Champs-Elysées Film Festival 2018 : de sympathiques courts-métrages français

Champs-Elysées Film Festival 2018 : de sympathiques courts-métrages français

Champs-Elysées Film Festival 2018 : de sympathiques courts-métrages français

Poke

Plus fort que moi

De Natura

Le mal bleu

Huit

Allongé ta foulée !

Ordalie

Silence

But you look so good

Summary:
Un joli patchwork de court-métrages qui, malgré quelques petits cafouillages ça et là, sont d'une qualité indéniable et démontrent le talent de nos jeunes réalisateurs et réalisatrices. 

79%

Une sympathique sélection

Le Champs-Elysées Film Festival est terminé depuis quelques jours déjà mais comme on dit : « quand y en a plus, y en a encore ! ». Après un focus sur la sélection américaines des courts-métrages, passons à la sélection française. 

Poke – Une thématique dans l’air du temps 

On commence la sélection avec un peu de dénonciation sociale. Poke raconte la rencontre de Zoé et Alex dans une boite de nuit parisienne. Quand Zoé s’invite chez Alex en sortant du club, un malaise s’installe progressivement. A mesure que la soirée passe, une tension sexuelle se développe et l’on s’aperçoit vite que l’agresseur ne sera pas celui auquel on pense… Poke est un court-métrage très actuel, dans la mesure où l’affaire Weinstein a enfin permis une certaine prise de conscience quant aux agressions sexuelles envers la gent féminine. Celui-ci opère avec succès une inversion des valeurs concernant des viols et les conséquences qu’ils engendrent.

Et au delà de la thématique même, on assiste à une mise en scène esthétique et très épurée de la part de la réalisatrice Mareike Engelhardt. Les scènes en boites de nuits jouent avec la lumière et les néons de manière très appréciables, quand les scènes en appartement sont d’une sobriété qui force le respect. S’agissant de la tension sexuelle, celle-ci est parfaitement gérée de bout en bout et est d’un réalisme saisissant. Poke est un court-métrage qui, sans être inoubliable, est d’une maîtrise exemplaire et tout à fait opportun s’agissant de l’éveil public concernant les agressions sexuelles. 

Plus fort que moi – Une histoire cocasse en demi-teinte 

Hania cherche du travail, sans grand succès, à la préfecture de Cergy. Durant ses recherches, elle rencontre Yann, un jeune homme totalement loufoque et déconnecté de la réalité. C’est un coup de foudre total, teinté de concours administratifs et d’entretiens d’embauches insensés. Si l’idée de base de Plus fort que moi est délicieusement absurde, le traitement laisse malheureusement à désirer. Quelques situations et dialogues font mouche et rappelleront à certains d’entre-nous des situations cocasses que nous avons pu vivre en entretien ou dans des administrations quelconques. Cependant, l’alchimie entre les deux personnages peine à convaincre et on a du mal à croire à l’attirance qu’il y a entre ces deux personnes. En outre, Yann est un personnage déconnecté qui peut s’avérer amusant, mais qui à force d’être montré comme un jeune homme loufoque, devient juste un personnage antipathique à la limite du détestable. La réalisation est également très inégale, puisque si la première partie jouissait de plans assez bien pensés, la suite devient assez oubliable. Au final, Plus fort que moi est un concept hilarant qui mériterait un traitement plus abouti, afin d’en faire une oeuvre aussi drôle qu’incisive sur l’administration française et les relations humaines. 

De Natura – Contemplatif… Trop contemplatif

Deux enfants profitent de la nature en plein milieu de l’été. C’est à peu près tout ce que nous pouvons dire concernant l’histoire. De Natura est plus avant tout un court-métrage basé sur la contemplation, nous offrant de belles images de la nature et des enfants qui y jouent. Mais au delà de ces belles images, peu de choses sont à en dire. Le film étant une contemplation de la nature et des quatre éléments, peu d’autres chosent peuvent y être jugées. Ni jeu d’acteur, ni scénario ne peuvent être particulièrement décortiqués. Seule la mise en scène compte, ainsi que la musique accompagnant les images. De Natura est un moment d’évasion sympathique, mais qui souffre de son postulat de base, à savoir le fait d’être trop contemplatif. Une parenthèse dans la vie courante qui, heureusement, n’est pas étirée au point d’en être désagréable. 

Le mal bleu – Une drôle de fable campagnarde 

Marie-Pierre est une femme maladivement jalouse et autoritaire, passant son temps à castrer son mari et ses proches. A cela s’ajoute une frustration sexuelle, lui faisant craindre l’infidélité de son époux. Le mal bleu est un film qui ne ressemble à rien d’autre. Nous plongeons dans la campagne profonde, les palombières et les cauchemars ahurissants d’une femme pleine de complexes. La mise en scène oscille entre les rêves psychédéliques faits de pigeons pervers et les phases plus réalistes en pleine campagne française. Le contraste est parfaitement géré et nous offre un court-métrage unique en son genre. Les personnages sont particulièrement humains et nous croyons tout de suite à leurs interactions. Marie-Pierre est une mégère aussi détestable qu’attachante, car malgré son caractère insupportable, nous nous rendons vite compte que celle-ci va très mal. La dernière scène avec son mari dans leur voiture nous donne ainsi une touche d’espoir quand à leur complicité et leur bonheur conjugal. Le mal bleu est une drôle d’expérience cinématographique qui mérite d’être découverte, aussi bien pour son histoire que sa mise en scène. 

