Critique « I Don’t Feel at Home in This World Anymore » (Netflix) : un thriller absurde en demi-teinte

Critique « I Don’t Feel at Home in This World Anymore » (Netflix) : un thriller absurde en demi-teinte

Critique « I Don’t Feel at Home in This World Anymore » (Netflix) : un thriller absurde en demi-teinte

Réalisation

Scénario

Photographie

Acteurs

Summary:
Lorsque Ruth se fait cambrioler, elle décide avec l'aide de Tony de retrouver l'auteur de cet acte. Un film aux airs de Frères Coen, empli d'un adorable humour noir et de bonnes intentions, mais qui échoue à trouver une véritable saveur.

63%

Sous-exploité

Grand gagnant du Sundance 2017, I Don’t Feel at Home in This World Anymore de Macon Blair (notamment remarqué pour son rôle dans Blue Ruin) se présente comme un thriller dépressif et termine en pétage de plomb sanglant. Un film aux airs de frères Coen, empli d’un adorable humour noir et de bonnes intentions, mais qui échoue à trouver une véritable saveur.

Ruth (Melanie Lynskey) mène une vie tranquille jusqu’au jour où elle se fait cambrioler ; elle embarque alors son voisin Tony (Elijah Wood) pour retrouver l’auteur de cette effraction. Dans un rythme effréné et un suspens assez bien dosé, les deux compagnons vont faire face à une galerie de portraits tous plus absurdes les uns que les autres, plus ou moins bien interprétés par les différents acteurs. Tous ces personnages forment ainsi un groupe assez hétérogène, entre la vision que Ruth en a et leurs véritables actes ; à travers un filtre dépressif assumé, le film présente des personnalités bien souvent extravagantes, auxquelles le spectateur aura du mal à s’attacher, et encore moins à s’identifier. Chaque personnage accepte l’absurdité de ce monde, ne s’interroge pas plus que ça sur les tenants d’une telle société ; la caméra les suit tant bien que mal, entre plans très courts et rythmés et moments de répit bien mérités. 

Dès cette apparition de l’absurde, puis plus tard de la violence, on sent la grande influence du cinéma des frères Coen, mais au-delà d’une imitation assez simpliste, le film peine à dépasser ce modèle original, pour réellement réinventer le genre si bien maîtrisé par les deux réalisateurs. L’humour noir est ici finalement assez léger (tout comme le pétage de plomb de Ruth), et s’arrête à un juste milieu bancal, qui ne suit pas sa lancée. Il en va de même pour tout le scénario qui, sous fond de critique assez banale de la société, a du mal à réellement s’affirmer. Il nous manque cette fascination morbide et ces jeux de non-dits qui font tout l’intérêt de ce genre de film. On pourra noter cependant le très bon dernier quart-d’heure, où le réalisateur parvient enfin à se libérer d’un ton trop sage, pour finir dans un bain de sang assez bien conçu.

Un des éléments qui sauve le film de ce manque de charme, c’est la présence du personnage de Tony, très bien interprété par Elijah Wood. Personnage le plus achevé et attachant du film, Tony est ce mec un peu étrange au premier abord, mais qui se révèle être cet homme profondément altruiste. En plus de soutenir le personnage de Ruth, il redonne une véritable lueur d’espoir dans ce paysage déprimant.

Mais le spectateur demeure face à une lourde question tout au long de I Don’t Feel at Home in This World Anymore : comment aborder et ressentir ce film ? Comme une satire de la société et de ses travers ? Ou comme un divertissement finalement très informel et plutôt humoristique ? Le scénario du film, comme en demi-teinte, ne permet pas de réellement répondre à cette question. Le film ne semble prendre aucun parti, prônant à la fois la satire et le divertissement. 

La photographie du film quant à elle oscille entre prises de risques dignes d’un film de genre (avec parfois de très beaux hors-champ bien maîtrisés, qui donnent un réel charme au suspens) et prises de vues banales peu intéressantes. Tout comme le scénario, l’image est hésitante, et n’ose pas prendre la place qu’elle devrait. On en attendait un peu plus après cette affiche qui pour le coup est pleine de charme.

Avec I Don’t Feel at Home in This World Anymore, Netflix prend un risque en produisant une création originale qui sort du lot, mais à force de s’inspirer des plus grands du genre, que le film ne dépasse jamais, on se rend vite compte que le tout manque de matière. Un divertissement pas désagréable, mais un thriller un peu fade. 

Bande annonce I Don’t Feel at Home in This World Anymore :

 

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