Critique de « Invasion » de Kiyoshi Kurosawa : Un brillant minimalisme

Critique de « Invasion » de Kiyoshi Kurosawa : Un brillant minimalisme

Critique de « Invasion » de Kiyoshi Kurosawa : Un brillant minimalisme

Réalisation

Acteurs

Scénario

Photographie

Summary:
Etsuko découvre peu à peu que des extraterrestres envahissent la Terre en volant les concepts humains. Invasion est un film d'une grande qualité avec une réalisation de qualité et un style unique. Assurément la très bonne surprise de cette semaine !

75%

Un film intelligent à la forme simple mais terriblement efficace.

Le cinéma japonais est une chance pour nous autres spectateurs. Hélas trop peu distribué en France, le Japon est pourtant une source intarissable de réalisateurs et de films exceptionnels. Bien sûr, les plus connus comme Akira Kurosawa (Les Sept Samouraïs, Le Château de l’araignée) ou encore Hayao Miyazaki pour l’animation ont su traverser les époques et s’exporter massivement à l’international. Néanmoins, il est aujourd’hui difficile de pouvoir voir un film japonais en salle (hors animation qui a beaucoup plus de facilité grâce au succès du manga en France). Problème de distribution peut-être. Quoi qu’il en soit, nous vous proposons de découvrir cette semaine Invasion, un film de Kiyoshi Kurosawa qui, soyez en certains, vous intriguera… 

Invasion raconte l’histoire d’Etsuko, une jeune femme travaillant dans une usine de textile. Suite au changement brutal de comportement de son mari ainsi que d’une partie de son entourage, elle suspecte une invasion extraterrestre organisée par Makabe, le nouveau collègue de son mari. Entre thriller et film de science-fiction, Invasion est la très bonne surprise de cette semaine. Réalisé par Kiyoshi Kurosawa, ce réalisateur ne vous dit certainement rien mais il est pourtant un réalisateur ambitieux et acclamé de l’autre côté du globe. Symbole du renouveau du cinéma japonais, Kurosawa (qui n’a, par ailleurs, aucun lien avec Akira Kurosawa) est un réalisateur dont les travaux arrivent peu à peu chez nous. Il s’était notamment fait remarquer à Cannes l’an passé avec son film Avant que nous disparaissions. Un cinéaste à découvrir donc et qui vous fera, soyez en certains, découvrir un style nouveau qui, finalement, repose principalement sur l’imaginaire. 

Un style minimaliste au service d’un scénario simple mais brillant 

Invasion se caractérise par un style particulier utilisé par le réalisateur : la SF minimaliste. Totalement opposé au style américain (avec beaucoup d’effets spéciaux, d’explosions etc.), Invasion est un film où vous ne verrez ni vaisseau spatial, ni envahisseurs à l’allure étrange. Ici, les extraterrestres prennent la forme d’humains renforçant ainsi la peur du spectateur qui ne sait pas à qui se fier et qui ne voit pas d’où peut arriver le danger. On se demande donc presque combien a coûté le film…

Ainsi, pas d’effets spéciaux extravagants et une musique peu présente mais brillamment utilisée. Une bande-originale simple avec des morceaux parfois oppressants qui sont parfaitement en accord avec le ton du film et des différentes scènes. On est pris dans une tension complète qui s’accompagne très bien avec ce minimalisme unique. Un style intelligent qui réveille en nous une angoisse mais qui démontre surtout qu’il est possible de réaliser un excellent film d’anticipation, de science-fiction avec un minimum de matériel.

Cette tension se sent tout au long du film qui est appuyé sur un scénario qui, bien que simple, est en fait plus profond et plus large que ce que le spectateur peut imaginer. En effet, si les extraterrestres envahissent la Terre, c’est pour voler les concepts des Hommes. En volant ces concepts, ils entament une collection et apprennent à connaitre les êtres qu’ils vont peu à peu faire disparaitre. Et bien que cela semble étrange, c’est en fait une idée brillante de la part du réalisateur. Il définit ainsi l’humain, il le catégorise et nous rappelle que nous sommes ce que nous sommes par rapport à nos concepts, nos valeurs et comment nous interprétons certains thèmes (la peur, la mort, l’amour…). Au final, les envahisseurs veulent prendre ce qui fait notre humanité. Et si l’on se penche davantage sur ce propos, on peut aisément faire un rapprochement avec la situation complexe que vit actuellement le Japon.

L’intelligence du réalisateur

Faisant face à la Corée du Nord de plus en plus dangereuse et envahissante, le Japon doit faire face et défendre ses valeurs. A la manière du film L’invasion des profanateurs de sépultures de 1956 qui représentait les communistes comme des envahisseurs « progressifs », nous pouvons ici aussi faire des rapprochements avec la situation du Japon. Cela est davantage visible avec des répliques du film des personnages face à eux-mêmes et ne sachant plus à qui faire confiance mais surtout qu’il faut résister face à un ennemi qui attaque nos idéaux. 

Quand au style du long-montrage, il est très épuré et encore une fois en accord avec la musique. Un univers sombre et grisâtre qui fait d’ailleurs très bien ressortir les différents décors du film. Mais il semblerait bien qu’un traitement des couleurs ait été effectué pour assombrir davantage l’atmosphère de l’oeuvre avec un ensemble gris mais pas terne, plutôt sombre et teinté de mystère. Il en est de même pour les lumières toujours très intelligentes, très réfléchies et qui, par moment, permettent de détacher le vrai du faux parmi la population. Enfin, concernant la forme, il semblerait (information à vérifier dans le making-of certainement) que le film ait été tourné en caméra pellicule, donnant à l’image un grain unique. Un grain utilisé habilement dans certaines scènes accompagnées de flash d’informations pour donner un aspect de « fin du monde » à ces scènes. C’est pour ces mille raisons que le film est brillant aussi bien que par sa forme et par son fond. Il est politique mais ne néglige pas son image créant à la fois un film puissant et réfléchi ! 

Au final, Invasion ne pêche que dans sa longueur. Le film semble s’éterniser par moment, créant certes de la tension mais pouvant aussi perdre le spectateur. Malgré ce léger point négatif, c’est un film qui est brillant par énormément d’aspects. Les acteurs sont d’ailleurs tous très bons mais le film se détache surtout pour sa réalisation, certes, simple mais d’une intelligence rare et qui rappelle que le Japon est un pays de cinéma et un des plus grands. En rappelant parfois le style de Kore-Eda Hirozaku (Après la Tempête, Tel Père Tel Fils), Kiyoshi Kurosawa nous charme et nous fascine grâce à un style sobre mais brillant et un scénario brillant pour une oeuvre qui, espérons-le, trouvera son public en France. Un film donc à découvrir et à redécouvrir tant il est complet et brillant !

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