Champs-Élysées 2018 – « 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui : véritable portrait générationnel

Champs-Élysées 2018 – « 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui : véritable portrait générationnel

Champs-Élysées 2018 – « 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui : véritable portrait générationnel

Réalisation

Intérêt

Summary:
Bricomonge est un magasin de bricolage ouvert par Jean, père du réalisateur, il y a 30 ans, rue Monge à Paris. Au moment de l’ultime inventaire et avant la disparition de ce qui a nourri son imaginaire d’enfant, Samuel Bigiaoui tente, à travers le film, de répondre à une question qu'il se posait déjà petit : qu’est-ce qui a fait qu’un homme, plutôt cultivé, décide d’ouvrir à 40 ans un magasin de bricolage ?

75%

Très bon.

3 ans. C’est le temps sur lequel s’étale le tournage de 68, mon père et les clous. Comment un activiste issu d’un mouvement d’extrême gauche, a fini sa vie comme patron d’une boutique de bricolage ? C’est la question à laquelle Samuel Bigiaoui, fils du patron M. Jean, va répondre. Un portrait touchant, qui permet de montrer l’évolution de notre monde.

Le documentaire parle d’un monde qui a maintenant disparu, mis à part dans les mémoires de certains. Il mentionne un univers de militants d’extrême gauche commettant des actions violentes (M. Jean et ses camarades ont kidnappé le numéro 3 de Renault à l’époque). Mais c’est surtout un documentaire sur la disparition d’un endroit central, que représente Bricomonge, pour le quartier. Un lieu où les habitants se retrouvent et développent des liens entre eux, en outre, un véritable lieu social.

Cette disparition qui se fait en douceur malgré quelques coups durs, montre des personnages chaleureux, très souvent drôles et émouvants. La plupart d’entre eux sont soit des habitués, soit des anciens camarades du patron ou encore des employés qui sont là depuis plus de 30 ans. Ce magasin de bricolage se présente comme étant un lieu à part entière, c’est pourquoi il est traité comme un personnage à part entière. Dans le film, il est au centre de tout. Et c’est ce qui rend le film passionnant. Ce n’est pas par les anecdotes liées au militantisme de gauche que le documentaire se distingue, mais par la façon dont ce magasin de bricolage a réussi à former un îlot en plein centre de Paris. Par une lente et progressive évolution, on se rend compte que ce magasin est à part, et provoque la nostalgie pour une époque oubliée qui est désormais seulement visible par le biais des différents intervenants. 

Samuel Bigiaoui filme de manière très simple : il se contente de suivre les personnages dans leurs actions et leurs mouvements. Mais cette manière simple de filmer se montre efficace, puisqu’elle nous donne l’impression d’être aux côtés des différents personnages dans leurs occupations. Grâce à cette réalisation, 68, mon père et les clous nous permet, même si ce n’est que pour un court instant, de pénétrer dans cet univers d’un autre temps et de le découvrir, comme si nous y étions. 

68, mon père et les clous est un excellent documentaire, qui permet de découvrir un monde en voie de disparition, un monde de petits commerçants désormais remplacé petit à petit par des chaînes à dimension beaucoup moins humaine. Un film véritablement précieux et chaleureux, qui fait du bien à voir. 

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