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      Critique « Blackkklansman » de Spike Lee : drôle, fort et parfaitement maîtrisé

      Après sa décevante relecture de Old Boy, Spike Lee revient avec des thématiques qu’il connaît sur le bout des doigts : la situation des afro-américains. Pour l’occasion il réunit Adam Driver et le fils de Denzel Washington dans un buddy movie historique drôle et emplie de véracité : Blackkklansman

      Spike Lee plus impartial ?

      Généralement, Spike Lee n’a pas la langue dans sa poche et prend directement parti du côté de l’Homme noir. Il est très fier de ses origines ainsi que de sa couleur de peau et le dit fièrement à travers ses films. Bien souvent, le noir est le gentil et le blanc le méchant, sans autre forme de procès. Do the right thing peu en attester. Il ira même jusqu’à accuser Quentin Tarantino de racisme à cause de ses combats d’esclaves dans Django Unchained. Bref, Spike Lee ne rigole pas. Mais pourtant, cette fois, il semble plus impartial qu’à son habitude. Spike Lee oppose les doctrines, les peuples et les visions des choses. Bien évidemment il rappelle comment ses frères de peau ont été déconsidérés, maltraités dans le monde professionnel et décide de raconter cette histoire inspirée de faits réelles d’un flic noir, dans une police 100% blanche, qui va tenter d’infiltrer le Klux Klux Klan. L’approche est ironique concernant ce policier noir qui déambule et doit se faire une place au milieu d’une police raciste.

      Pourtant cette fois ses propos sont plus mesurés, moins violents, plus assagis lorsqu’il oppose la doctrine du KKK à celle des Black Panthers. Son personnage, parfaitement interprété par Washington, incarne l’impartialité. Il tente de faire bouger les choses par la non-violence, par la justice, comme un super-héros des temps modernes pendant qu’autour de lui les extrêmes s’organisent, prêts à se lancer dans une guerre raciale. Spike Lee a rarement été aussi impartial en opposant ces deux organisations aux buts diamétralement opposés, mais aux techniques violentes très proches. Il oppose cet endoctrinement d’un côté ou de l’autre grâce à des tribuns convaincants. Il oppose ces deux combats menés par la violence. Il oppose le KKK et les Black Panthers et les rapproches grâce à son montage intelligent : la violence entraîne la violence, quel que soit le leader qui la prêche. Blackkklansman raconte cette situation, ces individus endoctrinés dans une secte d’un côté ou de l’autre, il raconte ce contexte tendu, avec ce personnage, fort et impartial, qui tente de prêcher la justice avec non-violence. Avec un apport parfois très humoristique, Spike Lee revient sur tout un pan de l’Amérique, jusqu’à ce dernier plan, renversant, de ce drapeau américain qui se flétri.

      Une mise en scène allégée

      Pourtant, malgré son sujet grave et sérieux, Spike Lee choisit une approche humoristique. Le film a ses enjeux dramatiques, mais ne tombe jamais dans le pathos ou la surenchère et se contente d’avoir une approche légère du sujet. Les personnages sont drôles, buddy movie en puissance entre Washington et l’excellent Adam Driver. Les situations valent le détour lorsque Spike Lee se fout ouvertement de la gueule des blancs. Blackkklansman procure son lot de rire et de fascination devant cette approche mi-comique, mi-dramatique.

      Avec cette approche, Spike Lee cherche a toucher un public large, pour convertir le plus de gens à sa cause, pour parler d’un sujet grave à un maximum de personnes. Blackkklansman est réussi en tous points : une mise en scène rythmée et efficace, un duo d’acteurs renversant, une qualité d’image travaillée avec un grain d’époque, une photographie superbe et surtout un montage parfaitement maitrisé. Le long-métrage est drôle et édifiant de véracité par rapport à l’histoire qu’il veut raconter. Comme avec Do the right thing, Spike Lee préfère avoir un regard ironique et virulent plutôt que de traiter son histoire avec des larmes et du pathos. Le sourire malicieux au coin des lèvres, le cinéaste raconte son histoire, tacle l’Amérique de Trump au passage et offre une fois de plus une œuvre qui défend la condition des noirs face à l’hégémonie blanche. Bravo Spike Lee.

      Blackkklansman est un film parfaitement maîtrisé. Une mise en scène rythmé, un style drôle et ironique, pour un sujet au contexte social très fort. Spike Lee frappe très juste avec cette approche comique d’un sujet aussi dramatique.

      Bande-annonce de Blackkklansman

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