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Critique “Adieu Berthe”

On ne peut ignorer l’importance de la fratrie Podalydès dans le P.C.F. (« paysage cinématographique français », non ils ne sont pas communistes ). L’un, Denis, est sans doute l’un des grands plus grands acteurs français, que ce soit au théâtre ou au cinéma. L’autre, Bruno, est l’un des réalisateurs les plus fantaisistes et burlesques depuis Alain Resnais et Pierre Étaix. Leur trilogie versaillaise commencée en 1992 avec Versailles rive gauche et close avec Dieu seul me voit en 1998 a révélé au grand public un cinéma atypique et une bande d’acteurs fidèles : Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté ou encore Michel Vuillermoz. Après deux adaptations des aventures de Rouletabille, et une comédie inégale réunissant l’un des plus gros castings français Bancs publics, les Podalydès reviennent avec une comédie plus intimiste et grinçante : Adieu Berthe.


Armand, pharmacien et magicien à ses heures perdues, est en pleine séparation avec sa femme et cache sa nouvelle petite amie Alix (étonnante Valérie Lemercier). C’est le moment que choisit Berthe, la grand-mère d’Armand pour mourir. Ce dernier doit alors s’occuper de l’enterrement de son aïeule qu’il avait délaissée.

Le film mélange avec subtilité les différents deuils qui s’imposent à l’être humain : que ce soit le deuil de la grand-mère, vieille femme laissée à l’abandon dans une maison de retraite, ou le deuil d’une relation amoureuse qui peut être longue et pénible quand il ne s’agit que de sentiments émoussés. Armand est un grand enfant ne sachant prendre ses responsabilités et vadrouillant dans sa ville en trottinette électrique, quand il ne joue pas à cache-cache dans son officine. Il fuit la confrontation avec les deux femmes de sa vie pour découvrir qui était sa grand-mère et prendre conscience tardivement qu’elle aussi fut une femme jeune, passionnée et amoureuse. Jamais le film ne tombe dans le sentimentalisme primaire et opte pour une mélancolie douce, amorcée par des situations loufoques comme la visite de pompes funèbres High-Tech, offrant des mouchoirs taille XXL ou des urnes funéraires en forme de thermos à café… Hormis les apparitions de Vuillermoz ou de Bruno Podalydès (trop rare devant la caméra et fort d’un potentiel comique sous exploité), Valérie Lemercier trouve ici un rôle différent d’amante quadragénaire, devant elle aussi gérer une séparation et courant après son A(r)mand indécis. Elle révèle une nature sincère et une beauté qu’on ne lui soupçonnait guère dans ses autres rôles caricaturaux. Malgré quelques longueurs, Adieu Berthe se regarde avec délectation et pose une réflexion sur un sujet peu glamour mais qui, je vous en fais le pari, vous restera en tête un petit moment.

Philistin Mignou

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