Hommage à Johnny Hallyday : l’acteur qu’il aurait aimé être

Hommage à Johnny Hallyday : l’acteur qu’il aurait aimé être

Tout le monde retiendra surtout Johnny Hallyday comme un chanteur et un artiste immense. La musique n’est pas son unique passion. Il a toujours clamé son amour pour le cinéma et son rêve d’être un acteur. Retour sur la carrière cinématographique de notre Johnny national. Il avait d’ailleurs projeté de passer derrière la caméra pour adapter L’équipée sauvage. 

Jean-Philippe Smet fait ses débuts au cinéma en 1954 à l’âge de 11 ans avec une courte apparition dans Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot. Très vite, le 7ème art repère l’idole des jeunes et le met en scène dans le rôle qu’il maîtrise le mieux : le crooner dynamique et rebelle ! Dans Les Parisiennes de Marc Allégret (1961) on le voit chanter son tube actuel (et éternel) « Retiens la Nuit » en compagnie d’une jeune blondinette : Catherine Deneuve. Il enchaînera des petits rôles de chanteurs, la possibilité de concilier ses deux amours : la musique et le cinéma. Les années 60 seront l’occasion de le voir dans une demi-dizaine de films avec comme apogée, le rôle de Hud, un spécialiste qui veut venger son frère dans Le Spécialiste de Sergio Corbucci (1969). 

C’est en 1972 que Johnny Hallyday touche un peu plus du doigt son rêve en incarnant son propre rôle (avec l’autodérision et l’humilité qu’on aime chez lui). L’Aventure c’est l’Aventure de Claude Lelouch est présenté en ouverture sur la Croisette. Désormais, Johnny est plus regardant sur les rôles qu’on lui propose et veut tourner avec des anticonformistes. Jean-Luc Godard trouve satisfaction à ses yeux et le fait jouer Jim Fox Warner, un organisateur de match de boxe complètement fauché dans Détective (1985). Le film fait sensation à Cannes, où l’interprétation de Johnny est saluée et le visage de Jean-Luc Godard entarté par un « fan ». Les grands noms du cinéma se pressent pour faire jouer le chanteur. Maurice Pialat et Costa-Gavras figurent parmi les prétendants et c’est le dernier finalement qui le mettra en scène dans Conseil de Famille. Sur un ton plus léger, il clôt le XIXè siècle en incarnant son propre rôle (position qu’il reprendra plus tard), dans Paparazzi d’Alain Berbérian aux côtés de Vincent Lindon, Patrick Timsit et Carla Bruni (1999). 

Il revient dans les années 2000 dans des rôles toujours plus graves et sombres et au diapason de sa voix. Patrice Leconte le fait jouer dans l’Homme du Train (2002), et il obtient le prix Jean Gabin (tandis que Rochefort repart avec le prix d’Interprétation à la Mostra de Venise). Johnny Hallyday ne cache pas la chance qu’il connaît au cinéma. Lui qui a grandi avec les films d’Elia Kazan et un cinéma noir et à grand spectacle, il a travaillé avec les plus grands talents français. Jean Rochefort est dithyrambique sur lui : 

« J’ai rencontré un homme authentique, angoissé, extraordinairement mal dans sa peau, ce qui est très attachant. N’ayant pas la confiance en lui qu’on pourrait imaginer d’une star du showbiz, l’homme est fragile. Il était très impressionné de se retrouver face à un vrai rôle dans un vrai film de série A. Il était très intimidé au départ et je me suis efforcé, Leconte aussi, de lui donner confiance. »

Bien que sa musique ne s’exporte pas, sa gueule plaît aux cinéastes et on le retrouve dans des films aux antipodes de l’image publique (fausse) qu’on a de lui. Il donne la réplique à Depardieu, Richard Bohringer, Renaud, Saïd Taghmaoui et…. Harvey Keitel dans Wanted de Brad Mirman (2003), une comédie de petits escrocs. Il tourne pour le grand Johnnie To dans Vengeance (2009), rôle d’abord écrit pour Alain Delon. Johnny Hallyday devient Francis Costello – on pense à Jeff Costello dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), un cuisinier, ex-tueur à gages venu à Hong Kong venger la mort de sa fille. Un rôle purement hallydesque !  Les deux Johnnies foulent à nouveau, cette fois ensemble, le tapis rouge du Festival de Cannes en Compétition. 

« Je n’imaginais pas l’idole qu’il était ! Mais ce n’est qu’en le rencontrant que j’ai su qu’on pourrait travailler ensemble. Il fallait que je le vois pour comprendre tout ce qu’il dégage »

Johnnie To

En parlant de Johnny Hallyday au cinéma on ne peut s’empêcher de revenir sur le rapport qu’a le chanteur avec son image. Il interprète très souvent son propre rôle, comme pour nous en apprendre plus sur lui-même et sur un ton plus léger qu’il ne le fait dans ses chansons. On a cité Paparazzi plus tôt et il faut évoquer également Mischka de Jean-François Stévenin (2002) où il est Johnny le chanteur showman. Il est encore lui même dans Rock’n Roll de Guillaume Canet (2016) ou quand il retrouve – pour la troisième fois – Claude Lelouch avec Chacun Sa Vie (2017). Sur un registre plus dramatique et personnel, il nous bouleverse dans Jean-Philippe de Laurent Tuel qu’on peut qualifier de science-fiction : un fan de Johnny se réveille dans un monde où Johnny Hallyday n’existe pas et Jean Philippe Smet est un gérant de bowling. Fabrice Lucchini retrouve Johnny au cinéma après Conseil de Famille. Le chanteur, toujours très lucide sur ses choix a d’abord hésité avant d’endosser son double : 

« Pour moi, l’intérêt du rôle était un rôle de Johnny Hallyday qui n’a jamais existé. Je ne devais pas incarner un chanteur mais Jean-Philippe Smet, qui ne le connaît pas. C’est l’histoire d’un homme normal qui n’est pas devenu ce que je suis. «  

Johnny Hallyday a finalement réalisé un rêve de toujours en 2011, où à 68 ans, il foule les planches du théâtre pour la première fois. La gueule cassée des Rivières Pourpres 2 (Olivier Dahan, 2004) donne la réplique à Audrey Dana et Julien Cottereau dans une mise en scène de Bernard Murat du Paradis sur Terre. La pièce est une adaptation de l’œuvre éponyme de Tennessee Williams

Johnny Hallyday est mort… Sa musique, sa gueule, sa voix et son immense talent restent éternels. Il a touché des générations entières de françaises et de français. Tout le monde le connaissait de près comme de loin. Qu’on l’aime ou pas, son nom est connu partout dans notre pays. Cette popularité et le personnage généreux et discret qu’il était font de lui une légende quoi qu’on en pense. Notre Johnny national nous quitte le 6 décembre en laissant derrière lui une filmographie qui vaut son coup d’œil, un héritage musical qui n’a pas de prix et une France bien triste.

 

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