Critique « A Ciambra » de Jonas Carpignano: l’exploration d’une réalité complexe

Critique « A Ciambra » de Jonas Carpignano: l’exploration d’une réalité complexe

Note

Critique « A Ciambra » de Jonas Carpignano: l’exploration d’une réalité complexe

Réalisation

Casting

Scénario

Summary:
Comment ne pas succomber aux yeux si profonds de Pio ? A Ciambra n'est pas là pour nous donner de l'espoir ni montrer qu'il n'y a pas d'issue. La réalité est sans scrupule mais tendre.

77%

Touchant

A Ciambra, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2017, montre une réalité de la famille Amato de la ville Gioia Tauro, au sud de l’Italie. Le spectateur s’infiltre au sein d’une communauté Rom qui lui fait oublier les règles sociétales par lesquelles il jure en-dehors de la salle de cinéma.

 

De la tendresse dans la violence

Le père et le frère de Pio Amato, 14 ans, se font embarquer par la police. A partir de ce moment-là, l’adolescent prend la responsabilité de sa famille. Personne ne le lui impose, mais il est ado et il veut jouer dans la cour des grands: suivre les pas de son grand-frère et piquer des voitures. Pas encore soumis aux ordres de la mafia, il essaye de s’improviser son propre chemin. Il est malin, audacieux et touchant. Il parvient à se faire une place aux côtés des différents microcosmes qui habitent cette ville de Calabre – les Roms et les immigrés africains. C’est cette polyvalence qui sera d’ailleurs au cœur de la plus lourde décision qu’il aura à faire (no spoil). Pio dégage une sincérité électrique, on ne voit que lui à l’écran (même si les autres personnages sont tout aussi entiers, surtout Ayiva, l’immigré de Burkina Faso, protagoniste de Mediterranea, et protecteur de Pio en l’absence de son grand-frère).

Il faut complètement s’adonner à cet univers, autrement on ne pourrait pas comprendre les mécanismes qui travaillent cette société. Car ce film n’est pas fait pour choquer. C’est une dramatisation du quotidien, certes. Mais ce n’est pas aux gosses qui ont la clope au bec et qui s’insultent entre eux qu’il faut accorder toute l’attention, la réalité est bien plus complexe. Jonas Carpignano réussit à humaniser les mauvais choix, à démontrer que les bonnes (et vraies) personnes sont souvent confrontées à des décisions impossibles, et que ça ne fait pas d’elles des mauvaises personnes pour autant.

 

 

Un témoignage dramatisé

Les acteurs sont non-professionnels, la famille Amato existe vraiment, de même pour Pio et pour la haine des Roms contre les africains. Ce deuxième long-métrage du cinéaste italo-américain est la version retravaillée de son court-métrage A Ciambra de 2014. Il assure que ses films sont « aussi proches que possible de leurs vies [des personnages] et de leurs expériences, tout en conservant une structure dramatique ». Et cela se voit. A cheval entre le documentaire et le polar, le film reflète (volontairement ou pas) l’entre-deux de Pio, qui est entre deux générations. La caméra nerveuse mimique chacun de ses mouvements, le suit et le montre de dos dans ses déplacements. Les protagonistes ne sont pas observés, la caméra vit réellement à leurs côtés.

Carpignano a décidé d’ajouter une touche d’irréel dans l’intime du quotidien. On voit, à travers les yeux de Pio, son grand-père et son cheval. C’est de cette manière que la connexion entre le présent de la communauté Rom et leur passé nomade est établie. Cela permet de montrer le lien paradoxal entre un attachement aux valeurs familiales et une soumission à la société de consommation moderne. On retrouve aussi cette réalité dans la bande son. Celle-ci oscille délicieusement entre des compositions originales et de la musique populaire.

Bonus : Martin Scorsese est l’un des producteurs.

 

Hors de sa zone de confort, le spectateur est confronté à l’exploration d’un héritage déchirant, mêlant tendresse et violence, claustrophobie et liberté, mirage et réalité, chaleur humaine et brutalité de la vie. En bref, un hommage brut à un quotidien aux yeux perçants.

Bande-annonce – A Ciambra

 

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