kami. Les temples sont reconnaissables au mon (porte en bois) qui marque l’entrée, dont la structure est très complexe et parfois impressionnante. Vous pourrez même parfois monter en haut de ces fameuses portes comme au Nanzen-ji à Kyoto. 

 

Torii Sanctuaire Yugura Hakodate
Torii du Yukura Jinja (Hakodate, Hokkaido) – mai 2016

 

  • Temizu-ya

Si vous êtes déjà entré dans un temple ou un sanctuaire au Japon, vous avez sûrement remarqué le petit point d’eau permettant de se « laver les mains ». Si ce n’est pas le cas, prêtez-y attention, ils se situent généralement après la porte principale et il peut y en avoir plusieurs dans l’enceinte du sanctuaire ou du temple. Certains sont très simples, d’autres sont surmontés de sculptures de dragons ou de l’élément protecteur du temple (renards pour Fushimi Inari Taisha par exemple).

Cet endroit est commun aux temples et aux sanctuaires et permet d’entamer le rituel de la purification, qui va permettre de purifier ses mains et sa bouche avant de prier. 

 

 

  • Architecture

Au sein d’un sanctuaire, vous apercevrez fréquemment des shimenawa. Ces cordes faites en paille de riz sont accrochées sur les structures principales et secondaires du sanctuaire, mais aussi parfois sur des éléments importants comme un arbre centenaire ou millénaire ou un rocher à l’histoire particulière. 

L’entrée d’un temple est marquée par la (ou les) mon, cette porte parfois gigantesque qui abrite généralement les statues des gardiens protecteurs. Des pagodes (gojū no tō – 5 étages – ou sanjū no tō – 3 étages) se trouvent également parfois dans le complexe templier qui compte divers bâtiments utilisés pour l’apprentissage, l’écriture des sutra, la prière, la méditation mais aussi le kondo, bâtiment principal dans lequel se trouve la statue vénérée. 

 


 

Comment prier ? 

 

Maintenant que vous savez reconnaître un temple d’un sanctuaire, entrons dans le vif du sujet qui vous intéresse. Comment prier sans commettre d’impairs comme les japonais ? Rien de bien compliqué, on vous l’assure, d’autant que les deux manières de prier sont assez similaires. Allez, passons à la pratique ! 

 

Avant tout…

Les temples et sanctuaires sont des lieux de culte, il est important de respecter l’ambiance y régnant. Le silence et le calme y sont généralement de mise et il est désagréable d’être dérangé dans sa prière par des éclats de rire ou de fortes voix. Il peut également être dérangeant et mal vu de prendre en photo des japonais ou tout autre personne priant. Les photos sont généralement autorisées à l’extérieur, rarement à l’intérieur des bâtiments et il vous faudra parfois vous déchausser pour découvrir un kondo. 

Lanternes Kasuga Taisha prier

 

Certains sanctuaires et temples sont victimes de leur succès, c’est notamment le cas de Itsukushima-jinja, le célèbre sanctuaire sur pilotis de Miyajima. En s’approchant du grand torii, on peut voir que certains touristes glissent des pièces entre les rainures du bois. Usures causées par le temps, aggravées par l’homme. Ce geste n’a aucune signification religieuse et ne fait que détruire un patrimoine mondial.

De même pour le Kasuga Taisha de Nara et ses 3.000 lanternes de pierres, abimées par la main trop curieuse de l’homme… 

 

 

Avant la prière

Comme nous l’avons mentionné plus haut, il est de bon usage de s’incliner avant de traverser un torii et de ne pas marcher au milieu de l’allée menant au sanctuaire (voir conseils bonus plus bas). Dans un sanctuaire ou un temple, le temizu ou rituel de la purification est à respecter si vous souhaitez prier. 

Temizu

  1. Prendre la louche avec votre main droite et la remplir d’eau
  2. Rincer votre main gauche
  3. Changer de main et répéter le mouvement pour la main droite
  4. Reprendre la louche dans la main droite et prendre un peu d’eau afin de vous rincer la bouche
  5. Recracher l’eau à l’endroit prévu (surtout pas dans le bassin) et rincer de nouveau votre main
  6. Rincer le manche de la louche et la reposer

 

Temizu-ya au Kasuga Taisha (Nara, Kansai) – Mars 2018

 

Dans un temple

Certains grands temples comme le Senso-ji à Tokyo ou le Todai-ji à Nara ont un grand encensoir permettant de rendre de déposer bougies ou bâtonnets d’encens, en offrande pour les morts. Selon certains, l’encens aurait des vertus thérapeutiques et purificatrices, beaucoup aiment à attirer la fumée vers leur tête ou une partie de leur corps les faisant souffrir.  

  1. Déposer votre offrande dans la boite à offrandes
  2. Joindre vos mains et prier
  3. S’incliner et reculer

 

Dans un sanctuaire

 

  1. Déposer votre offrande dans le tronc prévu à cet effet (les pièces de 5 yens sont souvent les plus utilisées)
  2. S’il y en a, faites sonner la cloche ou le gong (le bruit chassera les mauvais esprits)
  3. S’incliner deux fois, les bras le long du corps
  4. Frapper deux fois dans ses mains à hauteur de poitrine pour signaler votre présence au kami
  5. Garder les mains jointes et prier
  6. Mettre les mains le long du corps et s’incliner une dernière fois
  7. Lorsque vous quittez le sanctuaire, s’incliner de nouveau en passant le torii

Pour résumer tout cela, voici une vidéo réalisée par le sanctuaire Ise-jingu et qui résume en images la façon de pratiquer le temizu et de prier dans un sanctuaire. 

 

Conseils supplémentaires pour prier dans un sanctuaire

Ces petits conseils nous ont été donné par des japonais pour ne pas fâcher les kami. Un petit bonus que je tenais à vous partager et qui pourra vous être bien utile ! Certains conseils sont également applicables pour les temples (notamment sur les demandes lors de la prière).

  • Ne pas marcher au milieu de l’allée d’un sanctuaire : cette place est réservée au passage des kami
  • Se présenter : si vous ne priez pas dans un sanctuaire de votre ville de résidence ou si vous êtes de passage, présentez-vous avant de demander quoi que ce soit au kami. Votre prénom et la ville d’où vous venez seront suffisants. 
  • Ne jamais se mettre de dos : difficilement réalisable, il s’agit en fait de ne pas montrer votre postérieur au kami, signe plutôt irrespectueux lorsque vous priez au bâtiment principal. Si vous prenez des photos devant un sanctuaire, prenez garde à bien vous mettre de profil !

 

Après avoir prié, vous pouvez déambuler librement dans l’enceinte du temple ou du sanctuaire, vous laisser tenter en achetant un omikuji (prédiction), un ema (planche en bois pour faire un voeu) ou un omamori, ces petits porte-bonheurs dédiés aux situations du quotidien.

Prier Yukura Jinja Hokkaido
Omikuji accrochés pour contrer la mauvaise fortune – Yukura Jinja (Hakodate, Hokkaido) – Mai 2016

 

En espérant que ce guide puisse vous être d’une aide précieuse pour votre séjour prochain au pays du soleil levant ! N’hésitez pas à consulter nos articles sur les bonnes pratiques au onsen ou les vols low-cost

 

1 Comment on this Post

  1. Omamori peut être acheté dans les sanctuaires et les temples japonais. Pour ceux qui ne peuvent pas aller au Japon, ils peuvent être achetés sur http://www.omamori.com

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