Critique « La Belle et la Meute » de Kaouther Ben Hania : une plongée saisissante au cœur d’un viol

Critique « La Belle et la Meute » de Kaouther Ben Hania : une plongée saisissante au cœur d’un viol

Critique « La Belle et la Meute » de Kaouther Ben Hania : une plongée saisissante au cœur d’un viol

Réalisation

Scénario

Casting

Summary:
Œuvre choc sur le parcours judiciaire d'une victime d'agression sexuelle en Tunisie.

97%

Excellent

Après Le Challat de Tunis, la réalisatrice Kaouther Ben Hania reprend sa caméra pour s’intéresser à ce qui se passe après l’agression sexuelle d’une jeune femme en Tunisie. Implacable, percutant et féministe, La Belle et la Meute est un voyage cauchemardesque dans les pas de cette fille, à la quête freinée par la société.

 

Une plongée haletante dans les affres de l’après-viol

S’il y a un film qui réussit avec brio son pari, c’est bien Le Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania. Présenté à la sélection « Un certain regard » lors du festival de Cannes dernier, le long-métrage marque par son ton haletant et son récit sans concessions et sans fard sur la société tunisienne. Le synopsis ? Mariam a la vingtaine éclatante. Jeune, belle, libre, elle vit dans une résidence pour étudiants à Tunis. Lors d’une soirée étudiante, elle rencontre Youssef. Quelques heures après, elle erre dans la rue, paniquée. Tout au long du film, elle va devoir se battre pour que soient reconnus ses droits et sa dignité, dans un système où la justice penche indéniablement en faveur des bourreaux.

S’intéressant à ce qui suit l’agression de Mariam, plus qu’à l’acte de viol en lui-même, le film flirte allègrement avec le documentaire. Inspiré d’une histoire vraie (adaptation du livre Coupable d’avoir été violée, de Meriem Ben Mohamed), le long-métrage se dote ici d’une tension et d’une justesse sans cesse renouvelées. La protagoniste, Mariam Al Ferjani, est bluffante de justesse et de rage. Le reste du casting – Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly Arfaoui, et Anissa Daoud entre autres – est tout aussi convaincant. Le résultat : un film coup de poing, sur une thématique complexe et souvent taboue. La Belle et la Meute, qui retrace cette quête nocturne désespérée et éreintante emmène le spectateur pantois dans la difficulté pour une femme agressée de porter (encore) plainte dans certains pays.

 

Une thriller féministe au goût d’épouvante

Kaouther Ben Hania (également au scénario et aux dialogues), signe une réalisation efficace et prenante. L’utilisation régulière du plan-séquence confère à l’œuvre un sentiment de réalité et de vie. Le ton, haletant et anxiogène, flirte par moments avec l’atmosphère du film d’horreur. La photographie y joue également un rôle. Couleurs froides, néons de soirée, scènes de nuit et éclairages artificiels apportent à l’œuvre un sentiment d’irréel contrastant avec la quête pour la vérité entreprise par Mariam. L’absurdité et l’injustice du système dépeintes dans l’œuvre sont mises en exergue par ces incursions dans cette sorte d’onirisme d’épouvante. Le film, se voulant thriller féministe percutant et critique exacerbée des travers de la société tunisienne, offre un écho généralisé au traitement des victimes d’agressions sexuelles, particulièrement culpabilisant dans certains pays du globe, dans lesquels parler et porter plainte est encore une lutte. 

Une œuvre filmique réussie donc, tant sur la forme que sur le fond. Il est peu de dire que ce film aux multiples nationalités marque. Et lorsque le générique s’estompe, on en reste assis le cœur lourd et l’esprit révolté, avec une envie furieuse de changement. Alors que l’actualité est aux révélations et libérations de paroles de victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles, La Belle et la Meute vient (efficacement) ajouter sa pierre à l’édifice. Pour les adeptes d’un cinéma qui montre et dénonce, questionne et révolte, sans perdre de vue une volonté de tisser l’espoir, le film est à découvrir sans tarder ! Dans les salles à partir du mercredi 18 octobre.

 

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