Chill & Cult : découvrez « Mommy » sur Netflix

Chill & Cult : découvrez « Mommy » sur Netflix

Chill & Cult : découvrez « Mommy » sur Netflix

Réalisation

Acteurs

Photographie

Musique

Summary:
Grâce à un format si particulier et à des acteurs époustouflants, "Mommy" nous fait rire et nous bouscule ; une pépite à voir absolument.

90%

Un chef-d'oeuvre détonant

Xavier Dolan s’est imposé au fil des années comme un enfant prodige du cinéma. Mommy, Prix du Jury au Festival de Cannes, est le chef-d’oeuvre de cette jeune carrière déjà riche en pépites cinématographiques (Les Amours Imaginaires, J’ai tué ma mère). Vibrant de charme et de fureur, ce récit d’un trio touchant et marquant restera gravé dans vos mémoires longtemps. A (re)voir sur Netflix sans plus attendre.

Un format carré pour des personnages hors-normes

« La loi S-14 stipule qu’un parent responsable d’un enfant à trouble comportementaux sévères peut, en situation de détresse financière, de danger physique et/ou psychologique, se prévaloir du droit moral et légal et confier son enfant à tout hôpital public et ce sans autre forme de procès. »

L’une des premières phrases affichées à l’écran apparaît comme une ombre pesante sur le film qui s’ouvre. L’ado aux troubles comportementaux, c’est Steve (Antoine Olivier Pilon), dont la mère, Diane (Anne Dorval), vient de récupérer la charge. A eux deux, ils forment un duo détonant, où les rires succèdent aux larmes et vice-versa. Ces deux personnages seront bientôt rejoints par leur voisine Kyla (Suzanne Clément), une femme souffrant de bégaiement depuis un traumatisme irrévélé, pour former un trio plein d’amour et de souffrances.

La première chose qui attire le regard, c’est ce format carré de l’image, l’enfermement des personnages entre ces deux bandes noires. Enfermement dédoublé par les gros plans, à la fois dans une sublimation et un emprisonnement des personnages. Ces personnages, toujours dans le départ de l’image, sont la fascination de la caméra de Dolan ; il aime les sublimer au moyen des lumières et des musiques, pour révéler au grand jour leur beauté camouflée. Car il faut bien le dire, Anne Dorval et Suzanne Clément sont fabuleuses dans ces rôles si différents et pourtant si complémentaires. Le spectateur vit toutes leurs émotions, les apprivoise, les éprouve, pour finalement approcher cet amour inconditionnel qui détermine toutes leurs actions. C’est alors qu’une des phrases prononcées au début du film ne peut s’empêcher de retentir en nous :

« C’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver. » 

La rupture des espoirs

Mommy est l’un des rares films après lesquels la parole est de trop. Toutes ces émotions, ces sentiments, on a envie de les garder pour soi, de les ressentir encore et toujours. Car même si ce film est extrêmement dur, il est également plein de beauté et d’espoir, qui finiront inévitablement déçus. Beaucoup de critiques analyseront les deux scènes où ce format carré s’élargit comme des moments d’optimisme et d’espérance ; on peut cependant les voir comme des moments de détresse ultimes, des délires faussés et artificiels fabriqués par un désir d’espoir incessant. Et la chanson Wonderwall d’Oasis, qui résonne comme un morceau trop entendu, témoigne d’un futur inévitable qui ne saurait rendre heureux.

Souvent prémices des points de rupture, ces plans larges sont suivis d’une cruelle solitude dans des plans rapprochés, où les personnages sont souvent filmés seuls alors même qu’ils se tiennent tout proches lors des scènes de dialogues. Ces mêmes dialogues sont d’ailleurs faussés, soit par la peur de blesser, soit par le coup de la colère. Les personnages font face à la culpabilité de l’impuissance. Il a y des défaites que l’amour, aussi fort soit-il, ne peut pas résoudre. Dans l’un des derniers plans du film, c’est d’ailleurs Diane qui s’éloigne de la caméra, et non plus l’inverse, en symbole peut-être de cette fuite inévitable qui la tourmente et la ronge.

A la fois euphorique et tragique, Mommy agit comme un souffle nouveau grâce à ses personnages attachants, son rythme haletant et sa photographie à la fois mesurée et spontanée. Un souffle certes rapidement coupé, mais qui laisse une trace indélébile dans la mémoire et la rétine.

Laissez votre commentaire