Critique DVD de « The Lobster » de Yorgos Lanthimos

Sorti en catimini l’automne dernier, au milieu des grosses productions estampillées Fox (Seul sur Mars) et Warner (Pan), la bizarrerie animalière et sociale du grec Yorgos Lanthimos, révélation du dernier Festival de Cannes, valait largement qu’on s’y arrête dessus à nouveau, et ce autant pour son ambiance glauque que son message, étonnamment d’actualité.

Homard m’a tué..

Ça commence sous la pluie. Une conductrice, le regard ferme et déterminé, regarde inlassablement au loin. Au détour d’un pâturage peuplé d’ânes, la belle empoigne un fusil et colle une balle à un pauvre âne sans défense. Crime zoophobe ? Pas si sur. Car dans l’univers dystopique et barrée de The Lobster, des suites d’une décision proscrivant le célibat, le lien existant entre l’homme et la bête est ténu. Si ténu même qu’il évalue la différence entre l’homme et l’animal à un délai de 45 jours. Pendant ce laps de temps, l’homme devra, dans un luxueux hôtel du littoral, essayer de trouver l’amour et pouvoir s’afficher en société aux bras de l’être aimé, quitte à s’immerger dans une caste à la fois despotique et austère, qui condamne ouvertement les dernières poches de célibats en les traquant comme le ferait un chasseur sur du gibier. Deux mondes, deux conceptions de l’amour, mais finalement un seul constat : la liberté n’est qu’utopie et mensonge. Et en ça, The Lobster s’affiche comme un grand film, teinté d’une réelle portée. Car passé l’aspect clinquant que sa mise en scène peut inspirer (on lorgne clairement du coté du Wes Anderson avec ce parti-pris stoïque et stylisé), le fond n’en demeure pas moins étonnement grinçant. Sous couvert d’éluder avec la plus vile sauvagerie les dérives de l’amour, le film se fait surtout l’écho d’un sentiment : celui de la lutte.

THE LOBSTER Une lutte menée par Colin Farrel (empoté et bouffi), qui va se retrouver membre pendant un temps de ce système, avant de le fuir et de rejoindre ce qu’il croit être la Résistance. Mais malheureusement, l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin, et le simili amoureux se retrouve dans un univers encourageant les relations sociales mais proscrivant cette fois-ci l’Amour par tous moyens. Un univers ou il va paradoxalement rencontrer l’amour via sa rencontre avec Rachel Weisz, une femme myope, qui donnera de la voix pendant tout le film quitte à habiller certaines images et traduire les tourments dans lesquels évoluent David (Farrell). Des tourments qui le verront se questionner sur l’apparente bizarrerie de son monde tant est si bien que de par son comportement déviant dans l’un comme l’autre des clans ou il apparaîtra, se dégagera probablement le seul vrai message à tirer de cette épopée loufoque, barge et quasi hypnotique : l’amour ne peut se voir apposé de barrière et encore moins de contrôle. Et emballer un regard acerbe sur l’amour et ses dérives, qui plus est dans une enveloppe de film fantastique avec un tel casting, (Colin Farrel, Rachel Weisz, Léa Seydoux, Ben Whishaw, John. C. Reilly), ça a forcément quelque chose de grisant.

Le DVD :

Au vu de son contenu grisant, il est peu dire que l’on en attendait beaucoup des bonus. D’abord pour tenter de voir plus clair dans l’esprit du réalisateur grec et surtout pour tenter de comprendre les origines de cette dystopie somme toute barrée. Manque de pot puisque si le support du film est serti d’une qualité technique assez banale (pas de HD et un son 2.0 et 5.1 sur le DVD), le reste des bonus ne s’avère pas trop fouillé non plus. Ainsi, on pourra compter que sur quelques modules à l’intérêt parfois relatif :

Un entretien de Yorgos Lanthimos de 9 min ou ce dernier explique sans détour que le film ne contient en son sein aucun message. Il est pour l’auteur davantage un moyen de poser des questions sur notre société et notamment questionner l’amour et sa découverte, son maintien et son entretien.

Un entretien en compagnie d’Ariane Labed, comédienne et épouse du réalisateur, qui décrit l’expérience du tournage comme étant instinctive et minimale. En effet, elle ajoute non sans plaisir que le film n’a fait l’objet que de très peu de répétitions, ce qui a conféré au film une certaine maladresse car le scénario, très peu écrit, permettait aux acteurs de s’adonner à leurs personnages sans repères.

Un making-off de 5 min, voyant le casting vanter les louanges de Lanthimos, tous ayant leur petite chose à dire sur le scénario, « froid et aseptisé » selon Colin Farrell, drôle, romantique et noir selon Rachel Weisz.

Le court métrage Necktie, sorti en 2013. Le réalisateur y évoque ici l’un des thèmes fort de The Lobster, à savoir l’absurdité.

Et divers bande annonces dont celle du film, et celle de Alps, de Lanthimos.

 

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2 thoughts on “Critique DVD de « The Lobster » de Yorgos Lanthimos”

  1. Bonjour Takeuchi,

    Ce que nous avons voulu dire par là, c’est que de par le support DVD, l’édition de The Lobster ne présente pas de HD et présente seulement deux pistes audios : l’une étant en 2.0 et l’autre en 5.1. C’est tout.
    Ayant jugé le film sur l’aspect DVD, je ne saurais dire ce qu’il en est des qualités du support Blu-Ray..

  2. « pas de HD et un son 2.0 et 5.1 sur le DVD »
    Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Le film étant également sorti en blu-ray, on ne comprend pas trop.

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