Festival des Arcs 2017 – Double critique « La douleur » d’Emmanuel Finkiel et « Bobbi Jene » d’Elvira Lind

Festival des Arcs 2017 – Double critique « La douleur » d’Emmanuel Finkiel et « Bobbi Jene » d’Elvira Lind

Note

Festival des Arcs 2017 – Double critique « La douleur » d’Emmanuel Finkiel et « Bobbi Jene » d’Elvira Lind

La douleur

Bobbi Jenne

Summary:
Deux oeuvres à découvrir.

85%

Oublions quelque temps la compétition officielle pour aller explorer deux belles œuvres projetées lors de la neuvième édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs. La première (La Douleur) est une adaptation du roman éponyme de Marguerite Duras, tandis que la deuxième est un documentaire magnifique sur Bobbi Jene, danseuse et chorégraphe contemporaine.

La Douleur : une adaptation où la délicatesse côtoie la gravité

Il ne paraissait pas chose aisée d’adapter sur grand écran le roman en partie autobiographique de Marguerite Duras, paru en 1985. Emmanuel Finkiel (Je ne suis pas un salaud, Nulle part, terre promise, Je suis…) s’en empare avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, pour un résultat plutôt réussi.

Le synopsis ? En juin 44, alors que la France est toujours sous l’Occupation, l’écrivain Robert Anthelme, mari de Marguerite Duras et figure emblématique de la Résistance, est interpellé par la police française et déporté. Commence alors pour sa femme une longue et douloureuse attente. Dans sa volonté d’aider son mari, elle va lier une relation trouble avec l’officier qui a arrêté Robert….

C’est Mélanie Thierry qui prête ses traits à l’écrivaine Marguerite Duras. Sa performance, tout en retenue et désespoir, est magistrale, et l’on peut facilement affirmer qu’elle trouve, dans ce film, l’un de ses plus beaux rôles. A ses côtés, Benoît Magimel et Benjamin Biolay interprètent respectivement l’agent de police français et Dionys, l’ami plus qu’intime de Marguerite Duras.

Dans sa quête d’adapter une des auteures-monuments de la littérature française, Emmanuel Finkiel choisit de privilégier une originalité dans la réalisation ainsi que les dialogues. Loin de proposer une œuvre lisse et classique, il offre la part belle au contemplatif, au descriptif, au suggéré et à la représentation de l’attente par le biais d’un film aux rythmes posés et lents.

Son utilisation régulière de la voix off et du flou offrent à l’œuvre une singularité qui surprend mais finit par convaincre. Esthétiquement réussi, convainquant dans son atmosphère poétique et grave, La Douleur n’évite cependant pas quelques longueurs…

Bobbi Jene, d’Elvira Lind : à travers les pas d’une danseuse singulière

Ce documentaire est à retenir tant il s’aventure avec réussite sur les pas de Bobbi Jene, danseuse iconique de la compagnie israélienne Batsheva. Le film démarre alors qu’elle s’apprête à quitter la troupe pour tenter sa chance en tant que chorégraphe. La caméra la suit dans ses débuts de réflexion et de création, ainsi que dans son histoire d’amour naissante avec l’un des danseurs de la compagnie. Avec cette lutte de couple en toile de fond, le film est nimbé de sensibilité, de poésie et de justesse humaine. Abordant des thématiques comme l’art, la création, le maintien à flot de l’amour, Bobbi Jene n’est pas seulement un magnifique documentaire de danse : c’est avant tout une histoire intimiste et universelle sur une femme hors-pair.

Poétique, philosophique, éclairée et avant-gardiste, Bobbi Jene utilise sans relâchement son corps pour exprimer sa vision de l’art, de l’effort, du monde. C’est une percée hors des sentiers battus de la danse que la réalisatrice propose avec ce documentaire. Caméra portée à l’épaule pour suivre au mieux les mouvements de la danseuse, gros plans, bougés, la réalisation ébouriffe et happe le spectateur dans cette danse où s’exprime avec subtilité et complexité la vie. Véritable mise en lumière d’une danseuse et chorégraphe avant-gardiste, le documentaire est extrêmement touchant, visuellement très beau et diablement vivant. Une réussite totale.

 

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