Champs-Elysées Film Festival 2018 : des courts-métrages américains en demi-teinte

Champs-Elysées Film Festival 2018 : des courts-métrages américains en demi-teinte

Champs-Elysées Film Festival 2018 : des courts-métrages américains en demi-teinte

Great Choice

Agua Viva

Skip Day

Ready For Love

After/Life

The Shivering Truth

Absent

Hair Wolf

Disintegration 93-96

Caroline

Summary:
La sélection américaine des courts-métrages 2018 recèle quelques pépites mais s'avère malheureusement assez inégale.

65%

Intéressante mais inégale

Le Champs-Elysées Film Festival est maintenant terminé et après les nombreux longs-métrages dont nous avons parlé, faisons un petit tour d’horizon des courts. La sélection américaine de l’année précédente nous avait offert des œuvres aussi impactantes que mémorables. Et bien que la sélection de cette année recèle quelques pépites, force est de constater que celle-ci est moins mémorable qu’en 2017. Focus. 

Great Choice – Publicité hallucinée 

La sélection de courts-métrages démarre sur les chapeaux de roues avec Great Choice, une comédie complètement barrée se moquant allègrement de la publicité. L’histoire est celle d’une femme se retrouvant coincée dans une pub (délicieusement kitsch) pour Red Lobster. Celle-ci devient alors de plus en plus folle en constatant qu’elle ne peux pas en sortir. Avec sa mise en scène complètement dingue et ses situations aussi gores que cocasses, Great Choice a de quoi plaire au plus grand nombre (évitez tout de même de le montrer aux plus jeunes). Son format 4/3 donne à l’image un côté rétro fort appréciable et la récupération des codes de la publicité pour les détourner est particulièrement réussie. Les fulgurances empruntées aux films d’horreurs sont également très appréciables et la révélation de fin offre des pistes intéressantes quant à la folie de notre protagoniste. Une parenthèse au delà du réel fort plaisante. 

Agua Viva – Douce neurasthénie 

On entre dans un registre plus mélancolique avec Agua Viva, dans lequel une jeune femme asiatique établie aux USA tente de décrire ses émotions au sein de ce lieu. Malheureusement, celle-ci peine à trouver les mots. Cette oeuvre animée nous propose une plongée au plus profond de la mélancolie humaine, au travers des sentiments d’une jeune femme ayant migré loin de chez elle. Bien que celui-ci soit animé de manière sommaire, le film nous embarque sincèrement dans les tourments intérieurs de cette jeune personne. Ses réflexions nous poussent à nous interroger sur notre propre condition et nos propres choix de vie, ce qui pousse également à un attachement assez naturel vis-à-vis d’elle. Agua Viva est une oeuvre à la fois simple et complexe, car elle arrive à traduire avec des mots simples l’enchevêtrement des sentiments humains. L’attachement à cette jeune fille et à sa tourmente se fait de manière naturelle et on aurait même envie d’en découvrir plus sur sa vie. Il s’agit d’une oeuvre qui mériterait plusieurs suites, car elle se prêterait assez bien à une série de courts-métrages nous présentant la vie de cette personne. 

Skip Day – Un reportage mou 

On en arrive à la partie un peu moins divertissante avec Skip Day. Ce reportage nous présente une parenthèse dans la vie de quelques lycéens de Floride, qui décident de profiter d’une journée à la plage une fois leur année scolaire terminée. Si filmer une parenthèse dans la vie d’un groupe a de quoi être intéressant, le traitement s’avère malheureusement assez mou voire ennuyeux. Peu de place est laissée pour la psychologie de ces jeunes gens, le reportage se contentant de filmer leur journée. Seuls quelques échanges nous permettent de nous intéresser à ces figures et à leurs doutes concernant leur avenir. Mais malheureusement, le reste du reportage est très factuel et ne nous apprend pas grand chose. Nous ne faisons que suivre des personnes et leur journée. A certains égards, Skip Day rappelle Hale County This Morning, This Evening. Une plongée dans le quotidien de certaines personnes qui aurait pu être intéressante, mais qui ne parvient pas à nous embarquer faute de développement psychologique adapté au sujet. 

