Donnie Darko : les films « Mindfuck » expliqués

Donnie Darko : les films « Mindfuck » expliqués

La définition du terme « Mindfuck », régulièrement nommé ainsi sur les forums et les réseaux sociaux, est un mot d’argot, utilisé originellement en anglais, désigne quelque chose de déroutant ou qui suscite la confusion. Pour que ce soit bien clair dans votre esprit, notre partenaire « Arrête ton cinéma » explique en détail et en images ce que peu signifier le Mindfuck dans le cinéma.

 

 

 

Les films Mindfuck mettent le bazar dans votre tête

Dans l’univers du cinéma, les films mindfuck ont des intrigues si complexes qu’elles vont jouer avec votre tête, votre inconscient, vos réflexions. Et ce jusqu’à tel point que vous ne saurez plus ce que vous regardez, vous ne saurez plus ou vous en êtes, vous serez volontairement paumé, seul, et abandonné.

Votre première réaction après avoir regardé un tel film sera : « WTF » ?! Et vous vous ruerez éventuellement sur des forums pendant des heures pour en comprendre d’avantage et éventuellement vous sentir moins con.

Ces dernières décennies, le terme Mindfuck rappelle des films présentant des univers dérangeant à caractère psychologique, aux perceptions souvent déformées comme le propose régulièrement le cinéma de David Cronenberg ou de David Lynch. Des fictions qui vous présentent une réalité mais vont ensuite trouver des moyens de renverser la vapeur, remettant en question tout ce que vous pensiez ou saviez sur ce que vous avez vu. Les fins proposées contiennent souvent un twist grandiloquent.

Le terme « Mindfuck » est très large. Il propose des films avec des trames narratives souvent vicieuses et machiavéliques. On note ici les plus fortes récurrences : 

  • Un élément majeur de la vie des personnages qui n’est pas ce qu’il semble être initialement ou qui montre de fortes ambiguïtés («Memento»)
  • Une réalisation psychédélique où le style visuel se présente presque comme un protagoniste («Enter the Void»)
  • Thrillers psychologiques, un sous genre qui réunit le thriller et le film psychologique, et tout cela pour le prix d’un («Identity»)
  • Des drames psychologique qui peuvent développer la puissance dramatique intimiste de personnages, à l’atmosphère inquiétante et envoûtante («The Machinist, Filth»)
  • D’autres films mettent en avant des éléments fantastiques ou de science-fiction (« L’Effet papillon »,« The Double »)

 

Certes, le Mindfuck est généralement plus intellectuel et moralisateur que la norme. Mais ce qui est excitant et audacieux dans ces films, c’est qu’en plus d’être créatifs, ils sont peu conventionnels et cherchent toujours à marquer les esprits.

Cependant, les cinéphiles qui regardent ce cinéma ne recherchent pas forcément le compliqué. Les intrigues mystérieuses et les énigmes peuvent effectivement captiver un certain public. Mais l’élément le plus important reste la plupart du temps le moment de révélation. Quand le tapis rouge est déroulé sous les pieds du spectateur, les règles peuvent être changées en une fraction de seconde. L’objectif du film, ou les attentes, se voient complètement chamboulées.

Malheureusement, depuis de nombreuses années maintenant, Hollywood préfère se concentrer sur la production de blockbusters désuets, compilant des suites peu originales, des reboots inutiles ou des remakes grotesques. Il profitent du succès souvent incompréhensible au box office, tout en reléguant de plus petits projets du cinéma indépendant aux oubliettes…

Le plus frustrant est que les cinéastes venus du cinéma indépendant sont souvent ceux qui ont le plus de talent, de créativité et de flair. Ils ont également le plus de choses à prouver.

Richard Kelly par exemple, a vu la sortie de son premier film, un thriller de science-fiction, tragédie horrifique aux allures de comédie romantique, être très mal distribué et complètement boudé en salle. Heureusement, ressuscité en DvD, le film s’est vite posé une réputation de film culte. Je veux bien sûr parler du Ô génialissime Donnie Darko.

