Critique de « La nouvelle guerre des boutons ».

Critique de « La nouvelle guerre des boutons ».

Il y a de cela 10 jours, mon frère et moi décidions d’assister à l’avant-première de la « guerre des boutons », de Yann Samuell. Je dois admettre que je n’étais pas au courant, encore quelques jours auparavant, qu’une autre version, « la nouvelle guerre des boutons », était censée sortir juste une semaine après celle-ci. Ce fut une surprise, je dois l’avouer, et la question que je me suis posée à ce moment, comme je pense la plupart d’entre vous, est pourquoi ? Et comment ? Comment ont-ils pu prévoir de sortir une adaptation de la « guerre des boutons » , roman vieux de près de 100 ans, la même année, à une semaine d’intervalle ?  A vrai dire, je n’ai pas plus la réponse à cette question aujourd’hui qu’il y a deux semaines. Ce que je sais par contre, c’est que Christophe Barratier et Yann Samuell ne se sont pas consultés pour la réalisation de leurs deux longs métrages. Vous comprendrez très rapidement pourquoi à la lecture des lignes qui vont suivre. Mais ne m’en voulez pas si je concentre avant tout cet article sur la réalisation de Christophe Barratier. Après tout, nous vous avons déjà fait part il y a une semaine de ce que nous pensions de celle de Yann Samuell.

Aller voir un film de Christophe Barratier, c’est un peu comme prendre un aller direct vers la France des années 1930 à 1950. Après « les Choristes » et « Faubourg 36 », qui tous deux connurent un franc succès auprès des spectateurs, Barratier a décidé de s’attaquer cette fois à un classique de la littérature française.

Est-il nécessaire de vous conter le scénario de la guerre des boutons?

Qui aujourd’hui ne sait pas que le roman de Louis Pergaut nous retrace l’histoire d’une guerre opposant les jeunes garçons des villages voisins, Longevernes et Velrans ? Oui mais non, « la nouvelle guerre des boutons », ce n’est pas « la guerre des boutons » telle qu’on la connait. Ou du moins ce n’est pas seulement ça. Barratier a quelque peu redéfini les limites, le contexte et l’environnement de cette guéguerre. Quand  « la guerre des boutons » d’Yves Robert se déroulait à une époque contemporaine à la sienne, les années 60,  Barratier décidait lui de transposer la sienne au beau milieu de la seconde guerre mondiale. C’est alors une guerre à coups de bâtons, une guerre enfantine diront certains, mais malgré tout violente, où la pitié n’a pas sa place, que se mèneront les garçons des deux villages ennemis, et ce, alors que l’Allemagne nazie est belle et bien présente. Alors que la guerre de ces petits hommes n’a de cesse arrive Violette, une charmante jeune fille qui fera battre le cœur de Lebrac, chef des Longevernes.

Le casting:

Barratier n’a pas pris de risque concernant le casting des personnages « adultes » du film. Fidèle à lui-même, il a choisi de faire appel à Gérard Jugnot et Kad Mérad. Et bien que leurs rôles  dans le film n’occupent pas une place de premier plan, tous deux n’en sont pas moins très bons, comme à leur habitude, dans les scènes qui leurs ont été confiées. Kad Mérad joue le rôle peu présent, mais pas moins difficile du père de Lebrac, qui voit en lui un « lâche », seulement capable de faire pousser des « patates », mais incapable de prendre les armes pour protéger son propre pays. C’est dans un contexte tendu que Lebrac rentre chez lui chaque soir, positionnant les ondes de la radio sur la BBC, regrettant de ne pouvoir lui-même faire quoi que ce soit pour son pays, et par-dessus tout, l’attitude passive de son père face à la guerre.

Les deux autres rôles principaux des personnages « adultes » sont interprétés par Guillaume Canet et  et Laetitia Casta. Guillaume Canet, en instituteur des garcons de Longevernes, ça fonctionne très bien. Il est sans nul doute l’ adulte le plus présent tout au long du film. Difficile d’être professeur en ce contexte de seconde guerre mondiale. Celui-ci tente malgré tout d’inculquer des valeurs importantes à ses élèves, celles du respect et de l’acceptation de l’autre. Ce n’est plus seulement un rôle de professeur, mais un rôle de grand frère qu’il joue alors. Cela se dénote à de nombreuses reprises à travers le film, dans la manière dont il les regarde, mais aussi dont il s’adresse à eux. Et c’est en cela que Guillaume Canet joue son rôle avec brio et naturel, comme s’il était bel et bien ancré dans cette époque, attristé par la cruauté de l’homme, révolté contre la « gestapo », ces bourreaux.

Leatitia Casta joue quant à elle le rôle de « Madame Simone », un personnage créé par Barratier expressément pour ce film. Alors qu’elle avait quitté le village plusieurs années auparavant, pour travailler dans une boutique parisienne de luxe, Simone se voit dans l’obligation de revenir à ses racines quand l’une de ses clientes, d’origine juive, lui confie sa fille Violette, et lui demande de l’emmener loin de Paris, où la situation devient trop dangereuse pour la communauté juive. Toujours aussi ravissante, Laetitia Casta joue bien et se sert à bon escient de son charme si particulier à la française. La scène où elle descend un petit chemin de pavés, assise sur son vélo tandis que ses cheveux longs dansent au rythme du vent, m’aura esquissé un sourire. Même si celle-ci fait très cliché, difficile de ne pas tomber sous son charme.

Qu’en est-il maintenant des rôles des enfants ?

