Critique « Okja » de Joon-Ho Bong : Une touchante fresque écologique signée Netflix

Critique « Okja » de Joon-Ho Bong : Une touchante fresque écologique signée Netflix

Critique « Okja » de Joon-Ho Bong : Une touchante fresque écologique signée Netflix

Réalisation

Scénario

Casting

Summary:
Une fresque écologique de toute beauté

77%

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Okja, présenté lors du dernier festival de Cannes en compétition officielle, n’a pas fait l’unanimité auprès des membres du jury présidés par Pedro Almodovar. La raison ? Okja est entièrement produit par Netflix. Et le cinéaste espagnol, adepte de la vieille école, estimait que le long-métrage n’avait pas la même légitimité que les films sortis en salles. Mis à part ce petit désaccord de perspectives, que vaut le film de Joon-Ho Bong porté par Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal et Paul Dano ? Cette oeuvre raconte les péripéties d’une jeune fille qui élève un super cochon (Okja) doué de conscience et d’intelligence pour les besoins d’une grande entreprise. Cette corporation, dirigée par le personnage de Tilda Swinton, cherche à se donner une bonne image en élevant certains de ces supers cochons en pleine nature. Un coup de communication pour se débarrasser d’une image négative dont souffre cette multinationale. Si nous vous en avions déjà fait une petite critique lors du Festival de Cannes, voici un retour plus approfondi sur l’oeuvre de Netflix

Une fresque écologique 

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Okja est une œuvre pleinement écologique. Le cinéaste cherche clairement à mettre en avant une société de consommation de masse, une société qui prend à la nature sans le moindre respect, une société qui se nourrit d’êtres vivants doués de conscience, pourtant élevés dans le seul but d’être dévorés. Joon-Ho Bong va encore plus loin. Il dote les cochons de sens supers développés, d’une intelligence remarquable et d’une conscience identique à celle d’un être humain. Ces supers-cochons sont capables de sentir les émotions des hommes, de raisonner, et d’agir selon leur conscience.

Joon-Ho Bong cherche à mettre mal à l’aise son spectateur en le confrontant à une réalité qui ne choque plus personne : l’exploitation de masse d’êtres vivants élevés dans des conditions précaires et décadentes. Okja fait écho à la manière dont nos multinationales traitent les animaux, la façon dont ceux-ci sont abattus à la chaîne. Joon-Ho Bong cherche à créer l’empathie en dotant l’animal d’une véritable conscience. La dimension fantastique devient le triste écho d’une réalité économique qui domine tous les autres enjeux. « Business is business » comme dirait le personnage de Tilda Swinton, chef d’entreprise et entrepreneur sans cœur. Joon-Ho Bong démontre à quel point notre société de consommation nous fait perdre toute humanité. Il met en exergue la façon dont l’être humain dilapide ses ressources, ses biens et ses êtres vivants, le tout pour être raccord avec la majoration économique.

Une réalisation pluriculturelle

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Le cinéaste confronte la campagne japonaise, calme et paisible, où l’amitié grandit entre le super cochon et une jeune fille, à l’excentricité des Etats Unis. Ainsi s’opposent deux mondes : la tranquillité extra-urbaine et la culture asiatique face à l’effervescence américaine. De même, Joon-Ho Bong mélange les genres en incorporant des ressorts dramatiques, mais également des apartés comiques et quelques scènes d’action bien senties.

Avec ce sujet social et politique, Joon-Ho Bong offre une réalisation hétérogène, marquée par un style asiatique composé de plans fixes, d’images lancinantes, d’une texture d’image détaillée et d’un rythme lent où le spectateur peut s’attacher à Okja et à la petite Mija. Vient ensuite une réalisation retranscrivant la folie américaine. Joon-Ho Bong accélère son rythme, accélère ses plans, la mise en scène devient plus vive. Il oppose deux cultures grâce à ses choix de mise en scène. Un monde où le respect de l’être vivant domine, un monde où l’Homme ne prend que ce dont il a besoin à la nature et la protège des maux face à un monde où la société de consommation a entraîné un travail à la chaîne et où l’animal n’est qu’une denrée alimentaire.

Le casting est impressionnant. Seo-Hyun Ahn apporte une subtile sensibilité dans une approche non dénuée d’émotivité mais qui ne tombe jamais dans le pathos. Tilda Swinton offre une fois de plus un rôle haut en couleur et interprète deux personnages dans le même film. Elle est fraîche, talentueuse et donne une véritable épaisseur à cette chef d’entreprise. Paul Dano offre un personnage de défenseur des animaux radical. Enfin Jake Gyllenhaal interprète un looser détestable, à la recherche de célébrité et de profit.

Okja n’est pas particulièrement novateur dans son sujet, mais le traitement pertinent et touchant, le mélange des cultures et des genres et le casting parfait en font un objet de divertissement de premier ordre doublé d’un message politique et social impactant. Drôle, émouvant, impressionnant, et au dosage parfait, la réalisation oscillant entre l’effervescence américaine et le calme asiatique en fait un oeuvre à découvrir. 

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