 

 

Donnie Darko : du Mindfuck devenu culte

L’histoire se situe dans la ville fictive de Middlesex, dans I’Iowa, pendant la campagne présidentielle de 1988. Donald « Donnie » Darko est un adolescent intelligent, perturbé émotionnellement, souffrant de somnambulisme et d’hallucinations. La nuit du 2 octobre, le réacteur d’un avion de ligne s’écrase dans sa chambre. Donnie échappe en effet à la mort en obéissant à une voix dans sa tête qui lui avait ordonné de quitter sa chambre. La voix est celle de Frank, un ami imaginaire ressemblant à un lapin humanoïde morbide. Celui-ci lui prédit que la fin du monde interviendra dans 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes.

Donnie Darko est une expérience étonnante et envoûtante et ce, dès son introduction. Avec son réveil sur le haut de la colline, la descente en vélo jusqu’à la banlieue où réside Donnie, sans oublier les prises de vue satirique au ralenti sur ses personnages bien américain, le ton est donné tout de suite.

Le film possède cette qualité d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Chaque scène nous propose des thématiques profondes comme la politique, l’enfance, l’amitié, la sexualité, la rivalité, le voyage dans le temps, et bien d’autres encore.

Le succès du film est dû en partie aux performances impeccables de chaque membre du casting. Jake Gyllenhaal en premier lieu. Acteur encore inconnu en 2001, il signe ici une performance subtile et chargée émotionnellement. Il incarne un personnage dérangeant, mais à la fois drôle et émouvant. La façon presque enfantine de sa gestuelle, ou dans un registre complètement opposé, sa présence terrifiante quand il traverse d’un pas lent un couloir désert ou le long d’une rue sombre, la tête sous sa capuche, inclinée légèrement vers le bas, son visage fixé dans une expression confuse.

Drew Barrymore est aussi superbe. Elle y interprète une enseignante au style libéral, rejetée et méprisée dans un système d’éducation hyper conservateur, tandis que Patrick Swayze est excellent en gourou pédophile.

Le film se démarque par sa capacité à réunir et à explorer plusieurs genres, toujours traités avec justesse, si bien qu’il est quasi impossible de le classer dans l’un ou l’autre. Malgré l’utilisation de plusieurs codes emprunté au teen movie, Richard Kelly ne laisse jamais son film plonger dans les clichés de la comédie potache ou du drame pour adolescents larmoyants. Au lieu de cela, il peint un portrait étonnamment réaliste d’une Amérique banlieusarde, entrecoupé de théories du voyage dans le temps et de visions surréalistes d’une fin du monde proche. Le film ne tombe pas non plus dans de la bizarrerie Lynchienne grâce aux nombreuses références liées à la pop culture pour s’y identifier.

Donnie Darko peut montrer des images de lapins géants et des fluides sortant des ventres des personnages, mais sur le plan émotionnel, le film est réaliste, et très humain. On est souvent amené à se demander si les visions et les actions de Donnie sont la conséquence d’un esprit schizophrène, tordu, souillé par les médicaments, ou s’il connaît et voit vraiment de telles choses. Sa détresse progressive, alors qu’il réalise au fil du long métrage qu’il n’y a plus d’espoir, est magnifiquement dépeinte. En parallèle, le sens de la paix et l’accomplissement intérieur se montrent comme un message vraiment fort et inspirant.

 

Donnie Darko est une expérience qui provoque l’esprit et le cœur. Un conte de fées existentiel et un voyage inoubliable dans les ruelles sombres de l’âme humaine…

Il vous faudra certainement plusieurs visionnages du film pour commencer à cerner tous les détails de l’oeuvre. Réfléchissez y bien, car parfois, les petits plaisirs sont meilleurs quand les détails sont laissés mystérieux.

«Le mystère est, dans toute idée, le demi-jour qui séduit, la sève qui enivre.»
Alexandre Vinet

 

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