Huit – Des valeurs sportives et humaines

On entre dans le registre sportif avec Huit. Léo a 19 ans et ne rêve que d’une chose : obtenir la place du meneur sur le Huit, modèle prestigieux d’un aviron. Cependant, il n’est pas le seul à convoiter ce rôle. Son coach va alors lui donner les leçons les plus importantes pour faire de lui un meneur digne de ce nom et un sportif accompli. Huit est un court-métrage d’une maîtrise impeccable de bout en bout. Outre les images magnifiques où le bleu prédomine, le scénario est également très bien calibré. A cela s’ajoute un jeu d’acteurs impeccable et très crédible, où les échanges sont d’une grande humanité. Les leçons de ce film court parleront évidemment aux sportifs en herbes (ou même aguerris) et rappelleront à ceux-ci les valeurs qu’ils ont pu apprendre lors de leurs entraînements, quelle que soit la discipline. Mais plus que des messages sportifs, ce sont des leçons de vies que Huit tente de nous transmettre au travers de l’entraînement de Léo. Assurément l’un des meilleurs courts-métrages de cette sélection, Huit nous donne envie de voir plus de créations de la part de son réalisateur Mathieu Mouterde. 

Allonge ta foulée ! – Les liens mentor/élève 

On reste dans l’univers sportif pour atterrir dans le monde de l’athlétisme. Un coach et son jeune élève s’entraînent de manière clandestine dans un stade en vue d’une compétition à venir. Un nouvel exercice a été mis au point par l’entraîneur : le Jump & Hunt. Allonge ta foulée ! est un court-métrage très attendrissant sur la complicité qui règne entre un mentor et son élève. L’entraîneur est une épave, un alcoolique n’ayant jamais réussi à obtenir son diplôme de coach sportif. Quant à son poulain, il est un jeune prodige de l’athlétisme qui n’aime pas particulièrement cette discipline. Pourtant à eux deux, ils gagnent toutes leurs coursent. La relation entre ces deux personnages est emprunte d’affection et de respect, ce qui en fait deux figures très attachantes. Si les images les mettant en scène sont plutôt basiques, cette réalisation simple renforce la proximité avec nos deux héros (ou anti-héros au choix). Au-delà d’une histoire sportive, c’est une histoire d’affection et de respect mutuel que nous offre Allonge ta foulée !. Un court-métrage touchant et réaliste. 

Ordalie – Délicieusement mortifère 

Passons au court-métrage ayant reçu le prix France Télévision du court-métrage : Ordalie. Mr Kaplan s’apprête à prendre son thé matinal, quand quelqu’un sonne à sa porte. C’est un jeune homme qui se présente à lui en lui annonçant le but de sa visite : le tuer. S’engagent alors des échanges aussi cyniques qu’hilarants. Amateurs d’humour noir et pince sans rire : ce court-métrage est fait pour vous. Aidé par la présence du très talentueux Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde), Ordalie est un film traitant avec une légèreté déconcertante un sujet qui devrait être déprimant. Les dialogues sont d’une minutie remarquable et ne manqueront pas de faire rire aux éclats les plus cyniques d’entre-nous. La mise en scène sobre et calibrée nous offre un décors glacial, dans lequel les personnages évoluent tels des figures de théâtre. En bref, ce court-métrage est à découvrir de toute urgence, ce qui devrait être possible prochainement vu que le prix France-Télévision s’accompagne d’un achat de l’oeuvre. 

Silence – Mystérieux et magnifique 

Le temps de quelques secondes, un silence assourdissant s’abat sur le monde. Lorsque le phénomène s’estompe, de nombreuses personnes se sont évaporées de la surface de la Terre. Lola, qui a perdu son compagnon Karl suite à cet événement, recherche activement ce dernier. Mais cette catastrophe a déjà plongé le monde dans le chaos et Lola doit effectuer ses investigations malgré de nombreux freins sociaux, moraux et même religieux… Silence est une oeuvre d’une incroyable maîtrise aussi bien visuelle que scénaristique. Jouant énormément sur les reflets en tous genres, les réalisateurs Léo Cannone et Thibaud Lomenech nous offrent une oeuvre esthétiquement impeccable, probablement la plus belle visuellement parmi cette sélection de courts-métrages. Le scénario n’est pas en reste, même si celui-ci joue surtout la carte du sous-entendu et des sous-textes. Ces fameux sous-textes laissent au spectateur énormément de pistes quant à la nature humaine, à la religion ou encore l’obscurantisme dans lequel peuvent s’enfermer les hommes. Silence est une oeuvre impeccable de bout en bout qui mériterait grandement un développement en long-métrage. 

But you look so good – Faire de la douleur une force 

Bien qu’elle soit très jeune et semble en parfaite santé, Alice est en proie à des douleurs intolérables dès quelle effectue le moindre mouvement. Faisant la rencontre de Gina, atteinte des mêmes symptômes, Alice va changer progressivement sa façon de vivre. But you look so good est une oeuvre qui donne beaucoup d’espoir en la nature humaine. Alice est une jeune fille en apparence très faible mentalement qui va, au fur et à mesure, apprendre à s’assumer en tant que femme malgré sa douleur L’évolution de ses relations avec Gina est certes très convenue (trois rencontres avec un petit peu plus de complicité à chaque fois), mais elle n’en est pas moins efficace. Les échanges entre ces deux femmes sont à la fois très pudiques et pourtant très explicites en ce qui concerne leur sexualité ou la maladie. L’alchimie entre les deux actrices est impeccable et la mise en scène très efficace. But you look so good n’a pas démérité son prix du public lors du Champs-Elysées Film Festival et nous donne envie de voir plus du travail de Marina Ziolkowski.

Ainsi s’achève cette sympathique sélection de courts-métrages français. Un joli patchwork qui, malgré quelques petits cafouillages, est d’une qualité indéniable et démontre le talent de nos jeunes réalisateurs et réalisatrices. 

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