Critique « L’amour est une fête » de Cédric Anger : Audacieux mais pas sans défauts

Critique « L’amour est une fête » de Cédric Anger : Audacieux mais pas sans défauts

Critique « L’amour est une fête » de Cédric Anger : Audacieux mais pas sans défauts

Réalisation

Scénario

Acteurs

Photographie

Summary:
Franck et Serge, deux gérants d'un strip-club souhaitent évoluer dans le milieu de la pornographie dans les années 80. Ils commencent à produire des films aux côtés d'un puissant gérant de cette industrie. Mais, ils sont avant tout enquêteurs pour la police et cherchent à détruire ce milieu perverti. Un film qui a de l'audace, qui s'assume et assume son sujet décomplexé mais qui pêche parfois dans son propos et dans sa réalisation.

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Audacieux, décomplexé mais parfois brouillon.

Il est toujours très difficile de parler d’un sujet polémique, que ce soit dans la rédaction d’un article ou dans l’écriture d’un film. Et l’un de ces sujets si complexes est la pornographie. Sujet tabou et même repoussant pour certains, il est en vérité très intéressant et mérite une attention particulière. Que ce soit son histoire ou son rôle dans la société, plusieurs angles sont possibles dont celui de Cédric Anger dans son nouveau film : L’amour est une fête.

L’amour est une fête est l’histoire de Franck et Serge, deux gestionnaires d’un strip-club en 1982. Période clé pour l’expansion de la pornographie en France, les deux collègues cherchent à obtenir plus de bénéfices en se lançant eux-aussi dans la production de films X. Cependant, ils sont aussi enquêteurs pour la police et cherchent à faire tomber un puissant producteur spécialisé dans cette industrie. Entre thriller et humour, ce film joue avec les genres et sur les différentes réalisations dans une intrigue sous le signe de la luxure. 

Déjà habitué au thriller, Cédric Anger nous avait proposé La prochaine fois je viserai le cœur en 2014 (avec Guillaume Canet encore une fois). Néanmoins, il s’agit ici davantage d’une comédie que d’un véritable thriller et ce, malgré quelques scènes de tension. Mais cela n’empêche nullement le réalisateur d’alterner les genres au sein d’un même long-métrage. Toutefois, il s’avère par moments confus et brouillon.

 

Lumière et audace

Le réalisateur (lors de l’avant-première du film) affirmait avoir voulu traiter d’un sujet audacieux et cela se sent. C’est un sujet qui mérite un traitement particulier car difficile à mettre en scène. Or, dans L’amour est une fête, si un élément est parfaitement sublimé et mis en scène, c’est bien sûr la lumière. On retrouve à la direction de la photographie Thomas Hardmeier, qui a déjà travaillé sur les lumière de Nos Femmes et Yves Saint-Laurent. Deux films où on peut observer toute la maîtrise de ce directeur de la photographie qui, encore une fois, sublime le film avec des lumières travaillées et qui, par ailleurs, détruit le vulgaire. 

Il est essentiel dans un film comme celui-ci, un film sensuel, d’avoir une lumière de grande qualité. De plus, recréer un univers comme celui des années 80 (et en particulier celui de strip-clubs emplis de néons) est un véritable challenge. Tout est sublimé par la lumière, une lumière colorée qui permet de rendre les corps toujours plus beaux. Le réalisateur le disait : il souhaitait avec cette lumière réduire la vulgarité de ce milieu. Grâce à des effets de lumière de grande qualité, Thomas Hardmeier parvient à mettre en place un véritable univers sublimé. Il en est de même pour la gestion des lumières naturelles qui sont très bien gérées. 

L’audace vient aussi de la part de Guillaume Canet et Gilles Lellouche, qui mettent beaucoup de volonté dans leurs rôles respectifs. En particulier Lellouche qui joue aussi le rôle d’un père de famille exaspéré par sa femme et qui ne cherche qu’à la quitter. Un beau duo qui donne de l’énergie au film. Les actrices sont elles aussi excellentes, mais hélas reléguées à des rôles mineurs sauf Caprice, une jeune venue dans le milieu qui séduira Guillaume Canet tout au long du film. 

Les années 80 ou l’extravagance dans tous les domaines y compris l’architecture

Il faut aussi mettre en lumière le travail effectué pour la restitution d’un décor des années 1980. Peu de grands décors factices ont été utilisés mais le travail du réalisateur et de l’équipe technique a surtout été basé sur de petits détails avec une forte démarche de précision. Jouer sur les détails tels que des téléphones, des jouets un peu osés ou autres, rend le film beaucoup plus réaliste. Cependant, le film possède beaucoup de points négatifs qui le rendent par moment pénible à regarder… 

Un film qui veut trop en faire ?

Alors que le film est sublimé par une lumière parfaite, la réalisation pêche par instants. Avec des plans souvent trop rapides et filmés avec de trop grands mouvements, le film est parfois difficile à lire, notamment dans certaines scènes de fête mais cela n’est pas un immense défaut, il s’agit plus d’un détail agaçant. Le film veut surtout en faire trop avec trop d’éléments en même temps et notamment au niveau de la musique. 

La bande-originale de ce film est interminable et il n’y a aucune gestion concrète de la musique. Le réalisateur a avoué vouloir mettre plusieurs morceaux qu’il appréciait et c’est tout à son honneur ,mais le film en contient un trop grand nombre. En voulant ajouter une musique à chaque scène avec les nus, il est évident que le film commence à en abuser et les musiques en deviennent presque lassantes. 

Il en est de même pour les actrices. Elles sont toutes peu connues et cela est très intéressant sur le principe, mais leurs rôles sont quelque peu rabaissant. Les actrices, bien qu’elles soient actrices dans le milieu de la pornographie, sont dépeintes comme des femmes mièvres et stupides qui ne savent rien faire d’autres que simuler l’acte sexuel. Et bien que le milieu où elles évoluent soit un milieu d’hommes stupides qui ne réfléchissent que par le prisme de l’argent et du sexe, elle ne sont pas plus intelligentes et ne sont au final que des objets sans personnalité. Seul le personnage de Caprice est intéressant, mais n’est hélas pas la femme forte que l’on espère voir arriver. Les femmes sont en arrière-plan et cela est assez dommage. Le réalisateur affirme vouloir respecter une forme de réalisme (puisqu’il n’y avait en 1982 aucune femme réalisatrice ou productrice) mais évolue dans un scénario de fiction qui aurait pu être modulé. Le film a été écrit et tourné avant les événements de « Metoo » ou de l’affaire Weinstein et cela explique pourquoi il est si décomplexé. Mais, c’est aussi parce qu’il ne s’agit pas un film sur les mœurs de nos jours mais sur celle d’un monde qui a disparu, un monde haut en couleur où le X faisait peur au gouvernement, ce qui le rend vraiment intéressant à regarder car insolite, coloré et disons le encore une fois, décomplexé.

L’amour est une fête n’est pas la surprise que beaucoup attendaient. C’est un film qui a beaucoup de volonté, d’audace et qui n’a pas peur de parler d’un sujet complexe. Néanmoins, le propos est parfois mal amené et le film semble par moment sans réelle direction. Il n’empêche que la photographie et la lumière sont très soignées. La lumière sublimant les corps et les décors ainsi que la démarche de précision sont très intéressantes et intéresseront à coup sûr le spectateur curieux, malgré les faiblesses du film… 

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