Ready For Love – Un drôle de pamphlet expérimental

Amber Lynn Weatherbee est une jeune texane qui recherche désespérément l’homme de sa vie. Persuadée qu’elle pourra le trouver au sein de l’émission « The Bachelor », elle décide d’y envoyer sa candidature… à trois reprises. Cette oeuvre à la fois drôle et touchante est autant une comédie qu’un drame social. En effet, plusieurs émotions contraires nous traversent en découvrant cette jeune femme au travers de ses trois candidatures. Certes il peut-être amusant de découvrir cette personne et son évolution via les vidéos qu’elle envoie. Et son caractère aussi naïf que jovial la rend immédiatement attachante. Mais dès que l’on creuse un petit peu, on constate qu’Amber est en proie à un profond désespoir émotionnel, ainsi qu’à une véritable obsession pour cette émission. Plusieurs commentaires sociaux deviennent alors discernables. Le plus évident étant celui de l’impact que peut avoir la télévision sur les citoyens, ainsi que le besoin de reconnaissance exacerbé par ce genre d’émissions. Ce besoin de reconnaissance se traduit aussi bien par l’envie d’Amber de trouver un partenaire, que de le faire par l’intermédiaire de la télé (qui selon toutes probabilités, n’est pas le lieu idéal pour trouver le grand amour). Ready For Love s’impose comme une fable cynique sur la vie d’une « Madame tout le monde », cachant une profonde dépression. Une tragi-comédie fort réussie et nous poussant à nous interroger sur notre société basée sur le paraître. Notons que cette oeuvre a reçu le prix France Télévision lors de la Cérémonie de clôture du Festival, impliquant son achat par le groupe télévisé. Et il est plutôt de bon ton qu’un film dénonçant l’impact des médias sur le comportement humain soit acheté par la télévision pour y être diffusé. 

After/Life – Un commentaire social ennuyeux 

Décidément, les reportages ne sont pas à l’honneur sur JustFocus pour cette édition du Festival (promis en vrai on adore ça). After/Life nous présente les simulations de l’armée américaine près de la frontière mexicaine, là où de nombreux migrants tentent de la traverser à pied. Il dépeint également les pérégrinations de plusieurs citoyens de San Diego recherchant difficilement les restes des membres de leurs familles, amis ou étrangers disparus. Tout était réuni pour nous en apprendre beaucoup en très peu de temps, mais malheureusement ce documentaire se contente d’être une contemplation mollassonne des événements. Certes les images sont belles et la mise en scène réfléchie, mais il s’agit au final d’un documentaire peu marquant et très mou. Au même titre que dans d’autres reportages dont nous avons déjà parlé, il se contente de montrer sans réellement chercher à comprendre ou à aller au fond des choses, ce qui laisse un arrière goût d’inachevé. Une explication poussée de la géopolitique et des événements se déroulant dans ce lieu aurait sûrement aidé à s’impliquer un petit peu plus. Nous aurions ainsi pu profiter d’un pamphlet géopolitique hyper impactant. 

The Shivering Truth – Un joyeux bordel hyper créatif 

On repasse à quelques chose de plus joyeux avec le court-métrage ayant reçu (à juste titre) le prix du jury pour cette 8ème édition du Champs-Elysées Film Festival. The Shivering Truth nous embarque dans un recueil de cauchemar éveillé tellement créatif qu’on ne sait pas par où commencer. Nous nous contenterons donc de dire qu’il s’agit d’une des œuvres courtes les plus drôles et absurdes qu’il puisse être donnée de voir. Le cynisme se dégageant de ce film est des plus appréciables et la passion transparaît dans chaque images merveilleusement animée. L’animation en stop-motion aide d’ailleurs beaucoup à à l’immersion dans ce joyeux délire. Ce film nous rappelle d’ailleurs le court-métrage absolument fou qu’était Black Holes, présenté l’année dernière lors du Festival. Une vraie pépite qui n’a pas démérité son prix. Anecdote amusante : les réalisateurs ne pouvant être présents sur place pour recevoir leur prix ont décidé de laisser un message tout aussi cynique et absurde que leur film, afin de remercier le jury pour cette récompense. Voilà qui confirme leur esprit aussi dérangé que fascinant ! 