En premier lieu, je m’intéresserai au rôle de Lebrac, interprété par Jean Texier. Pour jouer le rôle du chef des Longevernes, il faut du caractère et du charisme, malgré le jeune âge. Oui, Jean Texier en a, du caractère, et sa balafre au visage rajoute du punch à son personnage. Un rôle de chef où l’honneur, le respect, l’amitié et la liberté sont autant de valeurs qu’il cherche à défendre. Jean Texier parvient d’une manière « correcte » à incarner ce rôle à la fois d’un jeune homme qui se veut froid et révolté mais qui est prêt à tout pour venir en aide à ses amis. « Correcte » car il manque malgré tout quelque chose, et ce quelque chose, c’est le « charisme ».

Le rôle si particulier du « Petit Gibus » est quant à lui interprété par le tout jeune Clément Godefroy. Mis à part quelques scènes tout à fait rigolotes, notamment celle en compagnie de Gérard Jugnot, absolument rafraîchissante de simplicité et de naturel,  lorsque ce dernier lui fait goûter à l’eau de vie, force est de constater que les fameuses frasques qui ont fait du « tigibus » ce personnage culte dans sa première version ne sont aucunement égalées dans celle-ci. Christophe Barratier disait dans une interview, « on ne joue pas le rôle de Tigibus, on l’est, ou on ne l’est pas ». Malheureusement, le jeune Clément Godefroy ne l’est pas.

Enfin, le dernier rôle d’enfant dont je vais parler est celui de  Violette. Un rôle une fois encore créé par Christophe Barratier pour coller au contexte de la seconde guerre. La jeune Ilona Bachelier qui a été choisie pour jouer celui-ci fut pour moi la meilleure interprétatrice parmi les enfants. Agée de seulement 14 ans, on se surprendrait à croire par moments qu’il s’agit déjà là d’une femme. Son sourire, ses expressions du visage et sa manière de s’exprimer lui donnent un charme incontestable. Simplicité et naturel, bref, tout ce que l’on demande à un acteur, Ilona Bachelier les incarne parfaitement.

Venons-en maintenant à la réalisation même du film. Car à mon sens, le véritable succès de ce dernier réside en celle-ci. Placer « la guerre des boutons » en 1944, c’était un risque osé que Christophe Barratier n’a pas hésité à prendre. On comprend tout de suite que l’histoire de la « guerre des boutons » ne s’attachera pas simplement à la rivalité entre les jeunes gens des deux villages, mais également au contexte de guerre. Même si les allemands ne sont présents qu’une seule fois dans le film, Barratier parvient à nous faire ressentir leur présence tout au long de celui-ci. L’histoire ne se concentre plus dès lors que sur la guerre qui anime les enfants des deux villages. Les adultes sont eux concernés par une guerre avec un enjeu tout autre, et cela, les enfants vont le comprendre au fur et à mesure. La « guerre des boutons » en 1944, c’est toute l’histoire qui change finalement. Pari osé, oui, mais pari réussi.

Barratier a  surtout réalisé un travail remarquable au niveau de la photographie. Il est en effet parvenu à donner une image absolument magnifique de l’Auvergne. Les prises de vue à certaines séquences du film nous émerveillent, de par les paysages ou encore les couchers de soleil. Mais parvenir à faire ressentir des émotions aux téléspectateurs simplement par de belles images n’est pas facile. Alors, pour l’aider dans cette tâche, Barratier s’est attaché les services du compositeur Philippe Rombi. Et le résultat est tout simplement renversant.

Maintenant, la question qui se pose est celle-ci : « quelle nouvelle guerre des boutons aller voir ? »

Ce que je retiendrais avant tout de « la nouvelle guerre des boutons », c’est sa merveilleuse photographie, son excellente bande-son et le contexte de la seconde guerre mondiale utilisé par Barratier pour planter les décors de son film. Ces différents éléments réunis en sont assurément les meilleurs, ainsi que les interprétations de Guillaume Canet et Ilona Bachelier. Mais il manque comme une pointe de saveur, celle qui fît le succès du film D’Yves Robert. Ce brin de saveur, c’est les interprétations des enfants. Ce qu’ Yves Samuell est parvenu à faire dans sa version de la « guerre des boutons », Barratier, lui, n’y est pas arrivé. Le petit Gibus ne nous fait que peu sourire et le personnage de Lebrac quant à lui ne parvient pas à nous donner l’envie de nous battre à ces côtés. Si je m’attarde particulièrement sur ces deux personnages, c’est parce que je les ai trouvés très bon dans la version de Yann Samuell, où l’on a presque retrouvé le petit Gibus de la première version, et où Lebrac était un personnage beaucoup plus attachant, plus vrai.

Ainsi, pour ceux qui ont envie de sourire, pleurer et revivre d’une certaine manière la guerre des bouton de 1961, je vous conseillerai la version qui est parvenue à me faire ressentir cela, à savoir celle de Yann Samuell. J’étais alors ressorti de la salle comme lorsque je sors d’un diner préparé par ma mère, absolument enchanté. Hier, après « la nouvelle guerre des boutons »,  je suis ressorti de la salle comme lorsque l’on sort d’un modeste restaurant, le dîner fut bon, ni plus ni moins…

Matthieu .D

3 Comments on this Post

  1. bridard tatiana

    je trouve que le film est super bien!!
    je trouve que jean texier(lebrac)est super beau (j’aimerais avoir son adresse!!!

    Répondre

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.