Must See #3 : « Pi »

Must See #3 : « Pi »

piAprès une longue coupure, nous revoilà pour le troisième Must See. Attardons-nous aujourd’hui au tout premier long métrage d’un réalisateur aujourd’hui reconnu pour ses films psychologique : Pi. Vous avez forcément entendu parler de ce thriller psychologique à la fois noir (littéralement) et organique (littéralement aussi). Réalisé par le célèbre Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Black Swan, Noé), le film raconte l’histoire de Max (Sean Gullette), obnubilé par la possible découverte d’une formule mathématique permettant d’anticiper la bourse. Ce long métrage nous plonge aux côtés des migraines du personnage principal, dans un univers où les mathématiques régissent le monde.

Travail du montage vidéo…

Avec un montage tel que celui de Pi, on peut aisément parler d’expérience sensorielle. Tant visuel que sonore, le film nous fait expérimenter des sensations peu vues au cinéma. Le film bouscule nos sens. Dans son film, Aronofsky décide de prendre à partie le noir et blanc, pour raison de budget. Finalement, il va accentuer son propos. On ne se retrouve pas face à un simple noir et blanc. Ici, il va donner une image très contrastée nous embarquant dans un univers proche du cauchemardesque. Un cauchemar n’est jamais calme et tranquille c’est le principe même du cauchemar : mouvementer et troubler notre sommeil, il est possible qu’on se fasse poursuivre, qu’on décide de courir. Ces changements de rythmes ne sont pas une mince affaire. Dans Pi, Aronofsky maîtrise bien ces changement soudains de rythme qui prennent une place importante dans le récit. Enfin, je pense qu’il faut évoquer la réalisation dans son ensemble . L’univers que nous montre Aronofsky est clos, sombre, renfermé. Tous ces éléments se voient à l’écran. On ne compte plus les plans rapprochés sur notre personnage principal pour ne pas nous laisser apercevoir ce qu’il voit autour de lui, ainsi que le nombre très faible de scènes en extérieur. On notera également les deux manières distinctes de filmer en fonction de l’espace. D’une part, les scènes où Max est dans un environnement qu’il connaît, qu’il a l’habitude de fréquenter, sera filmé toujours de la même manière : des champs contre champs cadrés, filmés de manière fluide (chez lui, chez Sol, dans le café). A l’inverse, les scènes dans le métro ou à l’extérieur sont toujours désordonnées, avec des mouvements brusques de caméra.

… et du montage audio

Au milieu de tous ces aspects visuels, se glissent de nombreux effets sonores qui augmentent cet univers psychotique. On rappelle que Max est dans un état migraineux pendant la totalité du film (ce qui représente quelques jours). Aronofsky nous fait donc subir cette expérience auditive avec tous ces bruits qui vont nous faire comprendre ce qu’il traverse de manière sonore plus que visuelle : le curseur blanc qui clignote et qui émet ce bruit répétitif, le robinet, les cachets qu’il prend contre ses pi-1inlassables maux de têtes, le téléphone qui ne cesse de sonner, les bruitages stridents évoquant les dits maux de têtes… Tous ces sons parasites viennent gêner le spectateur dans son visionnage du film. La musique est un amplificateur de tous ces aspects. Composée par Clin Mansell, (et un morceau par Massive Attack), cette bande sonore amplifie cet univers obsessionnel. Un ton électro avec un rythme parfois important, la musique ne pouvait pas être plus pertinente. Tous ces éléments nous emmènent aux côtés du personnage dans son trip psychotique pour nous faire ressentir ce qu’il vit, plutôt que de nous le montrer.

Mêler religion et science

C’est un aspect relativement notable du film : la confrontation science/religion. D’abord, il faut savoir que Pi n’est pas qu’un film intello. Loin, tout de même, du block buster, le film n’évoque pas que les mathématiques au premier degrés. Autrement dit on n’a pas besoin d’avoir fait 3 ans d’études en maths pour le comprendre. Mais Pi est, en quelques sortes, basé sur des valeurs binaires (Max,Sol ; Noir, Blanc…) et la religion confrontée à la science est l’une d’elles. Initialement, Max pense de lui même que la nature est régie par les mathématiques : « 1. Les mathématiques sont le langage de la nature. 2. Tout autour de nous peut être mis en équation. 3. Tous les nombres d’un système sont séquentiels. Par conséquent: Il y a des séquences partout dans la nature. » pi-i46482-1200x630Or la religion remet souvent en cause ce que dit la science. Dans son film, Aronofsky ne fait pas une confrontation de l’un et de l’autre, mais préfère jouer la carte de la complémentarité. En effet une fois que Max a trouvé le chiffre qu’il traque depuis un moment, ce sont des religieux et leur croyance en la torah qui vont lui permettre de comprendre son véritable sens. Cet aspect du film passe en second plan puisque le film parle surtout d’un homme qui n’arrive pas à vivre dans un monde qui lui seul semble comprendre.

Pi fait partie de ces films qui nous font vivre une expérience sensorielle au sens premier du terme. Nous sommes face à cet univers clos avec une esthétique qui lui est propre. Après avoir vu le film, les gens sont généralement partagés en deux groupes. Certains verront le film de manière péjorative en pensant qu’il ne pousse pas assez loin son propos, tandis que d’autres seront pleinement satisfaits et l’apprécieront à sa juste valeur. Ce qui compte le plus, c’est de savoir comment vous avez ressenti l’oeuvre de Darren Aronofsky, plutôt que d’essayer de la comprendre.

Bande annonce de Pi :

 

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