Critique « A Beautiful Day » de Lynne Ramsay : un thriller brutal et violent

Critique « A Beautiful Day » de Lynne Ramsay : un thriller brutal et violent

Critique « A Beautiful Day » de Lynne Ramsay : un thriller brutal et violent

Réalisation

Casting

Scénario

Relation paternelle

Summary:
La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence...

78%

Bon

Quelques mois après Cannes et la sensation que provoqua A Beautiful Day, qui avait reçu un excellent accueil critique, et si nous revenons sur ce film à l’occasion de sa sortie afin de garder un oeil plus objectif et éloigné de la folie médiatique qui en a suivie ? 

Pour commencer, A Beautiful Day est un film sur le syndrome post-traumatique. Tels de nombreux autres films, il s’intéresse sur le parcours d’un ancien soldat, traumatisé par (ce qui semble être) la guerre d’Afghanistan. Joe est un homme de main chargé d’assurer la sécurité de ceux qui le payent. Il est engagé par un sénateur, mêlée à des activités plutôt douteuses, pour retrouver la fille de ce dernier et la sauver de ces ravisseurs. Un sujet qui est à la mode dans l’imaginaire américain actuel comme on peut le voir avec des oeuvres comme The Last of Us ou Logan (déjà beaucoup inspiré par le jeu vidéo du studio Naughty Dog, créateur d’Uncharted). La véritable source d’inspiration reste Taxi Driver de l’illustre Martin Scorsese. 

A Beautiful Day est un thriller rude, brutal et violent (mais une violence qui reste plutôt suggérée et non montrée de face). C’est un portrait de l’Amérique moderne, sous Trump (bien que la production  a commencé avant l’arrivée du milliardaire à la Maison Blanche). Un film qui nous montre une société abandonnée par les politiques (incarnés par les deux sénateurs véreux, pédophiles et magouilleurs) où les membres de cette société sont obligés de prendre leur destin en main pour pouvoir s’en sortir. Un film qui essaye donc d’adresser aux spectateurs un message visible comme une vache au milieu de la route.

Le problème de A Beautiful Day est qu’il se complique la vie. Au lieu de nous offrir un simple film de série B réjouissant où nous voyons tout simplement un bonhomme barbu dégommer des méchants pédophiles à coups de marteau, nous assistons à un film se prenant beaucoup trop au sérieux pour ce qu’il est. Si le film était plus long, ou tout du moins plus développé le film pourrait se permettre d’avoir un propos plus détaillé. L’exemple le plus frappant est la relation entre la petite fille et Joe. Ensemble, ils n’apparaissent qu’à l’écran moins d’une dizaine de minutes. Et on essaye de faire croire aux spectateurs qu’une véritable relation paternelle s’est formée entre les deux, alors qu’on ne les voit presque jamais ensemble. Ce qui fait donc de cette relation, qui est pourtant au coeur du film, est trop courte et pas assez travaillée pour être crédible. 

Cependant, le film a pour lui des images magnifiques et esthétisantes. Et il a surtout un Joaquin Phoenix extraordinaire, sur lequel tout le film va reposer. A tel point qu’il a été récompensé du prix d’interprétation masculin à Cannes. Phoenix fascine. Son interprétation en tant qu’ ancien vétéran traumatisé par la guerre, et par un père violent est à couper le souffle. Bourru, magnétique avec sa voix grave et son regard incroyable, Phoenix dégage une présence extraordinaire. Il trouve ici l’un de ses meilleurs rôles avec ceux des films de James Gray. Si au final, on peut comparer A Beautiful Day à Taxi Driver ou Drive, c’est bien grâce à la prestation de Phoenix qui rivalise au moins avec celle de Ryan Gosling…

A Beautiful Day est donc un thriller plutôt fascinant par sa schizophrénie. Beau et poétique, il est coupé en deux entre l’action et la partie politique. Un choix qui aurait pu être plus pertinent avec un montage plus long et la relation entre les deux personnages principaux (un vétéran bourru avec un coeur d’or, et une petite fille fragilisée par les violences dont elle a été la victime). Un film que l’on peut donc qualifier de « thriller urbain démocrate ». Pas un mauvais film, mais plutôt le premier jet de ce qui aurait pu s’avérer être un chef d’oeuvre. Il serait présomptueux de le comparer avec Drive ou Taxi Driver… 

Bande-annonce A Beautiful Day

 

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