De sang et de lumière de Laurent Gaudé – critique

De sang et de lumière de Laurent Gaudé – critique

Paru en mars 2017 chez Actes Sud, le dernier livre de Laurent Gaudé est un recueil de poèmes intitulé De sang et de lumière.

de sang et de lumière

 

On avait déjà découvert la plume de Laurent Gaudé à travers des ouvrages magnifiques comme Le Soleil des Scorta, qui lui a valu le Goncourt en 2004, ou encore Eldorado, savant mélange entre un conte oriental et un reportage documenté sur les flux migratoires en Méditerranée. Une sincérité poignante se dégage de son écriture, finalement très simple et très accessible.

 

« Les mots sont

     Vieux

        Comme la souffrance des peuples. »

 

Premier recueil de poèmes

Laurent Gaudé est un écrivain qui a plusieurs cordes à son arc : en effet, dans sa longue bibliographie, on peut trouver des romans, des pièces de théâtre ou encore des nouvelles. C’est donc un défi que s’est lancé l’auteur en publiant son dernier ouvrage. Les romans et les pièces de théâtre de Laurent Gaudé révélaient alors son goût pour la tragédie et l’épopée ; deux formes déjà de la poésie.

Et que la poésie nous avait manqué ! En lisant ces quelques vers de prose, tout d’un coup, tout nous revient ; le rythme, si important à la lecture, le choix des mots, significatif, et surtout l’engagement humaniste du poète. Dans De sang et de lumière, ses mots donnent la parole aux opprimés, réduits au silence, ou ravivent le souvenir des peuples engloutis de l’Histoire. Ils exaltent l’amour d’une mère, ou la fraternité nécessaire entre les hommes. Ils évoquent une fois encore les réfugiés, en quête d’une impossible terre d’accueil, cette thématique de l’exil si moderne et si antique à la fois. Ils sont habités d’une ferveur païenne lumineuse qui voudrait souffler sur le vent de l’espérance.

De sang et de lumière

Le recueil est alors divisé en huit sections distinctes. De sang et de lumière, ce sont en fait huit longs poèmes comme des chants qui rendent voix à ceux du monde que l’on n’écoute pas. Huit poèmes réunis ici dressent un constat amer de l’expérience humaine sur la planète. Ils nous emmènent à travers les âges, les continents pour dresser un état des lieux. L’auteur réussit à faire passer sa rage, sa révolte, son dégoût, en déposant ses mots, presque délicatement, comme pour apaiser la douleur de tous ces passagers clandestins de la vie en donnant voix à la misère. Ses mots doux giflent comme pour nous sortir de la torpeur, du confort qui aveugle et qui endort. La poésie de Laurent Gaudé ne veut pas oublier. Elle veut apprendre à ouvrir nos frontières, aimer cette vieille Europe qui tremble et hésite sur son identité.

Croire en l’Humanité

Comme nous l’avons déjà dit plus haut, le poète décrit le malheur des peuples, les esclaves d’hier et les émigrés d’aujourd’hui. Par ce biais, il dénonce l’incapacité à apaiser les âmes pour mieux sceller les cœurs. Pour autant le pessimisme n’est pas de mise. Laurent Gaudé termine son recueil De sang et de lumière en ouvrant sur

                                                           La part belle

                                                           De lumière

                                                           De sourire

                                                           Et d’esprit

 

Il semble ainsi que la philosophie des Lumières continue à se transmettre, éternellement, et qu’elle se perpétue au fil des siècles par de tels auteurs dont la plume reste une arme affutée face aux malaises ambiants de toutes sociétés. Les hommes commettent de grosses erreurs depuis la nuit des temps. Malgré tout, les vraies valeurs humanistes demeurent. Le poète n’est pas juge; il n’est que témoin qui raconte. Et tant que Laurent Gaudé continue ainsi à pointer les fractures du monde, son lyrisme l’emportera toujours.

 

 

Et comme personne ne saurait mieux parler de son livre que l’auteur, on vous laisse découvrir cette brève interview de Laurent Gaudé, diffusée par la librairie Mollat. 

 

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