Deauville 2017 – « Mother ! » de Darren Aronofsky : Crépusculaire, métaphorique et mémorable

Deauville 2017 – « Mother ! » de Darren Aronofsky : Crépusculaire, métaphorique et mémorable

Deauville 2017 – « Mother ! » de Darren Aronofsky : Crépusculaire, métaphorique et mémorable

Réalisation

Scénario

Casting

Summary:
"Mother!" est sans conteste l'un des films les plus impactants de cette année 2017. Sombre, oppressant, déroutant et métaphorique, cette œuvre ne laissera sans doute pas le public indifférent.

87%

Excellent

Darren Aronofsky est de retour dans les salles obscures et en profite pour faire une escale à Deauville. Son nouveau film Mother !, présenté au Festival du Cinéma Américain, a fait une très forte impression aux spectateurs qui étaient venus en masse pour le découvrir. Sombre, oppressant, déroutant et métaphorique, Mother ! ne laissera sans doute pas le public indifférent.

 

Du thriller psychologique à la fable métaphorique 

Ce qui frappe le plus avec Mother !, c’est le glissement opéré progressivement d’un style à l’autre. D’abord thriller psychologique teinté de surnaturel, le film devient au fur et à mesure une fresque mystique et oppressante, qui se prête plus à l’interprétation qu’à la critique. 

La première partie est d’un cynisme terrifiant et délicieux. Le débarquement d’Ed Harris dans la vie de nos deux protagonistes est évidemment malaisante à souhait. Mais cela devient réellement délectable lorsque le personnage de Michelle Pfeiffer fait son apparition en grande pompe. S’opère alors une inversion des valeurs aussi terrible que réaliste par beaucoup d’aspects. Jusque là, le spectateur peut donc profiter de la mise en scène, se révolter contre ce qu’il voit et être amusé de l’ironie omniprésente dans le comportement des personnages. Mais tout change progressivement sans même que nous nous en rendions compte. 

Si les phases surnaturelles sont disséminées avec parcimonie dans la première moitié de l’œuvre, la seconde phase n’est qu’une longue allégorie où le fantastique est bien plus marqué. Le spectateur doit alors passer son cerveau en « mode interprétation », afin de ne pas être totalement largué. S’engage alors une passionnante phase d’analyse de l’œuvre, analyse profondément personnelle. En effet, Mother ! réussit le tour de force des grandes œuvres d’arts (cinématographiques ou autres). Ce tour de force est d’être une œuvre tellement profonde et complète, que chaque spectateur peut se l’approprier et y apposer l’interprétation qu’il le souhaite. Cependant, certains sous-textes sont plus évidents à déceler que d’autres. C’est notamment le cas du rapport (souvent obsessif) qu’a l’écrivain à ses œuvres et à son public. En outre, on peut faire un parallèle amusant avec le culte Misery, adapté du roman de Stephen King et allégorie bien connue du fanatisme. Sauf que contrairement à Misery, l’auteur de Mother! embrasse l’obsession de ses fans et et se complaît dedans. Pire encore : il se nourrit de cette obsession. 

Il reste encore tellement de choses à dire sur Mother !, tant d’aspects et de séquences à analyser… Cependant, nous vous laissons le soin de le faire vous même pour ne pas vous en dévoiler l’essentiel. 

 

Un casting poids lourd avec Jennifer Lawrence en tête

Jennifer Lawrence, nouvelle muse du réalisateur Aronofsky, interprète ici un rôle oscarisable et le fait avec brio. Connue initialement pour la saga Hunger Games, Lawrence a su, jusqu’ici, diriger sa carrière de manière admirable et choisir des rôles aussi puissants que complexes. Déconcertante, il est facile de s’identifier à elle, tant son personnage semble être le plus proche mentalement des spectateurs. Il est pour ainsi dire le seul personnage qui semble avoir un minimum les pieds sur terre, malgré toutes ses psychoses et hallucinations. 

Lawrence est entourée d’un casting d’une rare envergure, puisqu’on y retrouve notamment Ed Harris, Javier Bardem et Michelle Pfeiffer, tous plus délectables les uns que les autres. Bardem fait profiter au film de son charisme et de son charme inquiétant. Ed Harris, lui, est aussi discret que mystérieux, mais sa présence suffit à salement crisper l’ambiance. Mention spéciale à Michelle Pfeiffer, incroyable d’élégance dans un rôle empli de mauvaise foi. Cette femme complètement déconnectée des relations humaines est le vecteur essentiel de l’inversion de valeurs évoquées précédemment. Rassemblé, ce casting cinq étoiles se complète brillamment pour former un des plus beaux patchworks de comédiens de l’année. 

Mother ! est sans conteste l’un des films les plus impactants de cette année 2017. Avec cette œuvre, le réalisateur de Noé, Black Swan et Requiem for a Dream confirme une fois encore son talent ainsi que sa versatilité. À découvrir d’urgence, avec le cerveau prêt à l’emploi pour analyse ! Sortie de 13 septembre prochain. 

 

Bande-annonce – Mother! 

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