Absent – Une vie sans espoir 

Récompensé par le prix du public, Absent nous conte la vie de Zola, femme emprisonnée dans son quotidien monotone à s’occuper de sa mère atteinte de démence sénile. Rencontrant un ancien amour, elle décide de s’échapper de cette vie le temps d’un soir. Bien que ce film soit un petit peu trop long (et donc un peu assoupissant) pour l’histoire qu’il raconte, la mise en scène sommaire permet une véritable immersion au sein de la vie de cette femme. Il est aisé de ressentir la monotonie rythmant sa vie et la rongeant de jour en jour. Nous comprenons instinctivement son besoin de s’échapper, malgré la lourde responsabilité pesant sur ses épaules. Cela laisse le sentiment qu’aucun espoir n’est possible pour cette femme qui souhaiterait vivre pour elle et non pas pour quelqu’un d’autre. Si l’on ressent un certain amateurisme qui plane au dessus de cette oeuvre, on ressent également la passion avec laquelle celle-ci a été créée, ce qui donne envie de découvrir les prochains films de l’auteur afin de voir son évolution en tant que cinéaste. Peut-être le prix du public lui permettra-t-il d’évoluer vers d’autres films plus aboutis qu’il nous sera donnés de découvrir.

Hair Wolf – Un OVNI capillaire (et social)

Quand le film d’horreur caricatural rencontre la satire sociale, cela risque de faire des étincelles. C’est assurément le cas d’Hair Wolf, dont le titre à lui seul est une référence absolument hilarante (les vrais sauront à quoi). Dans un salon de coiffure noir en plein Brooklyn, les coiffeuses doivent repousser un démon assez singulier : une femme blanche venant sucer leur culture noire (et capillaire). Rien que par son postulat de base, ce court-métrage va au-delà de la morale et du politiquement correct. Mais là où le film se démarque le plus, c’est par sa mise en scène reprenant et détournant les codes du film d’horreur. La femme blanche est montrée à la fois comme un démon et comme une figure « parfaite » que les coiffeuses craignent autant qu’elles la jalousent. La photographie n’est pas en reste, puisque les jeux de couleurs sont absolument bluffants et nous donnent très envie de découvrir ce que serait capable de faire la réalisatrice Mariama Diallo sur un long-métrage. Une drôle d’oeuvre de la part d’une jeune cinéaste très prometteuse. 

Disintegration 93-96 – une intéressante réflexion sur l’identité 

Plus qu’un film ou un reportage, Disintegration 93 – 96 est un véritable essai filmique. Cette oeuvre nous évoque la réalité des Philippins immigrés et sans-papiers aux USA. Cette oeuvre emprunte de pop-culture traite de l’intégration à un environnement étranger avec une humanité qui force le respect. Le narrateur démontre avec force que malgré le fait qu’ils n’aient pas leurs permis de séjour, ceux-ci font vivre le pays de la même manière que les citoyens américains. Le positionnement entre deux cultures fondamentalement étrangères est montré comme un acte difficile mais surtout courageux, dont on ne peut sortir que grandi quand on sait trouver un juste milieu. Très court, ce petit film offre une réflexion intéressante et ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. Un choix judicieux que d’en avoir fait une oeuvre aussi rapide et impactante. Un court-métrage intéressant à découvrir (et dont un certain président des USA aurait bien besoin). 

Caroline – Une excellente idée moyennement mise en scène

Une petite fille de six ans est laissée dans une voiture avec son petit frère et sa petite sœur par leur mère, le temps que cette dernière aille régler un problème. Cette enfant doit alors s’en occuper seule. Cependant, un couple tombe sur ces enfants et appellent la police pour les prendre en charge. Cette oeuvre au fort potentiel nous offre malheureusement un résultat en demi-teinte. Le réalisme qui s’en dégage est appréciable et la réflexion qu’il amène sur les responsabilités d’un parent est très intéressante. Cependant, la mise en scène s’avère un petit peu trop confuse et le rythme moyennement géré. Bien que le jeu d’acteur soit très correct, le résultat final laisse une sensation brouillonne concernant cette oeuvre. Caroline est un court-métrage qui aurait mérité un petit peu plus de maîtrise en terme d’écriture et de réalisation afin de nous offrir un meilleur court-métrage, car les idées essentielles sont présentes et n’attendent plus qu’à être exploitée à leur juste mesure. 

Si beaucoup des courts-métrages américains avaient un fort potentiel cette année, le résultat final s’avère malheureusement amoindri par des problèmes de traitement dans plusieurs œuvres. Il s’agit certes d’une sélection intéressante, mais à mille lieux de la superbe sélection américaine dont nous vous avions parlé l’année passée. Fort heureusement, quelques films impressionnants tels que The Shivering Truth ou Hair Wolf donnent à cette sélection 2018 le piment dont elle avait besoin. 

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